Ce jeune instituteur prépare sa première rentrée : «J’ai vraiment hâte de commencer»
Philippe Dreis s’apprête à faire sa première rentrée en tant qu’enseignant à l’école du Brill d’Esch-sur-Alzette. En plein préparatifs, il a hâte d’accueillir ses élèves.
Fortement marqué par son instituteur en première année de primaire, Philippe Dreis a su dès le plus jeune âge qu’il prendrait la même voie et deviendrait un jour enseignant, lui aussi.
Mais il faut aussi dire que cette passion pour la transmission du savoir est dans ses gènes : toute sa famille est dans le métier! L’école a donc toujours occupé une place particulière dans sa vie.
À quelques jours de se tenir seul face à onze élèves de cycle 2 à l’école du Brill d’Esch-sur-Alzette, le jeune homme de 23 ans partage ses impressions d’enseignant débutant.
Quel parcours vous a mené jusqu’ici?
Philippe Dreis : J’ai toujours habité à Esch-sur-Alzette. J’y ai effectué toute ma scolarité, du préscolaire jusqu’au Lycée de garçons, et même mon bachelor en Sciences de l’Éducation à l’université de Belval. J’ai donc un attachement fort à ce territoire. Alors, quand il a fallu formuler mes vœux d’affectation, Esch était naturellement tout en haut de ma liste!
Et ma 32e place au concours sur 200 candidats m’a permis de rejoindre l’école du Brill, la plus grande du pays. Je connaissais déjà plusieurs membres de l’équipe pédagogique et tous m’ont conseillé d’intégrer l’établissement en me décrivant la bonne ambiance de travail et beaucoup d’entraide.
Devenir instituteur, c’était votre rêve d’enfant?
Oui! J’ai eu la chance d’avoir en première année de primaire un instituteur qu’on sentait passionné par son métier. C’est vraiment lui qui m’a donné envie de m’orienter vers ce chemin. Et puis, mon père, ma mère, ma sœur, oncle, tante… ils sont tous enseignants! En réalité, toute ma vie j’ai baigné dans cet univers, dans leurs discussions autour de l’école et des enfants. Ça m’a permis de prendre la mesure de la mission d’un instituteur, y compris les nombreux défis que ça comporte.
Pour mon travail de fin d’études consacré au bien-être des enseignants, j’avais aussi pu en interroger un certain nombre, donc je ne vois pas le métier avec des lunettes roses : j’ai conscience des problèmes. Cependant, j’ai l’espoir de changer les choses et de rendre l’image de notre profession plus positive.
À quelques jours de votre toute première rentrée, quel est votre état d’esprit?
J’ai vraiment hâte de commencer, après quatre ans d’études et de stages dans différents niveaux et écoles. Bien sûr, il y a aussi une pointe de stress, avec les tâches administratives et l’organisation en général. Là, cette semaine, je mets en place ma salle de classe, j’ai installé pas mal de choses : du mobilier, des affiches didactiques qui rappellent les règles, d’autres qui attribuent des responsabilités à chacun des élèves, le planning journalier, etc.
Pour les tables, j’ai opté pour une configuration en petits groupes, car je n’aime pas trop travailler de manière frontale, je préfère les méthodes qui favorisent une vraie dynamique dans la classe. J’avais expérimenté ça en stage, et j’ai vu les bons résultats que ça donne!
À quels détails êtes-vous attentif?
Je veux m’assurer que tous mes élèves se sentent bien. Créer un espace sécurisé pour eux, c’est ma priorité. En cycle 2, ils ont 6 ou 7 ans, et c’est un âge où les enfants ont tendance à être plus timides, à ne pas oser dévoiler leur personnalité. Or, je veux une classe vivante! J’ai ainsi prévu un petit quizz sur moi le premier jour, pour leur permettre de mieux me connaître et de se sentir à l’aise.
Vous avez déjà enseigné en stage, mais cette fois, ce sera votre propre classe. Ça change quoi?
Comme je me sens déjà pleinement instituteur, je dirais peut-être le fait de ne plus être contrôlé en permanence par un maître de stage. Ça va enlever une certaine pression. Même si, bien sûr, en tant que fonctionnaire stagiaire, je reste supervisé par la direction ainsi qu’un conseiller pédagogique.
Vous débutez votre carrière au moment même où l’école fondamentale se transforme. Que pensez-vous du nouveau plan d’études?
Je pense qu’il est plus ouvert et qu’il offre davantage de liberté aux enseignants. Il est aussi facile à comprendre, c’est vraiment top. C’est l’outil qu’on utilise au moment de planifier une séance, comme un guide, une grille de repères pour travailler une série de compétences et permettre à nos élèves d’atteindre certains objectifs précis.
Pour vous, quel est le plus gros défi de l’école luxembourgeoise?
Je ne le vois pas comme un défi mais plutôt comme une opportunité : le multilinguisme. Pour moi, c’est un point fort de notre pays et de notre école. L’an prochain, le projet Alpha va débuter, on doit voir comment le déployer. J’ai été en stage dans une école pilote où ça se passait très bien, mais j’ai encore du mal à percevoir comment ça peut se concrétiser dans les autres écoles, notamment en termes d’infrastructures et d’organisation.
En tous cas, c’est une bonne idée! Ici à Esch, on a une grande diversité et c’est une richesse pour tous les enfants. Dans ce contexte, je me vois comme un médiateur d’une culture à l’autre.
Vous sentez-vous suffisamment préparé et accompagné pour affronter les troubles du comportement chez les élèves, les difficultés familiales ou le harcèlement scolaire?
Préparé, on ne l’est jamais réellement pour toutes les situations! Je pense que ça s’acquiert au fil des années, avec l’expérience. Mais oui, je me sens très bien entouré par mes collègues. Je sais que je pourrai compter sur leur soutien en cas de besoin d’assistance. Et ça, c’est important pour moi.
Si cette année pouvait se dérouler exactement comme vous l’espérez, à quoi ressemblerait-elle?
Ah, c’est difficile ça! (il réfléchit) Établir un bon climat dans ma classe, voir l’évolution des élèves dans leurs apprentissages, et les préparer pour le prochain cycle. Ce sont mes trois buts pour cette année. Je serai fier si j’y parviens.