La directrice de la Foire de Libramont, Natacha Perat, va céder sa place
Directrice de la Foire de Libramont depuis 1996, Natacha Perat va vivre sa dernière édition comme patronne, mais elle reste associée pour préparer le 100e anniversaire. Retour sur 30 ans de souvenirs.
Même si officiellement son départ à la retraite sera pour fin décembre, un cap sera franchi le 28 juillet prochain pour Natacha Perat, à l’issue du concours de traction chevaline clôturant traditionnellement la Foire de Libramont. Car celle qui dirige la grande messe agricole et forestière passera la main après cette 89e édition après en avoir été directrice pendant près de 30 ans.
«Je m’en irai sereinement car j’ai moi-même choisi la date de mon départ», glisse-t-elle. Un appel à candidatures a été lancé voici déjà plusieurs mois pour lui trouver un successeur. Le nom devrait être connu cet automne. Natacha Perat s’en ira cependant complètement après l’édition 2026, pour laquelle elle a déjà été sollicitée pour chapeauter Demoforest – la prolongation forestière qui a lieu tous les 2 ans et qui était son premier job dans l’équipe – et surtout le 100e anniversaire de la Foire. «Mais sans jouer les belles-mères», assure-t-elle.
Le moment sera symbolique pour transmettre le témoin.
«Mon jeune âge a alors pu attirer des remarques»
Rideau alors sur une carrière complète dans le sillage de la Foire de Libramont pour l’ingénieure agronome diplômée de Gembloux. Recrutée au départ en 1989 pour superviser les démonstrations forestières dans le cadre d’une mission de 5 mois, de fil en aiguille, elle a été amenée à prendre la direction de la Foire en 1996 pour succéder à Paul Laurant.
Jeune maman âgée de 33 ans, Natacha Perat, originaire de la région d’Andenne, devenait alors la « patronne » dans un univers qui était encore très masculin.
«Plus que le fait que je sois une femme, mon jeune âge a alors pu attirer des remarques, se souvient-elle. Je n’ai jamais mis en avant ou usé du fait que je sois une femme. Mais j’estime que c’est un atout car une femme peut arrondir les angles ou être plus conciliante.»
Et en 30 ans la Foire de Libramont a aussi évolué. Lorsqu’elle est arrivée à la direction, l’équipe de la Foire occupait encore des bureaux à Marloie avant de s’installer en permanence sur le site libramontois avec la construction du Walexpo (désormais hall 1) en 1997 puis le LEC en 2012. Ce qui, pour la directrice, est une bonne manière de tordre le cou aux canards qui prédisent un départ de la Foire de Libramont sous d’autres cieux, comme en Flandre.
«Même si Libramont peut apparaître comme excentrée, nous sommes propriétaire du site, ce qui est atout», pointe-t-elle
«Les critiques viennent de ceux qui ne viennent jamais à Libramont»
Une Foire qui reste un événement de masse avec près de 200000 visiteurs, mais qui a dû dépasser les crises, agricoles ou celle du Covid avec deux éditions annulées et la décision de devoir licencier près de la moitié du personnel.
Une Foire agricole dont certains dénoncent aussi un aspect purement commercial. «Les critiques viennent de ceux qui ne viennent jamais à Libramont», lance la patronne de la Foire.
Une Foire de Libramont face à laquelle une Petite Foire a aussi été créée comme réponse alternative pour défendre une agriculture à taille humaine.
«Tout le monde est le bienvenu chez nous, mais lorsque l’on fait signer une charte en s’engageant à ne pas exposer chez nous, cela pose question», estime Natacha Perat.
Enfin, ces dernières années, c’est la Foire qui a été au cœur de polémiques concernant l’usage des subsides régionaux wallons ou la double casquette de Natacha Perat, elle-même, pour des missions de consultance facturées via le Grand-Duché de Luxembourg.
«Voir ma tête dans les journaux comme si j’étais la première des escrocs peut blesser, confie Natacha Perat. Alors que derrière, il n’y avait rien de répréhensible. Les subsides régionaux servent justement à permettre à certains acteurs d’être présents à Libramont. Tout cela a fait du tort à l’image de la Foire, mais nous avons gardé la confiance du secteur. »
La Foire va d’ailleurs dévoiler, lors de la présentation de l’édition 2025 fin du mois de juin, les résultats d’une nouvelle étude sur son impact socio-économique. Histoire toujours de défendre son modèle tandis que la Foire de Libramont entend également soutenir des incitatives et des réflexions tout au long de l’année.
«La tradition est conservée mais la Foire ne cesse d’évoluer»
Le public, après les éditions annulées et les polémiques, a toujours répondu présent. Un public composé à la fois de professionnels mais aussi de visiteurs pour qui la Foire de Libramont est une sortie estivale en famille ou entre amis.
«Tout spécialiste de l’événementiel vous dira que viser des publics bien différents est une aberration, mais c’est ce qui fait aussi une spécificité de la Foire de Libramont, insiste Natacha Perat. La Brabançonne est jouée le jour de l’ouverture depuis désormais quasi 100 ans. La tradition est conservée, mais la Foire ne cesse d’évoluer. Et c’est ce qui, à mon sens, explique qu’elle est toujours là.»
Le temps des débordements est aussi un peu révolu. «Nous sommes en contact avec les syndicats agricoles durant l’année et ils ont tout à fait leur place comme exposants», dit la directrice.
Et lorsque l’on demande à Natacha Perat de choisir entre le champ de foire agricole ou la forêt pour les démonstrations, la directrice sur le départ parle de préoccupations complémentaires liées à l’évolution de la terre. Mais après la Foire 2026 où elle officiera comme conseillère, c’est cette fois dans l’eau que cette fan de plongée profitera de sa retraite pour un tour du monde à la palme en compagnie de son mari. Un vieux projet qui a dû déjà être reporté, faute de pouvoir prendre une année sabbatique.
«Des projets sont nés autour d’un mange-debout à la Foire»
Au moment d’aborder la dernière ligne droite des préparatifs de ce qui sera son ultime Foire comme directrice, Natacha Perat confie avoir des souvenirs par dizaines en plus de trois décennies dans l’équipe organisatrice de la Foire de Libramont. «Personnellement, il y a toujours un moment particulier de mon côté. Je me poste souvent près des grilles, le vendredi matin, à quelques minutes de l’ouverture le premier jour. Les visiteurs sont déjà là par dizaines, prêts à entrer sur le site. Nous sortons alors de jours et de jours de préparation et d’organisation logistique. La Foire peut alors débuter.»
Natacha Perat estime aussi que la Foire de Libramont reste un lieu d’échange unique. «Il n’y a pas beaucoup d’endroits où l’agriculteur, l’entrepreneur et le banquier se retrouvent autour de la même table pour discuter franchement. Des projets sont nés autour d’un mange-debout à la Foire.»
La directrice de la Foire de citer, par exemple, la collaboration entre les Cafés Charles Liegeois et la coopérative Fairebel pour lancer des dosettes de lait équitable.
Sébastien Etienne(L’Avenir)