«À l’époque, c’était le quartier des prisons» : le Naturmusée fête ses 30 ans dans le Grund

Il y a 30 ans, le Naturmusée s’installait dans le Grund. Depuis, l’institution a bien évolué, tout comme le quartier autour d’elle qui a complètement changé de visage en quelques décennies.

Publié Modifié

Le 12 décembre 1996, le musée national d’Histoire naturelle (MNHN) déballe ses collections dans l’hospice Saint-Jean sur les bords de l’Alzette. Jusqu’alors installé rue du Marché-aux-poissons, il se sépare à cette époque du musée national d’Archéologie, d’Histoire et d’Art. «Il y avait d’abord un seul musée au centre-ville, rappelle le directeur du MNHN, Patrick Michaely. Puis en 1988, les deux administrations ont été séparées tout en restant dans le même bâtiment.» Mais devant l’augmentation progressive des collections et la diversification des activités, la place commence à manquer. La décision de déménager le Naturmusée va donc peu à peu faire son chemin.

En 1986, le choix de l’État se porte sur l’ancien hospice situé dans le Grund. Abritant auparavant la prison pour femmes, déménagée à Schrassig en 1984, le bâtiment va être entièrement réaménagé pour accueillir le MNHN. Il faudra une dizaine d’années avant que le nouveau Naturmusée voie le jour. «C’est le premier musée de l’État à être logé dans un nouveau bâtiment.»

Grâce à ce changement d’adresse, le musée va pouvoir continuer son développement. «Notre rôle est de faire l’inventaire de la biodiversité et de la géodiversité du pays. Savoir ce qui existe et a existé, où et quand.» Les collections vont donc continuer à s’enrichir au fil des années tandis que le musée va développer la recherche scientifique jusqu’à se faire une place sur la scène internationale (lire encadré). Il va aussi attirer de plus en plus de visiteurs, en particulier les jeunes, pour devenir l’un des musées les plus fréquentés du pays. «Nous ne sommes pas un musée pour enfants, précise Patrick Michaely. Mais nous sommes bien contents d’avoir ce public. C’est un challenge de fidéliser de nouvelles personnes.»

Un musée bien présent à l’international

Le MNHN a pour mission de répertorier la biodiversité du Luxembourg. S’il travaille sur tout le pays, son importance reste régionale par rapport à ses homologues de Londres, Paris ou Berlin. «Le Luxembourg n’est pas une puissance coloniale», rappelle Patrick Michaely. Il n’a donc pas eu accès à la même diversité d’environnements et ses collections s’en retrouvent plus limitées. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir réussi à faire sa place sur la scène internationale.

Avec les années, différents laboratoires ont vu le jour, permettant au Naturmusée d’apporter sa pierre à la recherche scientifique. Le département de paléontologie a ainsi permis la découverte et l’étude du Lorrainosaurus, le plus grand pliosaure (un reptile marin préhistorique) connu. «En 2014, nous avons aussi trouvé deux os de dinosaures alors qu’on disait que ça n’arriverait pas au Luxembourg.» Malgré sa taille modeste, le MNHN a également été cité dans plus de 2 000 publications internationales et collabore énormément avec les pays voisins.

«On est à l’étroit»

Le musée a aussi permis de changer le visage du Grund, bien différent il y a 30 ans de celui que l’on connaît aujourd’hui. «À l’époque, c’était le quartier des prisons.» L’arrivée du Naturmusée mais aussi la transformation de l’abbaye de Neimënster, qui a également servi de prison, en centre culturel vont profondément changer le quartier. À partir des années 1980, il opère une transformation qui permettra de remettre en valeur son patrimoine et d’attirer les touristes. «Quand il fait beau, c’est un quartier très agréable.»

Mais tout n’est pas rose pour autant. Après 30 ans, le MNHN manque à nouveau de place. «Nous sommes passés de 30 personnes à 159 en comptant les freelances, estime Patrick Michaely. C’est évident qu’on est à l’étroit.» Avec 200 000 visiteurs par an, le site est aujourd’hui un peu serré, notamment les jours de grande affluence où plus de 2 000 personnes peuvent investir le site. Les locaux manquent également de quelques équipements, pourtant indispensables à un musée, comme un monte-charge, et les laboratoires auraient bien besoin d’être rénovés. Un projet de réhabilitation existe, mais celui-ci est encore loin d’être finalisé. En attendant, le musée continuera de remplir ses missions et d’accueillir les visiteurs sur les bords de l’Alzette.

À la découverte des coulisses

À l’occasion de cet anniversaire, le MNHN a inauguré une nouvelle exposition intitulée «La vie secrète du Naturmusée : 30 ans dans le Grund». «Nous ne voulions pas faire une expo nostalgique, prévient de suite Patrick Michaely. Pour une raison simple : le public qui vient aujourd’hui a considérablement changé.» L’exposition invite donc à découvrir ce qui se passe au-delà des vitrines : comment sont étudiées les collections, comment la technologie peut conduire à de nouvelles découvertes, comment un objet conservé depuis des décennies peut encore enrichir les connaissances scientifiques… L’exposition cherche à montrer qu’au-delà de sa mission de conservation, le musée est également un lieu de recherche, de transmission et de rencontre.

L’exposition est visible jusqu’au 14 mars 2027.

Powered by Labrador CMS