Hayange : «Mon fils autiste de 7 ans, Mahdi, risque de ne plus être soigné…»
Asphyxié par le redressement judiciaire des Pep Lor’Est, le CMPP Nord Moselle de Hayange «traverse des difficultés préoccupantes». Plusieurs centaines d’enfants et d’adolescents y sont suivis pour des troubles psychologiques ou du développement, à l’instar de Mahdi, 7 ans. Sa mère et des élus tirent la sonnette d’alarme.
Dans sa main, un sachet contenant la quasi-totalité des drapeaux des pays du monde dessinés à la main. Mahdi, 7 ans, les connaît tous. «Celui-là, c’est la Jamaïque, et voici l’Ouzbékistan», sourit-il en les sortant un à un du plastique. Ce garçon un peu différent des autres — suivi depuis deux ans au Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) Nord-Moselle à Hayange pour des troubles autistiques — est polyglotte et passionné de voyages. Les chiffres et les lettres n’ont aucun secret pour lui. «Plus tard, j’aimerais enseigner le français», poursuit-il, sous l’œil protecteur de sa mère, Aurélie Stocco.
En cet après-midi d’août, cette maman nous a donné rendez-vous devant l’établissement spécialisé, fermé durant les vacances d’été. Asphyxié par le redressement judiciaire des Pep Lor’Est, dont il fait partie, ce dernier devient tout doucement une coquille vide. «Je ne peux plus rester silencieuse face à la catastrophe qui frappe cette structure : mon enfant et tant d’autres se retrouvent bloqués et menacés de rupture de soins !», alerte la mère de Mahdi.
Depuis plusieurs mois, certains professionnels ont en effet quitté le navire, après des mois sans être payés. Orthophoniste, psychologue, adjoint de direction, autant de postes qui n’ont pas été remplacés. Ils seraient au moins six, selon Aurélie Stocco. «Un véritable naufrage… Je touche du bois, car Mahdi n’a jusque-là pas encore été affecté, mais je ne sais pas ce qui va se passer à la rentrée. Nous serons peut-être amenés à partir !»
Une lettre à la ministre
La mère de famille n’est pas la seule à se soucier de la tournure que prennent les événements. Fabien Engelmann, le maire de Hayange, et Laurent Jacobelli, le député RN de la 8e circonscription de la Moselle, se disent également «inquiets quant au maintien des soins des usagers. C’est à l’État de trouver une alternative pour ces enfants qui ne seraient plus suivis.» Ils ont à ce titre adressé une lettre à Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, le 25 mars dernier.
«Nous vous alertons sur les difficultés préoccupantes que traverse le CMPP Nord-Moselle. Cette structure joue un rôle essentiel pour de nombreuses familles en accompagnant des enfants et adolescents confrontés à des troubles psychologiques ou du développement nécessitant un suivi régulier (…). Une telle situation risque d’entraîner des ruptures de suivi aux effets durables pour des enfants particulièrement vulnérables», peut-on notamment y lire.
Une réponse a été reçue en date du 21 mai : «Très attentive aux difficultés du CMPP, l’Agence régionale de santé (ARS) Grand-Est est pleinement mobilisée afin d’assurer le maintien d’un accompagnement de qualité et la poursuite des prises en charge des enfants et des familles de cet établissement (…). Une vigilance particulière sera accordée à l’analyse du prochain état prévisionnel des recettes et des dépenses de tous les CMPP de Moselle afin d’assurer la soutenabilité financière de ces structures et la continuité de leur activité», écrit la ministre.
En France, un CMPP suit environ 300 à 400 enfants et adolescents par an. Celui de Hayange, ouvert depuis 2012, ne désemplit pas.