«J’arrête» : son troupeau décimé, cet agriculteur jette l’éponge après une nouvelle attaque du loup
Il y a un an, le loup tuait six brebis sur la cinquantaine de l’élevage secondaire de Guillaume Péricard, éleveur implanté dans les Vosges et la Haute-Marne, à Damblain. En deux jours, il vient de lui en tuer 18 autres. La goutte de trop pour l’agriculteur, installé depuis cinq ans, qui a décidé d’arrêter les brebis.
Le mois de janvier n’est pas fini, mais déjà, le loup fait de nouveau parler de lui en 2026. Plusieurs attaques de «grands canidés» ont été répertoriées ces derniers jours.
Des analyses sont en cours pour confirmer qu’il s’agit du loup, même si le mode opératoire – une morsure à la gorge pour saigner la bête – ne laisse que peu de doute.
Ainsi, à Vouxey, plus précisément au lieu-dit Imbrécourt, un éleveur a découvert deux de ses quatre béliers morts à 9 h 20 ce mardi 27 janvier. Même constat dans une parcelle à Damblain, où 12 brebis ont été retrouvées mortes en début d’après-midi.
«La veille, dans la nuit de dimanche à lundi, six avaient déjà été tuées», révèle Guillaume Péricard, leur propriétaire.
Trois attaques en deux ans
Agriculteur de 31 ans, cela fait cinq ans qu’il est installé sur la commune voisine de Breuvannes-en-Bassigny (52), principalement comme exploitant laitier, et qu’il possède un élevage secondaire extensif d’une cinquantaine de brebis de race Texel qu’il fait paître dans les Vosges.
«Ce sont des brebis destinées à la viande, qui vivent 11 mois sur 12 dehors et ne sont rentrées que pour l’agnelage.»
Un élevage secondaire initié par le grand-père de ce trentenaire, issu de deux lignées d’exploitants agricoles, qu’il était fier de perpétuer en bio. Était, car désormais sa résolution est prise : «J’arrête les brebis. En deux jours, le loup a tué 36 % de mes bêtes.»
L’an passé, le loup avait déjà attaqué 14 de ses ovins, en tuant cinq et en blessant neuf. «Six animaux sont morts. Le problème, c’est que le stress provoqué par l’attaque aura aussi eu pour conséquence de provoquer des fausses couches.» Alors que, selon ses calculs, avec 44 brebis restantes, 66 agneaux auraient dû naître, seuls 22 auront vu le jour à cause des fausses couches.
Alors, après les deux attaques consécutives de cette année, c’est la goutte de trop pour l’exploitant. Les brebis restantes sont rentrées à l’étable afin d’être vendues. Quant aux parcelles servant auparavant au pâturage des ovins : «Ça deviendra du pré de fauche, mais cela veut dire davantage de mécanisation, de pétrole consommé dans un contexte où l’on parle d’écologie…»
Car, avec les emprunts à rembourser à la suite de son installation, les travaux de modernisation de l’exploitation, les fermages à payer… l’agriculteur ne peut plus se permettre de perdre de l’argent. L’an passé, et «malgré les subventions», il a terminé «en déficit sur l’atelier ovin en raison de l’attaque du loup».
Neuf loups en Haute-Marne
«Il y a un an, une louve venue de Pologne (l’animal peut parcourir 50 km par jour) est arrivée en Haute-Marne. Avec un loup venu d’Italie, ils ont eu sept petits. Désormais, ces derniers sont grands et ils chassent aussi.»
Selon les chiffres de l’Office français de la biodiversité (OFB) de Haute-Marne, le couple adulte aura tué plus de 800 ovins en un an. «Alors imaginez sept… À Bassoncourt (52), un agriculteur vient d’annoncer qu’il vendait ses moutons après une nouvelle attaque en début d’année, et un autre en aura subi plus d’une quinzaine en un an.»
Dans les Vosges, les dégâts ne sont pas aussi importants (102 animaux tués par le loup en 2024), mais l’impact est bien là. «Le loup va réduire le nombre de troupeaux dans la plaine, où nous n’avons pas les mêmes moyens qu’un élevage spécialisé dans l’ovin», résume Guillaume Péricard.
Et dans son pré, entouré de plusieurs fils électriques, le regard tourné vers les douze cadavres de brebis, il lâche : «On n’a pas eu notre mot à dire sur le retour du loup. Et le résultat, c’est qu’on arrive un matin pour découvrir des brebis les quatre fers en l’air, c’est humiliant.»