«On se pose la question d’arrêter» : à Metz, les taxis en panne sèche à la pompe
Exclus des aides gouvernementales, les chauffeurs de taxi sont durement impactés par la flambée des prix du carburant. À Metz, ceux qui le peuvent passent à l’électrique. Les autres s’interrogent sur la suite à donner à leur carrière.
Les prix moyens à la pompe n’ont plus glissé sous la barre des 2 €/L depuis le mois de juin. En début de semaine, ils atteignaient en moyenne 2,414 €/L pour le gazole, et 2,187 €/L pour le SP95. Historique. «Je fais un plein tous les deux jours. Ça me coûte 1 600 € à 1 800 € par mois», confie Sylvain Agorino, vice-président des Taxis de Metz. Soit une hausse d’environ 40 % depuis le printemps.
Contrairement aux pêcheurs, aux agriculteurs, aux soignants à domicile et aux employés du BTP, les taxis ne sont pas éligibles aux dispositifs de soutien mis en place par le gouvernement. Très dépendants des prix du baril, ces derniers fulminent : «Le moral est au plus bas, c’est très tendu…»
Un été à 600 € par mois
À Metz, les quelque 115 taxis réclament la reconnaissance de la spécificité de leur profession pour bénéficier, eux aussi, d’un coup de pouce à la pompe. «La situation devient très difficile. Ceux qui le peuvent piochent dans leur épargne. Mais d’autres sont en flux tendu. Cet été, certains ont vécu avec 600 € par mois», indique le chauffeur.
Pris en étau entre la nécessité de travailler et celle de remplir le réservoir , certains commencent à sélectionner leurs courses. «Si un client appelle pour une course Mercy-Queuleu et que le taxi est stationné à la gare, certains n’y vont pas. Pourquoi ? Parce que le trajet entre la gare et Mercy ne sera pas payé. La course n’est pas rentable.»
L’électrique, oui mais…
Cette situation qui s’enlise convainc ceux qui le peuvent à passer à l’électrique. Au 1er octobre, les taxis pourront bénéficier d’aides supplémentaires pour l’achat d’un véhicule 100 % électrique entre le 1er septembre et le 31 décembre 2026.
Les conditions sont toutefois restrictives : le bonus vaut pour les voitures d’une valeur inférieure à 65 000 € hors options et assemblées dans l’Union Européenne. Ce qui exclut d’emblée certains modèles parmi les plus attractifs du marché, comme les BYD chinoises. «Ceux qui ont une maison peuvent se le permettre. Moi j’habite en appartement à la campagne. C’est difficile», estime Sylvain Agorino.
«Si ça ne remplit pas le frigo…»
Ce dernier en vient à se poser la question de la pérennité de son métier. En avril, cela fera cinq ans qu’il a obtenu sa licence. Un délai incompressible avant de pouvoir éventuellement la revendre. «On verra où on en est, mais on se pose la question d’arrêter. Si ça ne remplit pas le frigo, ça ne sert à rien», lâche-t-il, désabusé.
D’autres ont déjà franchi le pas. Sur Le Bon Coin, les licences à vendre fleurissent, en Moselle comme dans l’agglomération nancéienne. Certaines bradées à moins de 100 000 €, alors que le prix de vente s’établit en moyenne autour de 150 000 €. «Et encore, beaucoup de ventes se font de la main à la main.» Quand les licences trouvent preneur…