La Moselle a perdu un tiers de ses assistants maternels en dix ans
En huit ans, le nombre d’assistants maternels a baissé d’un tiers en Moselle. Durcissement de l’obtention de l’agrément, paupérisation de la profession, concurrence du privé : les explications sont nombreuses pour expliquer cette conjoncture. Delphine K., assistante maternelle dans la région de Metz, témoigne de son quotidien.
La semaine dernière, la CAF de la Moselle organisait une série d’ateliers sur le territoire pour promouvoir le métier d’assistant maternel. Objectif : susciter des vocations et enrayer le déclin de la profession. Les chiffres sont éloquents : en dix ans, les demandes d’agrément ont été divisées par huit.
Inquiétant quand 41 % des professionnels ont plus de 55 ans. Le métier peine à séduire… Mais ce n’est pas vraiment un hasard.
«Quand j’ai commencé, en 2005, il était possible de débuter sa formation après avoir demandé l’agrément. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Il faut d’abord se former et ensuite faire sa demande», explique Delphine K., assistante maternelle dans la région messine.
Dans le même temps, la durée de la formation s’est allongée : 40 heures il y a vingt ans, 120 aujourd’hui (sauf pour les titulaires du CAP petite enfance).
Delphine évoque les complexifications administratives : «Avant, il suffisait de s’inscrire en mairie pour figurer sur une liste et se faire connaître. Il faut désormais être présente sur internet, sur les réseaux, sur monenfant.fr. Tout est devenu très compliqué.»
Une paupérisation du métier
Avec un minimum légal de 2,88 euros nets/h, le salaire d’un assistant maternel se situe sous le smic horaire (9,40 euros/h). «La majorité demande 4 à 5 euros nets/h, mais avec ce tarif, tu ne peux plus accueillir toutes les couches de la population», estime Delphine.
Aux rémunérations faméliques s’ajoutent les coûts générés par l’activité : frais de repas (payés par les parents au forfait), frais de mobilier, charges courantes…
«C’est un métier sacrificiel. Quand tu commences, tu sacrifies toute ta famille. Il faut réaménager ta maison, travailler le soir, le week-end. Moi, j’ai toujours su qu’il n’y avait pas qu’une seule façon de vivre : il y a des tas de métiers qui exigent de rentrer tard le soir. J’ai toujours accepté tout le monde, j’ai fait du 70 h/semaine, mais ce n’est pas comme ça partout.»
Un planning difficile à construire
«Il y a une vraie tendance avec les jeunes générations», explique l’assistante maternelle. Souplesse, flexibilité : les parents ont besoin d’adaptabilité.
«On me demande des contrats d’une heure par soir ou des contrats mouvants. Il y a aussi ces parents qui prennent contact, puis ne donnent plus de nouvelles…»
Autant d’obstacles pour se projeter professionnellement, ne serait-ce qu’à moyen terme. En Moselle, 30 % des 6 000 enfants de moins de 3 ans sont gardés par des assistants maternels.
«Actuellement, les demandes s’effondrent. Les écoles se vident. Les gens ont peur de l’avenir et ne font plus d’enfants», estime Delphine. Cette conjoncture la rend pessimiste : «Je ne me projette pas pour la suite. S’il n’y a plus de demandes, je ne pourrai plus continuer. Pour moi, ça va. Je trouverai. Mais les jeunes…».