Un maître du cake design opère en Moselle

Installé à Créhange, le pâtissier Michael Wehrmann s’est fait une place parmi les références du cake design en Europe grâce à des créations aussi minutieuses que réalistes.

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Pour ce «monsieur nature» qui s’enfonce dans la végétation, le pâtissier Michael Wehrmann a reçu une note de 98/100 au très réputé Salon de cake design de Birmingham.
Pour ce «monsieur nature» qui s’enfonce dans la végétation, le pâtissier Michael Wehrmann a reçu une note de 98/100 au très réputé Salon de cake design de Birmingham.

C’est l’histoire d’un pâtissier néerlandais, Michael Wehrmann, plus couche-tard que lève-tôt, qui n’aimait pas répéter sans cesse les mêmes entremets. Au point de bifurquer un temps vers le secteur bancaire. En 2017, des amis de la famille convainquent finalement ce grand timide de franchir le pas et de créer son entreprise en France, à Créhange en Moselle.

Il faut dire que le contexte de son pays d’origine ne l’encourageait guère : «Aux Pays-Bas, le métier de pâtissier n’est pas réglementé. Tout le monde peut se lancer, même sans savoir-faire. Le marché n’était pas intéressant…»

Un confinement révélateur

Mais c’est le confinement lié au covid qui métamorphose véritablement sa pratique. Libéré du rythme de la production quotidienne, le créateur se réinvente dans le cake design, une discipline où la pâtisserie devient sculpture.

Dans son laboratoire, installé au sous-sol de son domicile, le Créhangeois passe dès lors des nuits blanches à modeler la ligne d’un nez, le contour des paupières ou le galbe d’une hanche. Pour donner vie à ces détails saisissants de réalisme, il manie les pinceaux en silicone, joue des brosses et des colorants afin de nuancer les carnations et conçoit ses propres moules sur mesure.

Sa Majesté la reine

Cette quête de précision l’amène à relever de grands défis. Récemment, avec l’autorisation du palais royal des Pays-Bas, il a étudié pendant des mois les traits de la reine consort Máxima. Ses seuls repères ? Des photographies officielles, la taille et la pointure de la souveraine. Durant quatre semaines d’un travail d’orfèvre, le cake designer l’a statufiée dans les moindres détails. «J’ai principalement utilisé de la pâte à sucre, mais aussi du chocolat pour la peau, du papier comestible pour la dentelle et de l’isomalt (un édulcorant) pour les bijoux.»

Un travail d’autant plus singulier que, si la lumière du soleil peut altérer leurs couleurs au fil du temps, ces pièces d’art en sucre se conservent des années. Présentée lors du Cake & Bake Dortmund, le plus grand salon d’Allemagne consacré au cake design, la statue a attiré les regards.

La quête de la perfection

Ces rassemblements de passionnés sont devenus pour Michael Wehrmann un terrain de jeu afin d’affiner sa technique et de repousser les limites de la matière. «Je suis dur avec moi-même, j’ai du mal à accueillir les compliments.»

Pourtant, la reconnaissance internationale ne tarde pas. En 2022, pour sa première participation au Salon de Birmingham – l’un des rendez-vous phares de la discipline –, le quadragénaire s’impose face à une cinquantaine de candidats dans la catégorie «petite pièce d’exposition d’art». Sa création représente alors un elfe chevauchant un rongeur, installé sur un tapis végétal de mousse et de champignons. «Je n’ai rien compris à ce qui m’arrivait ! Ce prix m’a ouvert de nombreuses portes», raconte-t-il.

Des douaniers hilares

Le pâtissier décroche dans la foulée un partenariat avec la marque italienne haut de gamme Saracino. Aujourd’hui, il donne des cours dans toute l’Europe et cumule onze médailles d’or lors de concours internationaux. Une seule fois, il a dû se contenter de l’argent… malgré lui. «La pièce est restée bloquée dans le scanner à l’aéroport. Elle est ressortie cassée. J’étais vert ! Je l’ai recollée comme j’ai pu, mais le mal était fait…»

Depuis cette mésaventure, l’artiste privilégie la route à l’avion, ce qui donne lieu à des scènes cocasses. Comme cette fois où il a franchi la douane britannique avec un Frankenstein grandeur nature dans sa camionnette. «Je ne vous dis pas la surprise des agents quand ils ont ouvert la porte ! Cela les a beaucoup fait rire. Ils ont appelé leurs collègues pour prendre des photos. Il a fallu leur expliquer que c’était du sucre.» Ce jour-là, les douaniers britanniques auront découvert qu’en matière de cake design, la pâtisserie peut parfois prendre des allures terriblement humaines.

Adrien Jacquot (Le Républicain lorrain)

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