Ecologie

Cyanobactéries : elles ont pourri l’été 2026, et ce n’est pas près de s’arrêter

On aimerait s’en débarrasser d’un coup de râteau. Mais les cyanobactéries constituent un casse-tête environnemental… Suite à l’été 2026 catastrophique en Moselle, un spécialiste de l’agence de l’eau Rhin-Meuse détaille les enjeux.

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Les cyanobactéries vont devenir une préoccupation récurrente. Mais les moyens d’action immédiats sont limités…
Les cyanobactéries vont devenir une préoccupation récurrente. Mais les moyens d’action immédiats sont limités…

On n’a pas fini d’en parler! Les cyanobactéries nous ont pourri l’été, au sens propre comme au sens figuré. En Lorraine, de nombreux plans d’eau ont été touchés. En premier lieu Metz Plage, où la baignade a été ouverte de manière intermittente. En cause, la canicule, mais pas seulement.

Alors que la sécheresse devient une préoccupation récurrente, de quels moyens disposent les pouvoirs publics pour agir ? Pas facile, comme nous le détaille un spécialiste, Guillaume Mortier. L’expert est responsable du «pôle surveillance», au sein de l’agence de l’eau Rhin-Meuse, à Rozérieulles (environs de Metz).

Ne snobons pas les cyanobactéries. «Elles sont parmi les plus anciens organismes du monde», explique Guillaume Mortier. On en retrouve des traces (fossilisées) vieilles de 3 milliards d’années, alors que l’Homo sapiens n’a que 300 000 ans. «Formellement, ce ne sont pas des algues mais des bactéries, avec une structure cellulaire.» Et c’est là que ça se gâte!

Les cyanobactéries «profitent de lumière et de nutriments pour produire de l’oxygène, comme n’importe quel végétal. Dans leur milieu, trois paramètres accélèrent leur développement : la forte présence de phosphore et d’azote (nutriments), la lumière (photosynthèse) et la chaleur (accélérateur de bactéries)». L’azote et surtout le phosphore correspondent notamment aux excréments, humains comme animaliers. D’où l’ardeur, lors de l’été 2025, de la municipalité de Woippy pour chasser les centaines d’oies d’Égypte qui avaient colonisé Woippy Plage! Il n’en reste plus qu’une cinquantaine, un chiffre raisonnable. Du côté de la Moselle ou de la Seille, le phosphore provient d’intrants agricoles, de débordements d’eaux usées mal maîtrisés (en cas de fortes pluies), d’habitations mal raccordées au réseau des eaux usées, ou encore de petites stations d’épuration qui ne gèrent pas ces composants (à la différence de la grosse station d’épuration Haganis de Metz, qui dispose d’un traitement anti-phosphore).

La vivacité des cours d’eau en question

Les départements 57 et 54 sont plus exposés aux cyanobactéries que les Vosges. À gros traits, les rivières (dont la Moselle) descendent de la montagne avec vivacité : «Le mouvement et la fraîcheur sont défavorables aux cyanobactéries», reprend Guillaume Mortier. Quand le cours d’eau arrive en plaine, «il se réchauffe et devient plus lent, surtout lors d’une canicule. Depuis 2019, on voit ainsi les cyanobactéries se développer sur la Moselle autour de Metz, ce qui arrivait très rarement avant.»

À court terme, les municipalités tentent des solutions d’appoint pour sauver la baignade. Woippy investit par exemple dans un nouveau jet d’eau pour aérer son plan d’eau. Sur Metz Plage, située sur un plan stagnant de la Moselle, sans ombre déportée sur l’eau, peu de solutions sont envisageables. Quoi qu’il en soit, l’agence de l’eau Rhin-Meuse incite à travailler sur le long terme. «La question principale est : comment nourrir le moins possible les cyanobactéries? Il faut contenir au maximum le phosphore et l’azote.» Sur un plan d’eau fermé, la solution est de vidanger et de laisser d’autres végétaux pousser, pour que ces derniers jouent le rôle de «pompes à nutriments», et privent les cyanobactéries d’un développement. Mais ce travail exigerait de sauter un été.

Plus globalement, la réduction du phosphore dans les rivières demande un effort colossal : meilleur raccordement des réseaux, moins d’intrants agricoles. Les pouvoirs publics y travaillent. Mais sur un rythme qui n’aura jamais la rapidité d’une canicule en été.

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