«Une expertise psychiatrique, c’est un peu comme une autopsie»

Psychiatre praticien hospitalier, Guillaume Vlamynck exerce au sein du Service médico-psychologique régional (SMPR) de la maison d’arrêt de Metz-Queuleu. Expert auprès de la cour d’appel de Nancy, il dépose régulièrement ses conclusions devant les assises de la Moselle.

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Guillaume Vlamynck, une tenue remarquable pour des expertises remarquées.
Guillaume Vlamynck, une tenue remarquable pour des expertises remarquées.

Fils d’un père directeur de conservatoire, spécialiste de musique traditionnelle, et d’une mère enseignante de solfège, Guillaume Vlamynck se rêvait en professeur d’histoire, spécialiste du Haut Moyen Âge, avant d’envisager de suivre les traces de son frère, «mécanicien dans l’armée de l’air». Mais, en raison d’une «déformation de la cornée», il est contraint de revoir ses plans. Pas de treillis donc, mais une blouse blanche.

Passé par les universités de Strasbourg et de Lorraine, il s’imaginait suivre, en Polynésie, une spécialisation en médecine nucléaire. Finalement, le natif de Belfort opte pour la psychiatrie. Un choix de raison plus que de passion? Pas forcément. «Une copine m’a dit qu’il y a trois critères à prendre en compte dans le choix d’une spécialité : l’intérêt pour celle-ci, les conditions de vie et le troisième, je ne m’en souviens plus, j’avais déjà les deux premiers (il rit)…»

«Aucune question n’est anodine»

Le métier, Guillaume Vlamynck le découvre lors de son internat, à l’Unité pour malades difficiles de l’hôpital de Sarreguemines. Il passe aussi plus d’un an à Jury, en psychiatrie fermée, puis poursuit son chemin à l’hôpital Maillot de Briey.

Très vite, il goûte à l’expertise judiciaire. «Ça faisait à peine un mois que je bossais, la gendarmerie m’appelle pour me proposer d’en effectuer une. J’ai accepté pour rendre service, et ça a débuté comme ça…» Tout sauf un voyage au bout de l’ennui.

«L’expertise judiciaire permet de comprendre des enjeux qui peuvent vous échapper, dit-il. Intellectuellement, c’est très intéressant.» Aujourd’hui, Guillaume Vlamynck comparaît devant les différentes juridictions de France métropolitaine et d’outre-mer. Ses rapports, dictés d’un jet à sa secrétaire, sont soignés. À l’image de son costume trois pièces bleu marine, dont il ne se départ jamais. Même par forte chaleur. «C’est un peu ma robe d’avocat…»

Sa méthode? Toujours la même. Une lecture attentive du dossier d’instruction, puis une «anamnèse» (environnement familial, enfance, scolarité, milieu professionnel, sexualité, antécédents) du prévenu ou de l’accusé. «Une expertise psychiatrique, c’est un peu comme une autopsie. Il y a obligatoirement tout un tas de choses à explorer…»

Et à écarter, afin d’éclairer la cour et les jurés sur la personnalité du mis en cause. «Aucune question n’est anodine. Quand on appuie là où ça fait mal, c’est pour jauger de l’impulsivité.» Pas vraiment du goût de l’expertisé. «Même quand je soulève des éléments positifs, il ne voit que les points négatifs…»

Randonnées et Harry Potter

Guillaume Vlamynck évolue entre les murs de la maison d’arrêt de Metz, au sein du Service médico-psychologique régional (SMPR), auprès de détenus dont «25 %» sont atteints de «troubles mentaux».

«Si vous ajoutez ceux dépendants aux stupéfiants ou à l’alcool, ça dépasse les 50 %…» Soit un taux «dix fois supérieur» à la moyenne nationale. «Mais sur les quelque 900 crimes de sang commis par an en France, même pas 10 % sont imputables à des personnes qui présentent une maladie mentale. En revanche, le passage à l’acte est très médiatisé…»

La récurrence, dans les débats, de termes propres à la psychiatrie l’agace : «Aujourd’hui, on parle de schizophrénie pour tout et pour rien…»

Pour échapper à toutes les «folies» de ce monde, l’homme se ressource en cheminant, seul de préférence. Avec sa compagne, il s’évade lors de jeux de rôle type Donjons et Dragons ou en enfilant, le temps d’un week-end, avec d’autres passionnés, des déguisements d’Harry Potter ou d’autres personnages fantastiques.

«Le jeu, ça développe la coopération, l’imaginaire et ça permet de créer du lien dans une société où il y en a de moins en moins, chacun étant replié sur lui-même.» Comme enfermé…

Charles Michel

(Le Républicain lorrain)

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