Usine d’hydrogène et d’e-méthanol : la concertation publique démarre
Le projet d’usine de fabrication d’hydrogène vert et de carburant de synthèse de la société H2V sur la zone de l’Europort franchit un pas significatif : une concertation publique s’ouvre ce 28 avril pour deux mois. Huit réunions sont prévues sur le territoire. Le sujet le mérite : on parle d’un site Seveso seuil bas.
Le contexte
La zone d’activité de l’Europort, gérée par le syndicat E-Log’In 4, à cheval sur les communes d’Illange, Uckange, Florange et Thionville, est potentiellement face à une promesse de reconversion inédite.
Parmi les investisseurs séduits par le site multimodal (accès routier, ferroviaire, fluvial), la société française H2V est celle qui porte le projet le plus ambitieux : la construction d’une usine de fabrication d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau et d’e-méthanol.
Elle a déjà signé un compromis de vente portant sur 31 hectares de friches situés sur l’ancien parc à fonte de la sidérurgie, près du parc de l’U4. Initialement, un demi-milliard d’euros était annoncé. Aujourd’hui, l’investissement s’envole à 800 millions d’euros. On parle d’une mise en service en 2030.
Le projet de H2V
Le contexte économique a guidé les choix de H2V. En 2024, la société a réorienté sa stratégie : elle produira moins d’hydrogène que prévu (200 mégawatts au lieu de 400 avec 30 000 tonnes par an dès 2030), mais elle se lance dans la fabrication d’e-méthanol, un produit intermédiaire entrant dans la composition des carburants de synthèse dont les transports maritime et aérien ne pourront pas se passer après 2030.
Il est obtenu en combinant de l’hydrogène (H2) et du CO2 biogénique (CO2 issu de la méthanisation ou de centrales de cogénération, qu’il faudra acheminer sur place par camion). Une production de 150 000 tonnes par an est visée, de quoi expédier 2 à 3 trains par semaine vers Le Havre, Dunkerque ou Fos-sur-Mer. Du très lourd, en somme.
Pourquoi une concertation ?
Le code de l’environnement prévoit qu’au-delà d’une certaine envergure, le projet doit passer par une phase de concertation publique. Nous y sommes. Elle a été demandée par H2V bien entendu mais aussi par RTE, qui aura en charge le raccordement électrique de la future usine avec le réseau électrique, grâce à une ligne souterraine de 225 000 volts d’environ 2 kilomètres jusqu’au poste électrique existant de Saint-Hubert (Uckange).
Cette concertation publique est confiée à la commission nationale du débat public. La même avait orchestré la consultation sur l’A31 bis, sur l’agglomération thionvilloise, à l’automne 2024. Elle débute ce lundi 28 avril et se poursuit jusqu’au 20 juin. L’objectif est de donner la parole à tous ceux qui le souhaitent à travers des réunions publiques, en ligne, par courrier ou via des registres papier mis à disposition dans les mairies.
Les enjeux sont multiples : au-delà de la création à terme de 140 emplois, il s’agit d’informer largement et de façon la plus transparente possible de la nature même de la future activité classée Seveso seuil bas et frappée du titre d’installation classée pour la protection de l’environnement. Le prix de la réindustrialisation.
Chrystelle Folny (Le Républicain lorrain)