Prix des carburants en hausse : «On limite les loisirs», témoignent ces usagers
À Rodange, où une douzaine de stations essence sont regroupées, les frontaliers sont nombreux à faire le plein de leur véhicule. Si la hausse des tarifs est moindre qu’en France, ils sont beaucoup à ressentir les effets de prix élevés.
«Nous n’avons pas de signal ou d’information sur d’éventuelles ruptures de stocks de produits.» Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du groupement énergies mobilité au Luxembourg, est rassurant. À l’heure où, en France, certaines stations Total (raffineur français qui bloque ses prix en dessous de ceux de la concurrence) font face à des périodes de pénuries, au Luxembourg, ce problème ne semble pas se poser.
Mais les tarifs, qui ont aussi fortement augmenté au Grand-Duché, ne font pas le bonheur des frontaliers. Jusqu’à maintenant, ils trouvaient dans ce pays voisin des prix bien moins élevés qu’en France.
«Le prix de l’essence me freine beaucoup dans mes déplacements»
Nombre d’entre eux ont vu leur budget «carburant» exploser. Ainsi en est-il de Juliette, 35 ans, maman d’un fils de 8 ans : «Depuis deux mois, on sent la hausse du prix des carburants. Je mets seulement 20 euros une fois par semaine. Heureusement, je ne suis qu’à dix minutes du travail et dix minutes de l’école. Et je limite les trajets. Pour voir mes amis aussi, le prix de l’essence me freine beaucoup. Mes amies encore plus, car elles vivent loin du Luxembourg. Même cet été on a dû choisir : d’habitude on va au zoo et à Walygator, là on est juste allé au parc. On limite les loisirs (…) On espère que ça changera».
Mais Juliette réfléchit quand même à une alternative : «une trottinette électrique pour les trajets courts, voire une voiture électrique, mais c’est encore trop cher». La hausse des prix ne se cantonne pas aux carburants. Ce que constate la trentenaire. Cette habitante de Saulnes explique d’ailleurs que, si elle n’a qu’un enfant, «c’est surtout pour des raisons financières, s’assurer qu’il ne manque de rien».
La réalité quotidienne de Sylvie, 56 ans, est semblable. Mais elle doit faire encore plus de kilomètres chaque semaine : elle vient de Metz pour travailler à Longwy, cinq à six jours par semaine. Résultat : un budget qui est passé, en septembre, de 60 à 75 euros par semaine. Soit 250 euros ce mois-ci pour faire rouler sa Clio.
«Je dois rogner sur mes loisirs et l’alimentaire, avec en plus une hausse des prix des produits dans les magasins», regrette la quinquagénaire, qui envisage de recourir plus souvent aux transports en commun ou au covoiturage. «Je ne comprends pas pourquoi il y a aussi une forte augmentation des prix au Luxembourg!»
Hervé, 57 ans, habitant du Jura en vacances dans la Marne, a fait un détour par le Luxembourg. Et il voit la différence de prix entre les pompes à Rodange et les stations jurassiennes. «Pour l’essence, on était à 2,17 euros quand on est parti, là c’est 1,88 euro.» Au quotidien, les prix élevés pèsent sur le budget, son épouse faisant 76 km par jour pour le travail et lui une centaine. Résultat, là encore : «On rogne sur les sorties». Le quinquagénaire ne venait pas seulement pour faire le plein d’essence : dans ses bagages au retour, il y aura aussi des cigarettes. Avec sa sœur installée dans le secteur, il vient donc deux fois par an.
Même son de cloche du côté de Philippe, 61 ans, venu de Meuse. Une fois tous les deux mois, l’achat de cigarettes le mène ici, où il profite de l’occasion pour faire le plein d’essence.
94 euros pour un plein
André, 79 ans, réside à Halanzy. En Belgique aussi, les prix sont plus élevés. Pour le retraité, qui circule seulement «dans le coin», la question du prix ne se pose pas : «Quand j’ai besoin d’essence, je prends de l’essence». Même ressenti du côté d’Alexandra de Haucourt-Moulaine, 67 ans. L’ancienne travailleuse frontalière à la retraite ne se sent pas trop impactée, même si elle fait pas mal de kilomètres, «sollicitée par ses enfants». Elle se rend à Rodange pour remplir son réservoir : «Venir tous les jours, ça ne vaudrait pas le coup».
Mariannick, 68 ans, de Longuyon, se rend aux stations de Rodange uniquement quand elle vient faire les courses dans le bassin de Longwy. Sinon, la station Total longuyonnaise fait l’affaire. Mais, pour limiter les coûts, là encore c’est du côté des loisirs que son époux a dû faire des concessions. Lui qui avait deux activités se limite à une seule, qui le mène à Thionville une fois par semaine. «Ma fille, coiffeuse au Luxembourg, est plus concernée», reconnaît Mariannick.
Tout comme Gérard, 52 ans, venant de Metz pour travailler dans le bassin longovicien. Il effectue environ 600 km chaque semaine pour se rendre sur son lieu de travail et confirme l’impact : «C’est la première fois cette semaine que je fais un plein (44 litres) et dois payer 94 euros.» Pas de quoi amputer trop fortement le budget de ce cadre. Mais de quoi le conforter dans son choix d’achat d’une voiture hybride…