Logements sociaux dans le Pays-Haut : des moyens limités pour répondre à la pénurie
Les files d’attente sont longues dans le Pays-Haut pour des logements sociaux. Les données du serveur national affichent quelques centaines de demandes non pourvues.
Un coup d’œil suffit pour comprendre l’ampleur du phénomène. Sur le serveur national des demandes de logements sociaux, les chiffres parlent d’eux-mêmes pour les villes du Pays-Haut. La file d’attente existe pour Audun-le-Tiche, Aumetz, Boulange, Ottange, Thil, Villerupt. Il y a trois catégories : le nombre de logements sociaux, le nombre de logements demandés et le nombre de logements attribués.
Prenons l’exemple d’Audun-le-Tiche. Au 1er janvier 2023, la Ville proposait 327 logements sociaux. Combien y a-t-il eu de demandes enregistrées en 2023 ? 159. Combien y a-t-il eu de logements attribués ? C’est-à-dire de départs et d’arrivées ? 34. C’est 11 % du total. À peine plus d’un locataire sur dix. À Villerupt, c’est similaire ou presque. La Ville compte 843 logements. Deux cent dix ménages en espèrent un, soit un sur quatre. Et combien de renouvelés ? 46. Soit 6 %. À Thil, la rotation est de 12 %, c’est un peu mieux.
À Aumetz, c’est l’inverse : personne ne bouge. Sur 34 ménages en logement social en 2023, un seul a déménagé ! C’est un petit 3 %… «Dans le Pays-Haut, le taux de rotation est le plus bas de toute la Lorraine», reconnaît Laurent Lett, directeur adjoint du bailleur social Batigère. La vacance y est rarissime. Il l’admet : «La rotation s’est même ralentie». Son groupe construira 94 logements au total sur Cantebonne et Villerupt en 2025 et 2026.
Un manque criant de studios
Ce n’est pas tout d’attribuer, il faut en plus que la demande corresponde à l’offre. Sur l’ensemble du Pays-Haut, seuls 90 T1 sont proposés à la location en 2023 pour 60 demandes. C’est un ratio de 66 %. Pour les 244 T2, on relève 132 demandes, le ratio est de 54 %. Ce sont vraiment les logements qui manquent le plus. Pour les 599 T3, le ratio tombe à 22 %. Et pour les 329 T4, c’est pareil, 22 %. Pour les T5, le ratio augmente à 27 % parce que l’offre est plus rare. Les 61 logements grande taille sont guettés par 18 familles. Au-dessus, l’offre est inexistante.
Pour lire les nombreux articles sur les marchands de sommeil, il faut comprendre une chose : la demande pourrait être bien plus élevée. Mais faute de réponse dans des temps acceptables, bien des personnes préfèrent se tourner vers le privé.
Priorité à la rénovation énergétique
Bien sûr, l’opération d’intérêt national (OIN) dope l’offre. Mais tout ne va pas aussi vite que prévu. Les familles sont freinées dans leur recherche de biens par la hausse ces dernières années des taux d’intérêt. Donc, elles patientent. Les investisseurs aussi. «Nous sommes freinés par la loi Zéro artificialisation nette. La hausse du livret A a grevé nos capacités à produire», reconnaît Laurent Lett. Et puis, un dernier facteur a pesé : la loi Climat et Résilience qui interdit de louer des passoires thermiques. «Nous avons utilisé nos capacités d’investissements pour réhabiliter notre parc à un rythme effréné.» Voilà pourquoi, même avec l’ONI, le Pays-Haut ne réussit pas à répondre à la demande de logements sociaux supplémentaires.
Qui sont les bailleurs sociaux investis dans le Pays Haut ?
À cheval entre la Moselle et la Meurthe-et-Moselle, le Pays Haut attire les bailleurs sociaux pour son potentiel. Mais il faut y investir et durer. Le marché de la construction est important, celui de la rénovation aussi. Bien des opérateurs rachètent de l’ancien pour le transformer en appartements. Au sommet, au 1er janvier 2023, Batigère mène le bal avec 574 constructions. Suivent les deux opérateurs départementaux, Meurthe-et-Moselle Habitat et Moselis. Attention, depuis deux ans, les chantiers se poursuivent dans la ZAC de Micheville. Trois cent trente logements sont en cours de livraison dont 53 pour le groupe Batigère notamment.