Trafic de déchets entre la France et la Belgique : les auteurs condamnés en appel

Quatre des huit prévenus mis en cause dans le gigantesque trafic de déchets entre la Belgique et la France ont vu leur peine confirmée ou alourdie par la cour d’appel de Douai (Nord). Ils écopent d’un à cinq ans de prison.

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Les déchets échouaient à la frontière franco-luxembourgeoise du côté de Redange.
Les déchets échouaient à la frontière franco-luxembourgeoise du côté de Redange.

C’était un trafic bien huilé, presque trop facile pour son instigateur, Johnny Demeter. Ce membre de la communauté des gens du voyage, 37 ans au moment des faits, avait mis dans la combine son père et deux autres membres de sa famille. Au total, ils étaient neuf, plus quelques chauffeurs « achetés » à la sauvette contre quelques billets, à être impliqués dans ce trafic tentaculaire.

Entre 2019 et 2020, cette bande a mis la main sur un pactole estimé à plus d’un million d’euros, en se faisant passer pour de faux gestionnaires de déchets. Leur plan frauduleux comptait trois étapes : d’abord, ils récupéraient des déchets en Belgique – ménagers, industriels ou autres – auprès d’entreprises, moyennant une contrepartie financière. Ils les transportaient ensuite jusqu’à des sites de retraitement (Veolia et Suez), sans jamais payer la facture. Enfin, ils disparaissaient. Pour aller plus vite, ils payaient aussi des chauffeurs pour qu’ils déversent directement dans la nature le contenu des camions. Entre le 18 octobre et le 5 novembre 2019, 240 tonnes de déchets ont été abandonnées sur un terrain privé , à Rédange. Ce fut aussi le cas à Metz, Woippy, Haucourt-Moulaine , Hayange… et un peu partout en France, surtout dans le Nord et le long de la frontière belge.

Une évacuation qui se fait attendre

Ouverte en septembre 2019, l’enquête diligentée par la Jirs (Juridiction interrégionale spécialisée) de Lille avait rapidement permis d’identifier les auteurs, interpellés en juin 2021. Plus d’une vingtaine d’associations, collectivités et entreprises se sont constituées parties civiles, dont la commune de Rédange. Jugés en première instance en 2024, les neuf prévenus ont écopé de peine allant de douze mois à cinq ans de prison ferme , et à plusieurs milliers d’euros d’amende. Quatre d’entre eux ont interjeté appel. Le principal protagoniste, Johnny Demeter, n’en faisait pas partie. Le procès s’est tenu les 13 et 14 janvier 2025. Le jugement a été rendu le 29 avril. La cour d’appel de Douai a confirmé les peines prononcées en première instance, et en a alourdi certaines.

« C’est bien sûr une victoire, mais notre sentiment est contrasté. On a perdu beaucoup de temps. Les déchets sont encore là », rapporte Gautier Berera, membre du collectif J’aime ma forêt, qui s’est mobilisé depuis le début pour mobiliser les pouvoirs publics sur ce dossier. « On continue à se battre, mais ce n’est pas à nous de faire tout le travail. Il ne faut pas oublier cette montagne de déchets, même si elle est loin des yeux… » « J’espère que cela nous donnera les moyens de trouver un accord pour financer l’évacuation des déchets », souffle le maire de Rédange, Daniel Cimarelli. Une chose est sûre : la commune ne pourra pas financer seule les travaux, a fortiori sur un terrain qui ne lui appartient pas. « Le dossier est discuté au sein du GECT Alzette-Belval », assure-t-il. Une aide des communes luxembourgeoises est espérée. « Après tout, les déchets sont passés par chez eux , avant d’arriver ici… »

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