Festival à Lasauvage : «La marionnette crée une relation très spéciale»
À Lasauvage, avec le festival Les Marionnettes Sauvages, Pit Vinandy veut sortir la marionnette de son image enfantine et montrer toute la richesse d’un art qui l’accompagne depuis l’enfance.
Les spectacles de marionnettes sont-ils réservés aux enfants? À cette question, Pit Vinandy, figure emblématique de cet art, répond simplement que «les adultes, même s’ils accompagnent leur enfant, ne repartent jamais en se disant que ce n’était pas pour eux». Il poursuit avec humour que «le plus dur, c’est de les faire venir».
Pour ce directeur du théâtre Poppespënnchen de Lasauvage, le défi est là : convaincre que la marionnette n’est pas seulement destinée au jeune public. Jusqu’à dimanche, le festival Les Marionnettes Sauvages entend justement séduire petits et grands.
À l’intérieur de cette salle située au cœur du village, les marionnettes semblent attendre leur passage sur scène. Et il y en a pour tous les goûts. Certaines sont à main, d’autres à fils. Qu’elles figurent des personnages humains ou des animaux, toutes sont prêtes à se produire dans des univers faits main, qui dorment pour l’instant derrière le caractéristique rideau rouge.
Pit Vinandy affirme qu’être marionnettiste, c’est «savoir tout faire» : «On doit créer des mondes, des personnages, les fabriquer nous-mêmes. On écrit leurs histoires, on enregistre la musique, les bruitages, on fait la lumière», explique-t-il.
Un artisanat qui se retrouve jusque dans les matériaux. Le bois reste très présent, notamment pour les corps et les membres. Mais ces petites figures naissent aussi de mousse, de fourrure, de pâte à modeler légère ou de moulages en polyester. Une fabrication qui demande «parfois plusieurs jours ou semaines». Un temps certes long, mais la marionnette commence à vivre avant même d’être terminée : «On l’essaye, on lui parle même déjà», sourit l’artiste.
Une passion née avec le Bimbo-Theater
Le goût de Pit Vinandy pour le marionnettisme commence dans l’enfance, avec le Bimbo-Theater, une compagnie populaire au Luxembourg depuis les années 1950. À l’époque, les spectacles duraient parfois cinq ou six heures et les enfants regardaient pendant que les parents buvaient et fumaient au fond de la salle : «C’était la fête!», se souvient-il.
Marqué par ces représentations, il improvise ensuite ses propres spectacles dans la cave de sa maison, en faisant payer quelques centimes l’entrée aux autres enfants. Plus tard, il fabrique ses premiers personnages, voyage en Europe, puis fonde notamment la compagnie Hoplabum.
En 1995, il produit pour RTL une série télévisée avec des marionnettes, De Sandmännche Pit, qui s’étalera sur 70 épisodes. Mais l’histoire la plus surprenante reste celle avec le Bimbo-Theater. Alors qu’il pensait la compagnie disparue, Pit Vinandy raconte avoir retrouvé par hasard ses membres en Espagne, à la télévision locale de Tossa de Mar, où les anciens marionnettistes s’étaient installés après avoir vendu leur théâtre.
Des années plus tard, le Lëtzebuerg City Museum retrouve plusieurs caisses contenant d’anciennes figures du Bimbo-Theater. Mais ces originaux sont abîmés. Contacté en sa qualité de référence du milieu, cet expert propose de les restaurer pour le musée et d’en fabriquer des copies afin de pouvoir les utiliser. Le succès est immédiat. «Tout le monde se rappelait son enfance. Les parents venaient avec leurs enfants. C’était magnifique», raconte-t-il.
«C’était pour les adultes»
Le théâtre de Lasauvage naît, lui, en 2015, avec l’envie de créer un lieu fixe au Luxembourg. La commune de Differdange met une salle à sa disposition et rénove le lieu. La Poppespënnchen se lance avec un petit festival en 2017, puis grandit jusqu’à la crise du covid.
Mais pas question pour l’hyperactif Pit Vinandy de s’arrêter : il transforme une pièce de sa maison pour diffuser en direct sur internet. Chaque dimanche, des spectacles sont diffusés, parfois envoyés par des compagnies étrangères. Cette période renforce les liens avec le ministère de la Culture et permet au théâtre de se professionnaliser.
Aujourd’hui, la Poppespënnchen est le seul théâtre de marionnettes au Grand-Duché. Une singularité qui tient aussi à la taille du pays. «Vivre uniquement de spectacles joués au Luxembourg, c’est impossible, parce que le pays est trop petit», estime Pit Vinandy. Pour les artistes, il faut souvent tourner à l’étranger. L’Allemagne, la France et la Belgique voient d’ailleurs plusieurs troupes professionnelles encore tourner.
Mais le Luxembourg a désormais son rendez-vous. Pour la première fois dans ce format, Les Marionnettes Sauvages veulent montrer la diversité de cet art : marionnettes à fils, à main, théâtre d’ombres ou d’objets… Une variété assumée par le directeur, pour qui le thème d’un festival doit rester large : «Le thème, c’est la marionnette.»
L’idée est de laisser le public découvrir toute l’étendue de cet art, y compris à travers des sujets larges et contemporains, comme l’intelligence artificielle, présente cette année. «Il vaut mieux laisser le choix aux gens parmi une grande variété», estime-t-il. Et cela passe aussi par sortir cet art de son image enfantine, car il le rappelle : «Les premiers spectacles mettaient en scène des guignols et c’était presque politique. Ça se jouait dans des cafés et c’était pour les adultes.»
Ce n’est que plus tard que la marionnette est devenue, dans l’imaginaire collectif, un divertissement réservé aux plus jeunes. Pourquoi? Comment? Même cet expert n’a pas la réponse : «Je ne saurais l’expliquer, mais les enfants font plus confiance à une marionnette qu’à un acteur», observe-t-il. Même limitée dans ses expressions, puisqu’elle ne possède souvent qu’une expression faciale, elle peut devenir bouleversante par le mouvement ou le rythme. «La marionnette crée une relation très spéciale. C’est magique», conclut-il.