Fuites d’eau potable : «La France doit créer un fonds bleu pour investir dans l’infrastructure»

Pour Arnaud Tréguer, directeur commercial Europe du Sud et export de Saint-Gobain PAM, si la France n’investit pas massivement dans son réseau d’eau, les pertes d’eau potable par fuite s’accentueront, notamment dans les zones rurales.

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Arnaud Tréguer, directeur commercial Europe du Sud et export de Saint-Gobain PAM.
Arnaud Tréguer, directeur commercial Europe du Sud et export de Saint-Gobain PAM.

Environ 20 % de l’eau potable injectée dans les réseaux est perdue. Comment cela s’explique-t-il ?

Arnaud Tréguer : «Le réseau est vétuste par endroits et en France, il y a un sous-investissement chronique en matière de renouvellement des canalisations. Il manque chaque année 2,7 milliards d’euros pour renouveler une partie du réseau. Le patrimoine est vieillissant, les canalisations fuient. Actuellement, le taux de renouvellement est de 0,6 % du réseau par an. Cela implique qu’une conduite d’eau doit durer 170 ans. C’est intenable. La conséquence du manque d’investissement, c’est qu’on a un taux de fuite sur le réseau qu’on estime à 20 %, mais il est probable que ce soit supérieur, puisque toutes les collectivités ne renseignent pas leur taux de fuite. On sait d’ailleurs qu’il y a une fracture territoriale et que ce pourcentage d’eau perdue est supérieur dans les zones rurales. La sécheresse a mis en évidence un système à bout de souffle. Il faudrait réparer, remplacer mais avant tout, il faut diagnostiquer.»

Renouveler 0,6 % du réseau par an n’est pas suffisant ?

«Non, ce n’est pas suffisant. En 2019, le Premier ministre voulait multiplier par deux le rythme de renouvellement et passer à un taux de 1,2 %. La réalité, c’est que le taux stagne à 0,6 % depuis 10 ans.»

La France n’est pas à la hauteur des enjeux d’économie d’eau ?

«Non, elle ne l’est pas. Des pays comme l’Espagne ou l’Italie, qui sont dans les mêmes conditions que nous en termes de stress hydrique, ont récemment investi à hauteur de plusieurs milliards. En France, le secteur de l’eau est très morcelé. Il y a près de 10 000 acteurs de l’eau qui ont le rôle d’entité publique pour les marchés. C’est 20 fois, voire 100 fois plus que dans d’autres pays. Il y a donc une dispersion des moyens. Sans mutualisation des moyens, on ne pourra pas faire un plan national d’envergure. Pourtant, l’une des forces du modèle français, c’est que l’eau paye l’eau. Quand vous payez votre facture d’eau, vous payez aussi le renouvellement des canalisations. Dans les faits, les agences de l’eau redistribuent les sommes perçues aux collectivités pour qu’elles financent le réseau. Mais la part pour le renouvellement des canalisations a diminué depuis une dizaine d’années.»

Saint-Gobain PAM a pensé à des solutions pour remédier aux fuites et entretenir le réseau efficacement ?

«Oui. Nous avons deux types de solutions. La première est intrinsèque à notre raison d’être. Nous faisons en sorte que nos canalisations aient une durée de vie la plus longue possible. La seconde est liée à la gestion patrimoniale du réseau. Nous avons développé une solution de diagnostic non intrusive. La technologie e-pulse permet de vérifier s’il y a des fuites, si le matériau doit être remplacé, sans ouvrir de tranchées. Cela permet de cibler les investissements. Nous avons de nouveaux joints, la solution Control+ permet de vérifier l’étanchéité des tuyaux dès l’installation sur le chantier. Nous avons utilisé Control+ dans la forêt de Haye pour le renouvellement d’une conduite posée après-guerre par les Américains. À Pont-à-Mousson, nous avons fait de la gestion patrimoniale avec la Ville.»

Si le gouvernement réagit et accélère la demande de renouvellement du réseau, Saint-Gobain PAM sera en mesure de répondre ?

«Oui. Nous avons les moyens de répondre présent grâce à nos usines lorraines et à notre dizaine de points de vente en France. Nous avons une équipe de techniciens, d’ingénieurs, de chargés d’affaires en contact avec les collectivités. Ce qui manque, c’est un fonds bleu, des finances et une logistique dédiés à la reconstruction du réseau.»

Comment financer ce fonds bleu ?

«Il faudrait qu’une bonne partie de la facture d’eau serve au renouvellement des canalisations. La France doit aussi réfléchir à de nouveaux financements. Le problème avec l’eau, c’est qu’on prend conscience qu’elle manque quand elle n’arrive plus au robinet. C’est une ressource fragile. Il y a beaucoup d’acteurs, beaucoup de contraintes, les plans d’investissement doivent se préparer plusieurs années à l’avance. L’essentiel, c’est d’investir dans l’infrastructure.»

Propos recueillis par Magalie Delle-Vedove (Le Républicain lorrain)

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