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«Échapper à la rigidité du monde moderne» : Dudelange fait un bond au Moyen Âge

Entre campements reconstitués et savoir-faire d’antan, la rue de la Chapelle à Dudelange a replongé le temps d’un week-end au cœur de l’époque médiévale lors du Butschebuerger Buergfest.

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La fête médiévale de Dudelange a réuni plusieurs milliers de visiteurs. (Photos : alain rischard)
La fête médiévale de Dudelange a réuni plusieurs milliers de visiteurs. (Photos : alain rischard)

De la paille dispersée sur la route, des stands d’épées, des armures, des forgerons… La rue de la Chapelle de Dudelange a fait un saut dans le passé, et plus précisément au Moyen Âge. Avec des stands en bois, des artisans costumés et des visiteurs habillés dans le style d’époque, l’ambiance médiévale est bien au rendez-vous.

Vêtue chaudement, Aurélie Szkudlarek, artisan potière, fait sa première cette année au Butschebuerger Buergfest. «J’étais venue comme visiteuse en 2012. J’avais beaucoup aimé cette fête. C’est super de pouvoir avoir un stand cette année», explique cette Française originaire d’Alsace, habituée des fêtes médiévales en France. À Dudelange, elle vient aujourd’hui exposer ses pièces de reconstitution historique. «Elles sont basées sur des découvertes archéologiques, comme par exemple des gobelets du IXᵉ ou XIᵉ siècle de l’ancien Danemark ou des poteries datant du XVᵉ siècle retrouvées dans des châteaux en Alsace», précise-t-elle. Des objets d’antan qui plaisent surtout aux reconstitueurs de troupes médiévales. «Ils aiment l’esthétisme de cette poterie», souligne-t-elle.

Un peu plus loin, à l’entrée du campement médiéval, Christophe Mion prépare son stand qui accueille une activité bien particulière : la calligraphie sur pierre. Ici, les passionnés du monde médiéval peuvent graver leurs initiales sur un calcaire sédimentaire de Bourgogne. «C’est avec cette pierre que l’on a bâti la cathédrale d’Orléans», explique le passionné originaire du centre de la France. Tout comme Aurélie Szkudlarek, c’est la première fois que ce Français se rend au Luxembourg. Habitué des fêtes médiévales françaises, il note quelques spécificités au Grand-Duché. «Il y a de petites choses différentes ici au niveau des tenues, des stands ou de la nourriture.»

Mais un point commun demeure : la fascination du public pour l’ambiance d’une fête médiévale. «Je pense que c’est un bon moyen d’échapper à la rigidité du monde moderne et de se reconnecter à des choses plus simples», philosophe Christophe Mion. Car, contrairement aux idées reçues, le Moyen Âge n’était pas une période d’obscurantisme. «Elle est très riche au niveau artisanal. On travaillait avec beaucoup de matières différentes et il ne faut pas oublier que c’est celle de la construction des grands édifices qui nous sont encore restés de nos jours», défend le passionné assis sur un banc en bois recouvert de peaux d’animaux.

«Ils n’étaient pas constamment sales»

Déconstruire les idées reçues sur le Moyen Âge, c’est aussi le cheval de bataille de la troupe de reconstitution historique «Bellatores Hospitalis». Armement, outils chirurgicaux, herbes aromatiques… L’association a pour mission de faire découvrir la véritable vie quotidienne au début du XIIIᵉ siècle, en s’affranchissant des clichés et des idées reçues qui entourent encore cette époque. «Contrairement à la croyance populaire, les personnes de cette époque n’étaient pas constamment sales. Il y avait du savon, une certaine hygiène. Il y a eu un changement sur cet aspect, c’est vrai, mais seulement au XVᵉ siècle», explique une membre de l’association.

Autres stéréotypes tenaces : les boissons et le poids des armures. «L’eau n’était pas trop consommée, car elle était souvent porteuse de maladie. On buvait plutôt du vin, du cidre, de la bière, du lait et des jus de fruits. Les enfants aussi consommaient du vin mais avec des teneurs en alcool différentes de celles d’aujourd’hui (…). Les épées, quant à elles, ne pesaient pas 10 kilos, cela aurait été impossible de les manier pendant les combats», détaille celle qui a découvert cette période grâce à son compagnon, grand connaisseur de la période. Aujourd’hui passionnée, elle aussi, par le Moyen Âge, elle affectionne tout particulièrement l’immersion totale dans ce mode de vie le temps d’un week-end. «On dort sous des tentes, on cuisine au feu de bois avec des chaudrons. C’est très dépaysant», s’enthousiasme-t-elle.

Oublier son quotidien, cela passe aussi par les costumes. Dans les allées de la fête médiévale, on croise des chevaliers, des princesses hautes en couleur, des Vikings, mais aussi des bergers écossais. Kilts, imposant bâton à la cloche stridente, fourrures d’animaux, ce couple venu d’Hagondange n’a pas lésiné sur les moyens pour réaliser ses deux costumes. «La tenue et les accessoires ont été assemblés et modifiés sur plusieurs années. Il y a des choses maison aussi», explique Sonia. Pour Christophe, son compagnon, jardinier de métier, vêtir cette tenue d’antan lui permet de devenir «une autre personne, le temps d’une journée».

Quelques mètres plus haut, dans la rue de la Chapelle transformée pour l’occasion, Jeff, un Luxembourgeois originaire d’Useldange, a troqué, lui aussi, sa tenue de père de famille et de technicien en génie civil pour celle d’un chevalier. Et toute la famille a joué le jeu. «C’est une vraie tradition chez nous. On participe tous les ans à la fête médiévale de Dudelange. Pour les costumes, on les étoffe d’année en année. Là, j’ai ajouté le blason de mon village», montre-t-il fièrement. Après plusieurs heures passées dans la peau d’un soldat du Moyen Âge, le retour à la réalité s’annonce rude, à l’image des milliers de visiteurs conquis par le Butscheburger Burgfest.

Pas de record de fréquentation cette année

L’édition 2026 ne battra pas le record de 2024. Il y a deux ans, près de 20 000 personnes avaient foulé la paille de la rue de la Chapelle. «Nous espérons atteindre les 10 000 visiteurs pour les deux jours (…). La fréquentation dépend toujours de la météo qui a été clémente samedi mais un peu moins dimanche», indique Romain Back, président de l’association Butscheburger Burgfest. Cette année, près de 90 commerçants et artisans participent à la fête médiévale. «C’est la capacité maximale du site», souligne l’organisateur. Parmi eux, certains viennent de très loin. «Nous avons des participants originaires de Pologne, de Hongrie, de République tchèque ou d’Allemagne», ajoute le président de l’ASBL.

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