Festival Béton sauvage : «Une kermesse, mais de façon alternative»

Malgré la chaleur, le festival Béton sauvage a ranimé le Schluechthaus grâce à des passionnés de jeux bricolés et de performances décalées.

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Même anciens, les jeux de Raja et Michael avaient la côte auprès des plus jeunes.
Même anciens, les jeux de Raja et Michael avaient la côte auprès des plus jeunes.

Dimanche matin, le site de l’ancien abattoir Schluechthaus, à Hollerich, s’est réveillé d’une courte nuit. Comme tous ceux qui ont voulu devancer la chaleur cette semaine, les équipes se sont levées aux aurores afin de remettre en route le festival Béton sauvage.

La veille, la canicule avait presque vidé le lieu, malgré les aménagements prévus par l’organisation. Bien que le mercure jouait encore avec la barre des 30 °C, ce dimanche, l’ambiance était à l’optimisme.

À 11 h, les 15 stands ont vu les visiteurs arriver encore au compte-goutte, tandis que les performeurs terminaient leur échauffement dans les deux théâtres à ciel ouvert, situés à l’entrée du site.

À l’entrée du site, les spectacles vivants donnaient le ton.
À l’entrée du site, les spectacles vivants donnaient le ton.

Le béton s’est, en effet, mué le temps d’un week-end en un terrain de jeu. Bob Seyler, l’organisateur, explique avoir voulu «recréer une kermesse, mais de façon alternative». «On voulait quelque chose qui colle avec l’esprit du site et créer une journée dédiée à toute la famille», poursuit-il.

Les visiteurs restaient certes moins nombreux que l’an passé, mais c’était déjà bien davantage que le désert de la veille. Les familles, que l’on espérait voir revenir, ont peu à peu repris possession du site, les curieux se sont attardés devant les attractions, et le festival a enfin trouvé un rythme tant attendu.

Patrick est, par exemple, venu avec sa femme et ses deux enfants après avoir repéré l’événement sur Instagram. «On s’est dit qu’on allait venir malgré la canicule», raconte-t-il. La famille se dit prête à rester un certain temps, mais indique tout de même que le thermomètre reste l’arbitre de leur visite.

Jeux d’hier, rires d’aujourd’hui

Une fois les théâtres vivants franchis, le premier arrêt qui accroche vraiment le regard est celui de Michael Maurer et Raja Boelcke. Avec Das Jahrmarkt et Zirkus Kabinett, ce couple déploie un univers de fête foraine bricolée, composé de jeux d’époque aux mécaniques ressuscitées.

Venus d’Allemagne, Raja résume que leur station «propose des jeux très anciens qu’on déniche sur eBay et que nous rénovons nous-mêmes.» À l’entrée, il y avait par exemple le jeu de la grenouille. Faite de métal, l’animal trône sur un petit meuble en bois, bouche ouverte, prête à avaler les palets.

C’est évidemment elle qu’il faut viser : lorsqu’un palet disparaît dans sa bouche, il rapporte le jackpot de 2 000 points. Autour, d’autres trous et petits ponts permettent aussi de marquer, mais moins. «On retrouvait ce jeu dans les fêtes foraines françaises depuis le XIXe siècle», indique Raja.

Plus loin, une ancienne version du flipper attire l’attention. Pas d’électronique clinquante ni de boutons lumineux, seulement une bille, un lanceur, des clous pour obstacles. «Il n’y a pas les boutons sur les côtés, mais cela demande quand même beaucoup d’agilité», sourit Raja.

Cette idée de redonner vie à des objets et de faire participer plutôt que de simplement regarder, est une volonté du festival. «Nous voulions que le public ne se contente pas de regarder mais puisse vraiment être acteur», détaille Bob Seyler.

Des patates comme stars

Parmi les autres stands, l’Animalium exposait des créatures fantaisistes, tandis que le Grand Prix de la Moulinade attirait les visiteurs autour de ses petites voitures et commentateurs survoltés.

Mais le premier spectacle à avoir donné le la est le DJ Frietmachine. À midi pile, Martijn Jansen a laissé tomber le cordon de sécurité et ouvert son installation aux petits et grands.

Originaire des Pays-Bas, tout comme sa femme Selina Houwing, ils animent un stand mêlant musique… et pommes de terre! L’idée, absurde en apparence, fonctionne immédiatement avec les enfants.

Martijn raconte qu’il vient d’une région où les patates sont partout, surtout près du festival de musique Lowlands, à Biddinghuizen. «Là-bas, il y a beaucoup de patates, et elles ont aussi envie de danser», assure-t-il.

Martijn Jansen faisait danser patates et enfants.
Martijn Jansen faisait danser patates et enfants.

Le premier enfant accueilli s’appelle Léo. Il choisit sa patate et la baptise Mister Potato. Pourquoi ce nom? Parce que c’est comme ça. Et c’est justement cette spontanéité qui la rend spéciale. La pomme de terre est alors chouchoutée par Selina, qui la branche à un voltmètre pour mesurer le volume de son énergie.

Une onde apparaît alors. Puis au contact de Léo, la courbe s’anime avec intensité, illustrant la force du lien entre l’enfant et sa patate. Aux platines, Martijn dispose de deux rangées de vinyles 45 tours, tous liés de près ou de loin à la pomme de terre.

Pour Mister Potato, ce sera Mashed Potato Time de Dee Dee Sharp qui sera joué. Cette fois-ci, le choix est justifié par Martijn : «Je prends une artiste féminine pour que Mister Potato ait sa Mrs Potato».

Autour de l’installation, Val et Stéphane, deux autres artistes du festival, sont venus assister au lancement. Ici, les troupes ne restent pas chacune dans leur coin : entre deux prestations, on passe voir ce que font les autres. «C’est une petite famille», résume Val. Une complicité qui raconte aussi l’esprit de Béton sauvage, fait de rencontres et d’échanges.

«Moi, je suis Robert la Licorne», lance Val, «et moi, je suis commentateur du Grand Prix de la Moulinade», complète Stéphane. Ce qui leur plaît dans ce métier, c’est le contact direct avec les visiteurs : «L’interactivité avec les gens, c’est le plus appréciable dans ce que l’on fait.»

Robert la Licorne intriguait beaucoup, même inanimé.
Robert la Licorne intriguait beaucoup, même inanimé.

Après ce court passage par le stand de Martijn, tous deux repartent aussitôt peaufiner leurs propres spectacles, appelés à s’enchaîner quelques minutes plus tard.

Le festival affiche donc aussi une belle diversité d’origines. Bob Seyler évoque des artistes venus du Luxembourg, de Belgique, de France, des Pays-Bas ou encore de République tchèque. Le résultat donne un joyeux mélange d’accents et de savoir-faire qui aura ravit les plus courageux qui se sont déplacés.

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