Festival : la Corée avec un grand «K» au Cercle Cité

Street food, calligraphie et hanboks sous les dorures du Cercle Cité : jeudi, l’ambassade de la République de Corée a fêté son pays en ouvrant pour la première fois ses portes à tous.

Publié Modifié
De nombreux plats traditionnels étaient proposés au public.
De nombreux plats traditionnels étaient proposés au public.

La file qui se forme ce jeudi, un peu après 12 h 30, devant le Cercle Cité a déjà un avant-goût, ou plus exactement une avant-odeur, de ce qui attend derrière les portes encore closes. Un fumet de friture, de sésame et de viande grillée vient chatouiller les narines, aiguisant l’appétit de la centaine de personnes inscrites au K-Culture festival. Organisé pour la première fois par l’ambassade de la République de Corée, l’événement, calé deux jours avant la fête nationale, a prévu de mêler nourriture, calligraphie, dégustation d’alcools et quiz coréens.

Dans la queue, Elsa, 38 ans, patiente avec sa fille de 2 ans et demi. Son fils de 6 ans pratique depuis trois ans le hwarangdo, un art martial complet signifiant «la voie des chevaliers fleuris», et c’est justement son club qui a suggéré aux parents de venir pour découvrir la culture coréenne. De la Corée, cette résidente du Luxembourg ne connaît guère que les tatamis, c’est son fils qui s’est pris de passion pour le pays, jusqu’au drapeau. Le garçonnet est malheureusement à l’école et devra se contenter du récit de sa mère qui compte bien lui rapporter un petit quelque chose.

À 13 h, les portes s’ouvrent sur un drôle de mariage : au plafond, les moulures dorées et les lustres en cristal, en dessous les boiseries murales et le parquet en chêne accueillant de la street food dans des assiettes en carton. Oui mais des plats emblématiques! Du gimbap, ces rouleaux de riz et de légumes dans une feuille d’algue; du jeon, des sortes de crêpes; du tteokbokki, des gâteaux de riz pimentés ; ou encore des corn dogs à la coréenne, autrement dit des saucisses ou du fromage panés et frits. Sans oublier le traditionnel plat coréen, le bibimbap, composé d’un mélange de riz, de légumes et de viande.

Serena et Maria, elles, ont pris un peu de tout et ont déjà goûté le dakgangjeong, ces morceaux de poulet frit croustillant glacé, et leur verdict est sans appel : «C’est trop trop bon, vraiment authentique.» L’une n’a jamais mis les pieds en Corée, l’autre si, elle peut donc confirmer. Ce qu’elles aiment dans cette cuisine? «Le sucré et le salé réunis, les épices…», précise Maria tout sourire.

Une fois leur repas achevé, elles se rendront à l’atelier de calligraphie Hangeul, l’alphabet coréen. Toutes les chaises sont déjà occupées. D’un côté de la table, les apprenants, le visage concentré, les yeux faisant l’aller-retour entre le modèle à reproduire et leur feuille, de l’autre, attentives, les formatrices, battant des mains pour applaudir les réussites de leurs élèves.

«C’est l’Amérique latine de l’Asie»

Dans les deux autres salles, les mange-debout recouverts de tissu blanc sont tous occupés. Certaines personnes sont venues à ce festival pour retrouver des amis. C’est le cas de Valérie et Vanessa. Valérie, 65 ans, Française et Canadienne, installée au Luxembourg depuis dix ans, est tombée dans la culture coréenne pendant le covid par les K-dramas, ces séries télévisées coréennes. Depuis quatre ans, elle se rend au moins une fois par an pendant un à deux mois du nord au sud, ce qui lui permet de pratiquer la langue qu’elle apprend depuis trois ans, de collectionner les œuvres d’artistes coréens et de faire des traitements cosmétiques, «beaucoup moins chers là-bas». «Pour moi, c’est l’Amérique latine de l’Asie, les personnes sont très généreuses, très accueillantes», résume-t-elle, enthousiaste.

Quant à Vanessa, 48 ans, elle est née en Corée mais a été adoptée en France par des parents italo-polonais. Trente ans après, elle y est retournée. «C’était franchement un chouette voyage, mais j’ai eu la sensation de me sentir étrangère dans mon propre pays. Elle a néanmoins prévu d’y retourner avec sa fille, une ado qui commence à se passionner pour la culture sud-coréenne.

Des adolescentes, il y en a deux justement. Julia et Louise*, 11 ans, qui se sont inscrites dès qu’elles ont vu l’annonce du festival. Pour la nourriture, les activités et surtout la culture, disent-elles, s’animant dès qu’elles évoquent le sujet. Julia y est venue vers 2022 par les K-dramas et la musique dont elle aime les chorégraphies. Louise jure surtout par la K-pop, Blackpink en tête, et par la mode.

À quelques mètres, en costume traditionnel, le hanbok, le premier secrétaire et consul de l’ambassade de la République de Corée, Sungwon Hong, répond volontiers à toutes les questions qui lui sont posées. Pour le consul, l’objectif est de promouvoir le pays, la Corée étant désormais suffisamment connue au Luxembourg pour susciter un véritable intérêt. Le choix d’un jeudi l’inquiétait au départ, mais le nombre d’inscrits l’a rassuré. L’ambassade attend 140 personnes à chacune des deux sessions de l’après-midi et 250 au concert prévu jeudi soir.

Environ 900 personnes d’origine coréenne vivent au Luxembourg, adoptées comprises, dont quelque 300 ressortissants.

* Les deux prénoms ont été modifiés.

Lesool, une mémoire

En coréen, sool désigne tous les alcools. Mais derrière ce mot se cache un savoir-faire millénaire qui a bien failli disparaître. Young-Seon Choi, fondatrice de Souljû Cie, une société d’importation installée à Paris, est venue le faire découvrir au Luxembourg. Spécialiste du vin nature, qu’elle exporte depuis 2008, elle a voulu «faire quelque chose pour (son) pays».

Le secret de ces alcools tient en trois ingrédients : l’eau, le riz et le nuruk, une galette de ferment dure comme une pierre, où dorment champignons et levures. «C’est le concept nature», résume-t-elle, en proposant au public de goûter l’une ou l’autre bouteille posées sur le bar.

Elle explique qu’autrefois, chaque foyer avait sa propre recette, le gayangju, l’alcool fait maison. Après l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, l’occupant fait enregistrer ces recettes en 1913 : quelque 380 000 sont recensées, selon elle. Trois ans plus tard, la production est interdite. Le savoir-faire se perd en une génération, regrette-t-elle.

Après la Libération, c’est l’industrie qui prend le relais, avec le soju en petit flacon vert, aujourd’hui sur toutes les tables. «C’est connu, mais ce n’est pas notre tradition», tranche Young-Seon Choi. La renaissance des alcools artisanaux ne date que d’une trentaine d’années. Freinée par les droits d’accises, elle ne les distribue pour l’instant qu’en France.

Powered by Labrador CMS