Dans nos oreilles, les traducteurs de l’ASTI : «N’exclure personne, c’est ça notre moteur»
Une nouvelle ère commence pour le service de traduction orale historique de l’ASTI lancé il y a 30 ans. Rencontre avec une équipe surmotivée!
Rebaptisé SIMI, pour SIMultan Iwwersetzung fir de vivre-ensemble, voilà l’ancien service de traduction orale directe (TOD) de l’ASTI totalement relooké et doté d’un nouveau site web.
Sa mission sociale, elle, reste inchangée : favoriser l’ouverture et le dialogue entre les communautés du Luxembourg à travers l’accès à l’information pour tous.
«On est loin d’un simple service technique», pointe ainsi Claire Geier, présidente de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés.
«La traduction est cruciale pour la cohésion sociale. Pouvoir recueillir des informations quand on ne maîtrise pas une langue est l’un des piliers du vivre-ensemble. Encore plus aujourd’hui, avec une diversité toujours plus grande.»
Sollicité par les associations, les communes, les établissements scolaires, les administrations ou même les ministères, le SIMI assure jusqu’à 600 interventions annuelles, avec une équipe ultramotivée de 30 volontaires.
Une quinzaine de langues disponibles
Plusieurs fois par semaine, ces actifs, étudiants et retraités sillonnent le pays pour aller traduire en simultané des événements publics, des assemblées générales, des conférences, des tables rondes ou des réunions de travail.
«Nos volontaires traduisent du luxembourgeois vers une quinzaine de langues et inversement», précise la coordinatrice du service, Mounia Zerktouni. Toujours en équipe de deux pour se relayer, tant l’exercice de la traduction directe requiert rigueur et concentration.
«Ma mère ne parlait que le darija marocain»
Elle-même parle dix langues et avait à peine 18 ans quand elle a rejoint l’équipe de traduction de l’ASTI en 2010. «Grandir au Luxembourg, c’est parler très vite énormément de langues différentes», sourit-elle.
«Adolescente, je traduisais déjà plein de choses pour ma mère qui ne parlait que le darija marocain. Alors quand on m’a demandé de rejoindre l’équipe, j’ai foncé.»
La jeune femme se remémore les heures passées à s’entraîner à la traduction simultanée, en enregistrant les news de la radio sur des cassettes.
«Ce qui compte, c’est que le message passe»
Une gymnastique cérébrale moins évidente qu’il n’y paraît : «Même quelqu’un qui maîtrise bien les langues n’est pas forcément capable de faire de la traduction directe. Il faut se lancer et tester!»
Elle veut encourager d’autres traducteurs amateurs à s’engager. «On n’est pas des interprètes. Ce qui compte pour nous, c’est que le message passe. Et surtout, en finir avec les réunions en luxembourgeois d’un côté et en français de l’autre. Permettre à tout le monde de participer, n’exclure personne, c’est ça notre moteur.»
Une action qu’elle intègre aussi dans son quotidien, en proposant son aide dès qu’elle voit quelqu’un en difficulté avec une langue.
Entre 2011 et 2021, la diversité des langues «a explosé au Luxembourg», notait le Statec dans un rapport de 2023, constatant une hausse de 55 % des «nouvelles langues» sur le territoire, en lien direct avec la croissance démographique.
«Seule une infime partie des immigrés connaît le luxembourgeois. Une partie d’entre eux et surtout leurs enfants vont l’apprendre. Une autre partie va s’intégrer par le biais du français qui reste, à ce jour, la langue la plus parlée sur le marché de l’emploi», expliquait l’institut, qui voyait aussi l’anglais se renforcer.
Bon à savoir
Le SIMI refuse toute demande de la part des sociétés commerciales. Le tarif normal pour une traduction orale directe est de 200 euros pour deux heures, frais de route non compris.
Les associations composées uniquement de bénévoles peuvent obtenir des réductions, voire la gratuité. Pour un devis ou si vous avez envie de rejoindre l’équipe en tant que volontaire (indemnisé), contactez le SIMI via son site web.