Moselle : le jardinier en chef de Versailles à Laquenexy ce samedi

Jardinier en chef du château de Versailles, Alain Baraton, 69 ans, donnera une conférence sur le pouvoir des arbres ce samedi 24 octobre à 15 h aux jardins fruitiers de Laquenexy.

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Le 10 septembre 2027, Alain Baraton quittera le château de Versailles après y avoir passé plus de temps que Louis XIV.
Le 10 septembre 2027, Alain Baraton quittera le château de Versailles après y avoir passé plus de temps que Louis XIV.

Comment devient-on jardinier en chef du château de Versailles ?

J’ai fait une école horticole pour faire plaisir à mes parents car mon rêve était d’être photographe. En juillet 1976, j’ai été engagé comme caissier pour faire payer les voitures à l’entrée du parc. Au bout de trois mois, on m’a proposé un emploi d’aide-jardinier stagiaire avec un logement. Quand on a 19 ans et qu’on est le 5e d’une famille de 7 enfants, on dit oui, même si on n’a pas envie d’être jardinier. Je me suis ensuite présenté à tous les concours et j’ai eu beaucoup de chance.

De quoi êtes-vous le plus fier dans ce jardin ?

J’ai connu un Versailles vieillissant, puis martyrisé par la tempête de 1999, puis replanté et qui ressemble aujourd’hui à ce qu’il était quand Louis XIV l’a fait construire. Mon immense bonheur, c’est que tous les arbres plantés depuis cinquante ans l’ont été sur ma décision. Et ma grande fierté est d’y être resté plus longtemps que Louis XIV!

Quel souvenir gardez-vous de la tempête de 1999 ?

Avant elle, j’étais fier d’être le protecteur de ces vieux arbres. Cela a été un sentiment d’échec terrible. Tout ce que j’avais fait n’avait servi à rien et je n’avais même pas été capable de sauvegarder le travail de mes prédécesseurs. Il y avait 18 500 arbres par terre et il a fallu en abattre 33 000. Les clôtures, les massifs, tout était à refaire. Mais je ne pensais pas que l’État mettrait autant de moyens. Et que les citoyens seraient aussi volontaires. Ce traumatisme a abouti à une renaissance.

Comment faire face au changement climatique ?

C’est beaucoup plus compliqué et sournois qu’une tempête, dont les dégâts sont visibles. Là, je m’attends à de grosses pertes d’arbres au printemps. Si les canicules reviennent régulièrement, cela va devenir dramatique. Il faut réfléchir à la plantation de nouvelles variétés.

Vous êtes aussi chroniqueur sur France Inter. En quoi est-ce important pour vous d’être l’ambassadeur de votre métier ?

Avoir réussi à rendre à ma corporation la place qu’elle mérite est mon autre fierté. À mes débuts, nous étions considérés comme des bouseux. On n’existait pas. Aujourd’hui, les personnes en charge de parcs et jardins font l’objet régulièrement d’interviews. Quand je suis rentré à Versailles en 1976, les candidats étaient essentiellement des hommes, du milieu agricole et en échec scolaire. Aujourd’hui, il y a autant d’hommes que de femmes, des sans diplômes et des hyperdiplômés. Mon métier reflète enfin la société telle qu’elle est.

Quel rôle a joué pour vous le Messin Jean-Marie Pelt ?

Il a beaucoup compté. Ses émissions télé sur la vie des plantes étaient démentielles. Il était aussi sur France Inter. Sa grande compétence était de parler de choses très compliquées avec des mots simples. C’était un génie de l’horticulture, qui a fait honneur au monde de la botanique.

Quel regard portez-vous sur Laquenexy ?

J’y suis venu il y a vingt ans, donc mon souvenir est très lointain. Mais je connais son histoire, sa réputation et la compétence de son directeur, Pascal Garbe. J’ai hâte d’y revenir.

À quoi doit s’attendre le public lors de votre conférence ?

Je vais lui parler du pouvoir des arbres. Ils sont capables d’exploits qu’on a parfois du mal à comprendre. Ils peuvent flirter avec l’immortalité. Mon objectif, c’est que les participants ne regardent plus jamais un arbre comme avant.

Philippe Marque (Le Républicain lorrain)

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