Ils sont policiers sur l’A31 : «Je pourrais écrire un livre sur ce que j’ai vu!»
L’A31, c’est leur quotidien. Maillon essentiel de l’axe nord-sud européen, l’autoroute fait vivre des centaines de professionnels. Cet été, partons à leur rencontre. Aujourd’hui, les policiers de la CRS autoroutière Lorraine-Alsace. Leur zone d’intervention : 275 km de voies non concédées entre Metz, Nancy et Strasbourg. Une mission périlleuse, mais essentielle.
La salle, encore plongée dans une légère obscurité, est seulement éclairée par la lumière jaillissante d’un mur bardé d’écrans. Une mosaïque d’images, toutes plus ou moins semblables, comme autant de fragments du réseau autoroutier lorrain et alsacien, maillon essentiel de l’axe nord-sud européen.
Il est 8 h en ce 31 juillet : les voitures et les camions défilent à n’en plus finir. «On est très bien fournis en images grâce à un maillage très dense», commente David Foli, qui assure ce jour le commandement du PC de Moulins-lès-Metz de la CRS autoroutière Lorraine-Alsace, dont le siège est à Châtel-Saint-Germain.
Deux agents assurent 24 h/24 leur surveillance. Un œil sur les routes, l’autre sur une chaîne d’informations en continu. À l’autre bout de la pièce, une ribambelle d’écrans diffusent en direct le flux des caméras positionnées sous le tunnel de Marange-Silvange. C’est le domaine de la DIR-Est, qui partage ici les locaux.
L’unité compte quelque 210 agents
C’est vers cette salle que sont redirigés les appels du 15, du 18 ou du 112, lorsque survient un incident sur l’autoroute. «Nos agents parlent anglais, allemand, espagnol… On se débrouille et, grâce aux caméras, on localise rapidement le lieu de l’accident», résume le responsable.
La compagnie intervient exclusivement sur les 275 km d’autoroutes non concédées entre le péage de Gye et la frontière et Strasbourg, ainsi que sur les bretelles d’accès. Son domaine s’étend aussi à la rocade de Metz (RN431). Elle comprend quelque 207 policiers au total, dont 74 à Moulins-lès-Metz. Divisée en plusieurs services, son rôle est de sécuriser les lieux d’accident, prévenir les infractions, contrôler, escorter les personnalités, mais aussi enquêter sur les affaires via le Groupe d’appui judiciaire, chargé de leur suivi.
«Cela va du vol dans une aire de service à l’accident mortel en passant par les morts suspectes», comme en novembre 2025, lorsqu’un corps avait été découvert sur l’A30, résume le commandant Alain Behr, qui dirige la compagnie depuis un an. Et c’est dans ce commissariat que les gardés à vue sont conduits pour y être auditionnés. Et, dans certains cas, pour décuver.
Conduite sous stupéfiants
Il semblerait toutefois que ce soit un peu moins fréquent qu’avant. En plus de trente ans de métier, David Foli a vu le comportement des automobilistes évoluer. Un agent confirme : «L’alcool au volant est toujours une réalité, mais c’est plus ponctuel. Ce qui explose, en revanche, ce sont les stups, et notamment la cocaïne. Là, ça touche tout le monde et c’est à toute heure de la journée.»
Et puis il y a la vitesse. Les incivilités. Poisons mortels injectés par des chauffards perfusés à l’adrénaline, gangrenés par l’inconscience. Ceux-là font l’objet d’une traque infatigable. «En 2001, l’arrivée des radars a fait baisser d’un coup le nombre d’accidents. C’était radical», se souvient le commandant. Ils restent néanmoins nombreux et le moindre accrochage dégoupille la grenade. L’autoroute reste un terrain spécial où tout bascule sans prévenir : le destin, la morale, le rationnel. «Je devrais prendre le temps d’écrire un bouquin sur ce que j’ai vu», sourit le policier. Il y en aurait à dire, sur la vie d’un flic d’autoroute.