Après un été très sec, le Luxembourg se prépare au risque de crues
Après un été exceptionnellement sec, le Luxembourg reste marqué par le manque d’eau. Mais avec le retour des pluies, les autorités appellent déjà à se préparer à l’autre extrême : les fortes précipitations et les inondations.
C’est sous la pluie que le gouvernement est venu parler de sécheresse, jeudi. Le ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, a présenté son premier point saisonnier consacré à l’eau. Ce rendez-vous doit désormais avoir lieu à chaque changement de saison pour faire le point sur les évolutions observées, les risques à venir et les moyens de s’y préparer.
«Cet été a montré ici au Luxembourg que le changement climatique n’est pas une réalité qui n’existe que loin de nous», a souligné Serge Wilmes. Le pays a connu une longue période sèche, après plusieurs années déjà marquées par des épisodes de sécheresse qui ont notamment fragilisé les arbres et les milieux naturels.
Les précipitations récentes ne suffisent pas à effacer les effets de cette période. Les niveaux des cours d’eau restent bas et les sols ont été fortement asséchés. «Nous avons eu maintenant le phénomène où nous n’avions pas de pluie, même les ruisseaux étaient asséchés, les sols étaient très durs», a rappelé le ministre.
Des niveaux plus bas que les deux années précédentes
Christophe Gilbertz, de l’administration de la Gestion de l’eau, a dressé le bilan hydrologique de l’été. Le déficit de précipitations estivales dépasse 30 %, alors que les mois précédents étaient déjà plus secs que la moyenne. La sécheresse s’est donc installée tout au long de l’année.
Les cours d’eau ont atteint des zones critiques dès la fin mai, avec des niveaux placés en jaune et orange, bien plus tôt que lors d’autres années. Les niveaux les plus bas ont été mesurés vers la mi-août. En juillet et août, la température de l’eau a dépassé 20 °C et atteint localement 25 °C.
Selon Christophe Gilbertz, les niveaux restent inférieurs à ceux des deux années précédentes. Même après trois jours de pluie, ils demeurent bas : sans précipitations durables, la situation ne devrait pas s’inverser. Les cours d’eau luxembourgeois, qui dépendent fortement des précipitations, réagissent rapidement, à la baisse comme à la hausse, notamment dans le Nord et sur les petits cours d’eau.
Les cours d’eau alimentés par les nappes souterraines ont toutefois mieux résisté, grâce à la bonne recharge enregistrée lors des trois années humides précédentes. Certains niveaux observés cet été correspondent à des événements statistiquement attendus une fois tous les 20 ou 50 ans. Leur répétition plus fréquente avec le changement climatique pourrait toutefois modifier ces statistiques.
De la sécheresse aux fortes pluies
La situation pourrait évoluer rapidement. Après plusieurs mois avec peu de précipitations, des pluies importantes peuvent provoquer ruissellements et crues. «Nous risquons peut-être d’avoir une période où il pleut trop et nous pourrions peut-être avoir à nouveau des tensions», a prévenu Serge Wilmes.
Le souvenir des inondations de septembre 2025 sert de rappel. De fortes pluies avaient provoqué des dégâts dans plusieurs communes, notamment à Luxembourg, avec des voitures emportées par les eaux et des habitations touchées. Pour les autorités, ces événements montrent l’importance de maintenir la vigilance même lorsque le risque immédiat semble s’éloigner.
«Il faut toujours le rappeler», insiste le ministre. Les épisodes extrêmes ont en effet tendance à être rapidement oubliés une fois les conditions redevenues plus clémentes. «Nous devons toujours faire des efforts pour continuer à informer, pour mieux nous aider à nous préparer et à nous protéger encore plus.»
Redonner de l’espace à l’eau
La prévention ne repose cependant pas uniquement sur les systèmes d’alerte. Le gouvernement mise notamment sur la renaturation des cours d’eau. Un plan comprenant 51 mesures concrètes a été finalisé avant l’été. Il doit notamment permettre de redonner de l’espace aux rivières, de ralentir les écoulements et de limiter les conséquences des crues.
La renaturation présente aussi des bénéfices lors des périodes de chaleur, en contribuant au refroidissement de l’eau, en réduisant l’évaporation et en favorisant de meilleures conditions pour les écosystèmes aquatiques.
Pour protéger les cours d’eau, la suspension temporaire des prélèvements dans les eaux de surface est par ailleurs en vigueur depuis le 8 juillet et restera en place tant que les niveaux seront aussi bas.
Le point saisonnier s’est tenu dans le Grund, au bord de la Pétrusse. Un projet vise notamment à y ralentir l’écoulement du cours d’eau avant son arrivée dans l’Alzette et à lui donner davantage d’espace pour déborder. Un exemple que le gouvernement souhaite voir reproduit dans d’autres projets de renaturation.
La végétalisation des villes et des espaces publics doit également contribuer à cette adaptation. Des surfaces moins imperméabilisées permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer davantage dans les sols plutôt que de ruisseler rapidement vers les cours d’eau. Ces aménagements participent aussi à la lutte contre les fortes températures.