«La condition étudiante est pire qu’en mai 68» : le cri d’alarme du président de la Fédération étudiante de Lorraine

Président de Fédélor, la Fédération des associations étudiantes de Lorraine – 24 000 étudiants affiliés -, Ethan Poifoulot tire la sonnette d’alarme. Précarité galopante, conjoncture défavorable et incertitudes politiques minent le moral des troupes.

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Ethan Poifoulot est le président de Fédélor, l’association qui fédère vingt-quatre associations étudiantes de l’Université de Lorraine.
Ethan Poifoulot est le président de Fédélor, l’association qui fédère vingt-quatre associations étudiantes de l’Université de Lorraine.

Quelle est la situation financière des étudiants lorrains, en cette rentrée 2026?

Ethan Poifoulot : On assiste à une vraie hausse de la précarité. Chaque année, un indice nous permet de calculer le coût moyen d’une rentrée en première année de licence. En 2026, il s’établit à 2 985 €, en hausse de 10 % sur un an. Nos épiceries sociales affichent une hausse du nombre de bénéficiaires de plus de 200 % : 2 600 cette année contre 1 200 en 2025. La situation est alarmante. Avant, les étudiants venaient pour acheter à manger. Aujourd’hui, c’est pour les produits d’hygiène. Ça fait partie des premières coupes budgétaires.

La précarité touche-t-elle tous les étudiants de façon indifférenciée?

Elle touche d’abord des étudiants internationaux. Pour eux, le coût de cinq années d’études supérieures s’élève à 17 000 €. C’est effrayant. Ensuite, c’est la classe moyenne. Celle qui gagne trop pour avoir accès au Crous et aux bourses, mais pas assez pour vivre décemment. Nous réclamons depuis plusieurs années une réforme des critères d’attribution des bourses d’étude.

Les jobs étudiants sont-ils une réponse à la précarité?

Un étudiant sur quatre travaille. Cela pose plusieurs problèmes. Ils tirent sur la corde en cumulant les cours la journée et le travail le soir. Ça laisse peu de temps aux études. Plus largement, travailler ne devrait pas être une condition pour étudier. Les étudiants qui viennent nous voir ont trois priorités : obtenir une bourse, un logement et un emploi. Cela a toujours existé, mais ce n’est pas normal pour autant. Depuis 2022 et l’inflation, de plus en plus d’étudiants décrochent parce qu’ils n’arrivent plus à suivre, à cause d’un emploi qui leur prend tout leur temps.

Le logement est un gros poste de dépense. Quelles solutions proposez-vous pour améliorer son accès?

Au Crous, les loyers ont augmenté de 1,35 % sur un an. Il faut compter 250 à 300 € par mois pour une chambre. Dans le privé, c’est 423 €/mois en moyenne à Metz pour un studio de 19 à 30 mètres carrés. Nous demandons un encadrement des loyers (l’encadrement des loyers ne concerne que les communes classées en «zone tendue», NDLR). Une autre solution serait de réunir les bailleurs privés, les associations et le Crous pour développer l’offre de logements réservés à la colocation, comme le fait l’Afev (à travers le dispositif Kaps, NDLR). Enfin, on demande au gouvernement d’augmenter les aides au logement.

L’alimentation est un sujet majeur. Le repas à 1 € dans les restaurants universitaires vous semble-t-il pertinent?

Au Technopôle, la fréquentation du restaurant du Crous a bondi de 112 %. Ça fonctionne, mais ça ne fonctionnera pas longtemps. Les files s’allongent et à 19 h 15, il n’y a plus rien à manger. Cette mesure n’a pas été accompagnée d’une hausse des moyens humains et matériels. C’était une fausse bonne idée, car la réponse a été incomplète.

Dans un rapport sénatorial publié le 9 septembre, les auteurs recommandent de multiplier par cinq les frais d’inscription à l’université pour la financer…

Actuellement, les droits s’élèvent à 178 € pour une licence et 255 € pour un master. Si la réforme passe, on bloquera toutes les facs. Nous en sommes capables. Les étudiants subissent une pression monstre. Un jour, ça va péter : la condition étudiante est pire qu’en mai 68. À l’époque, ils se battaient pour l’améliorer. Aujourd’hui, l’enjeu est de conserver nos acquis. Ce rapport sénatorial propose aussi de mettre fin aux droits d’accès à l’enseignement supérieur pour les titulaires du baccalauréat (qui deviendrait une simple condition d’accès, NDLR). L’État se désengage. On sait qu’il veut privatiser l’enseignement supérieur et la recherche. C’est une tendance de fond. Ils ont déjà mis des barrières pour les étudiants étrangers, aujourd’hui ils s’attaquent aux Français. On assiste à une élitisation de l’enseignement supérieur. À force de tirer sur la corde, les facs vont se vider. La Lorraine a déjà perdu 5 000 étudiants en trois ans.

Des frais d’inscription 24 fois plus élevés pour les étudiants étrangers hors Union européenne

Depuis 2019, les étudiants étrangers, hors Union européenne et espace Schengen, doivent payer des droits différenciés pour s’inscrire à l’université en France. Une mesure instaurée par le gouvernement Philippe, pour renforcer l’attractivité de la France et attirer plus d’étudiants étrangers. Paradoxal? L’ex-Premier ministre avait justifié ce choix en indiquant qu’un montant trop faible enverrait un message négatif aux étudiants étrangers, qui associent qualité des enseignements et prix.

En 2026, ces droits s’élèvent à 2 902 € pour une entrée en licence et 3 950 € pour une inscription en master. En mai dernier, un décret a abaissé à 30 % la proportion d’étudiants extra européens exonérés de ces frais différenciés. Libre aux établissements d’établir leur liste. Une mesure jugée discriminatoire par les syndicats étudiants, qui ont manifesté le 15 septembre dernier.

Les étudiants non européens et non boursiers paient le prix fort pour leurs études. Car depuis le 1er juillet, ils n’ont plus droit non plus aux APL (aides au logement). «C’est une erreur. L’enseignement supérieur et la recherche sont d’abord financés par les étudiants. Si ça continue, tout le système va s’effondrer», prévient Ethan Poifoulot, le président de Fédélor (Fédération des associations étudiantes de Lorraine).

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