[Luxembourgeois, ils vivent à l’étranger]
«À Londres, l’attachement à la famille royale est plus présent»
Ils ont fait le choix de vivre hors du Grand-Duché pour le travail, les études ou l’amour. Rencontre avec ces Luxembourgeois expatriés. Pour ce nouveau numéro, rendez-vous avec François-Guillaume Wahl, manager dans un hôtel de luxe à Londres.
D’un village luxembourgeois de quelques milliers d’âmes à un hôtel de luxe fréquenté par des familles royales. À 30 ans à peine, François-Guillaume Wahl a déjà un parcours riche en anecdotes et histoires insolites. Il y a trois ans, ce Luxembourgeois originaire d’Oberpallen, près de Redange-sur-Attert, a décidé de rejoindre Londres et le Royaume-Uni pour poursuivre son rêve : travailler dans l’hôtellerie de luxe.
Un rêve qu’il avait commencé à concrétiser lors de ses études au Luxembourg. «Pendant mes trois ans de bachelor, j’ai fait des stages un peu partout en Europe dans des hôtels de luxe. J’ai continué ensuite avec mon master que j’ai effectué dans une école d’hôtellerie en Suisse», explique-t-il. La pandémie arrive et signe la fin de ses cours. Il obtient alors une opportunité dans une maison de retraite au Grand-Duché. «Je faisais partie de la direction, où j’étais responsable hôtellerie. J’y suis resté deux ans. C’était intéressant de voir un autre système, notamment dans le domaine du soin», précise-t-il.
Mais son envie de travailler dans un établissement de luxe demeure. «Ma compagne, que j’avais rencontrée lors d’un stage en Espagne, était à Londres depuis deux ans. Avec la crise sanitaire et mon poste au Luxembourg, nous ne nous sommes pas vus pendant un an», regrette-t-il.
À la fin de l’année 2023, le Luxembourgeois décide de quitter son poste pour se lancer dans l’hôtellerie de luxe à Londres et rejoindre sa compagne. Mais à l’ère du post-Brexit, pas facile pour lui de trouver facilement un emploi. «C’était un peu plus compliqué, car il fallait trouver un job qui sponsorisait un visa. Je m’étais donné six mois pour trouver un travail. J’ai fait des petits boulots à côté, jusqu’au moment où j’ai pu travailler pour un grand groupe d’hôtellerie à Londres», raconte-t-il.
Un hélicoptère mobilisé pour un bijou
Il rejoint alors l’hôtel Claridge’s dans la capitale anglaise. Pendant plusieurs mois, il gère les hôtes VIP de l’hôtel et leurs demandes parfois extravagantes. «On peut recevoir des célébrités connues au niveau international, des politiciens, des membres de familles royales. D’ailleurs, la reine Élisabeth II venait une fois par an dans notre établissement. Winston Churchill prenait très souvent son petit-déjeuner ici», confie-t-il.
Impossible pour François-Guillaume Wahl de révéler certains noms. «La discrétion est notre maître mot. Je peux seulement dire que nous recevons des acteurs très connus, car nous faisons des avant-premières à l’hôtel. Nous avons eu dernièrement Nicole Kidman et Sandra Bullock pour leur dernier film», indique le Luxembourgeois.
Soit on est déçu, soit c’est merveilleux
Dans ce ballet de célébrités, a-t-il pu approcher une personne qu’il admirait? «C’est arrivé. Quand on fantasme une star, on pense à la personnalité qu’elle renvoie à la télévision, etc. On se dit qu’elle doit être de la même manière qu’à la télévision. Soit on est déçu, soit c’est merveilleux. Alors, oui, j’ai connu les deux sentiments», confie-t-il.
Depuis six mois, le Luxembourgeois occupe le poste de manager exécutif, il est ainsi devenu le numéro trois dans la hiérarchie de l’entreprise. «Je gère les opérations en l’absence du directeur et du sous-directeur», indique-t-il. Budgets, chiffres, fournisseurs et aussi quelques demandes un peu particulières.
Depuis qu’il officie dans cet hôtel de luxe, deux histoires l’ont particulièrement marqué, dont l’une s’est passée récemment. «Un client voulait absolument un modèle spécifique de bague de diamants. Ce dernier n’était pas disponible dans les boutiques de Londres. Il m’a dit : « Je le veux pour n’importe quel prix. J’en ai besoin pour ce soir, car je l’offrirai pour un dîner »», raconte François-Guillaume Wahl. Après plusieurs recherches, le Luxembourgeois réussit à trouver le modèle, mais à Manchester. «La seule possibilité d’avoir cette bague était de dépêcher un hélicoptère, ce que nous avons fait. Le bijou était à 2 000 euros, là il en a eu pour 20 000 euros», poursuit-il.
«Ils n’avaient pas l’habitude de ce genre d’endroit»
Une autre fois, il a fallu dépêcher un jet privé pour aller chercher un sac de luxe à Bucarest, en Roumanie. «À 1 h du matin, il était dans sa chambre avec le sac», raconte le Luxembourgeois. Bien que les hôtels de luxe accueillent principalement une clientèle très aisée, il arrive que des personnes plus modestes viennent y célébrer une occasion spéciale. «Un couple fêtait ses 65 ans de mariage. Après tant d’années à économiser, ils ont eu envie de se payer une nuit dans un hôtel de luxe. Forcément, ils n’avaient pas l’habitude de ce genre d’endroit. Et c’est quelque chose que j’adore faire. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce sont des choses qui arrivent assez souvent», indique-t-il.
Si l’univers de l’hôtellerie de luxe reste un monde à part, l’intégration de François-Guillaume Wahl dans la capitale du Royaume-Uni s’est, elle, bien passée. «Luxembourg et Londres sont tous les deux des places financières importantes. Il y a aussi un important melting-pot. Beaucoup d’étrangers viennent travailler à Londres, comme au Grand-Duché. Il y a aussi deux familles royales qui représentent le pays, mais je dirais que l’attachement est plus présent au Royaume-Uni qu’au Luxembourg», explique François-Guillaume Wahl. Pour autant, il note certaines particularités. «Les tendances, les modes arrivent souvent de Londres et viennent ensuite au Luxembourg. La ponctualité anglaise est aussi beaucoup plus souple que dans d’autres pays comme l’Allemagne», poursuit le Luxembourgeois.
Depuis son installation il y a trois ans, que lui manque-t-il du Luxembourg? «La moutarde qui est faite dans le pays», sourit-il. Mais aussi certains plats. «Quand je reviens au Grand-Duché, je demande toujours à ma mère, qui est belge, de me faire des mets traditionnels. Et cela me fait toujours très plaisir», conclut-il.