Comment le festival du Film arabe de Fameck est devenu une référence mondiale

Le 37e festival du Film arabe de Fameck est inauguré ce jeudi 1er octobre. Son intitulé est unique en France. C’est ce qui fait sa spécificité et participe à sa reconnaissance internationale.

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«Hijra», de Shahad Amen, au festival du Film arabe de Fameck.
«Hijra», de Shahad Amen, au festival du Film arabe de Fameck.

Dans la galaxie des festivals de cinéma, il y a Cannes, au sommet. Deauville, sa plage, ses films américains. Ni stars, ni paillettes, ni tapis rouge : le festival du Film arabe de Fameck ne prétend pas à cette cour des grands. Il est pourtant unique à sa manière. «Nous sommes le seul à porter ce nom en France. On a des festivals sur ce créneau à Malmö, à Rotterdam, à Los Angeles, à Tanger, mais en France, avec ce terme d’arabe, nous sommes les seuls.»

Présidente du festival, Brigitte Vaïsse connaît le sens des mots, leur portée, leur réception. Elle sait les crispations que le mot «arabe» peut susciter. «Ailleurs, on va parler du festival oriental ou méditerranéen. Un maire de la Fensch m’a suggéré de le remplacer, parce qu’il était trop connoté.» Ce sera non. Daniel Flageole, du comité d’organisation, le formule autrement : «Est-ce qu’en France en 2026 on pourrait lancer un festival du film arabe?»

«Le monde arabe, c’est l’ADN du festival, parce que notre périmètre, ce sont les pays du monde où l’arabe est la langue officielle.» Comme la programmation inclut aussi des films réalisés par la diaspora et d’autres réalisés dans des pays voisins (Israël, Iran, Afghanistan), le concept est large. La vice-présidente du festival, Blandine Besse, le reconnaît bien volontiers : on devrait parler plutôt «des cinémas arabes».

Chaque année, un pays hôte est invité. Cette fois, c’est le Soudan. Parmi les 42 films et 12 courts métrages projetés de Fameck à Sarreguemines ou Dieuze, trois sont soudanais. Ils témoignent d’une nouvelle créativité, dans un monde où la production était portée par quelques poids lourds (Maroc, Algérie, Liban, Égypte).

Du 1er au 11 octobre, 110 projections sont prévues, sur dix sites différents. Quinze mille festivaliers sont attendus, pour partager les séances et les soirées couscous. C’est aussi ce qui rend Fameck unique. Ce mélange voulu entre jurys d’experts et convivialité, entre population du quartier et cinéphiles.

«Costa-Gavras surpris»

«Le soir, les VIP mangent dans la grande salle, au milieu des autres, dans un vrai respect. Ce qui se passe ici, c’est une ambiance formidable. Invité l’an dernier, Costa-Gavras nous a dit : « Il faudrait qu’il y ait ça partout en France! ». Tous les cinéastes qui passent ici sont séduits», poursuit Brigitte Vaïsse. «Costa-Gavras a été surpris de la longévité de notre festival», confirme la vice-présidente Blandine Besse.

En trente-sept ans, l’événement a imprimé sa marque dans le paysage du cinéma. «Aujourd’hui, on a des cinéastes qui demandent que leur avant-première ait lieu à Fameck», poursuit Blandine Besse. Ce sera le cas pour Malika, le dernier film de Mounia Meddour, César du meilleur premier film en 2019 pour Papicha. «Le palmarès des films est devenu une référence. Un film primé chez nous trouvera un distributeur en France», confirme Brigitte Vaïsse. «Il y a trente ans, aucun réalisateur arabe n’était connu, à part Youssef Chahine. Le succès du festival a contribué à diffuser les films arabes», valide de son côté Daniel Flageole. Preuve d’une reconnaissance, le travail de sélection en amont s’est inversé. Avant, il fallait aller chercher les films, par le bouche-à-oreille. Aujourd’hui, «les producteurs nous les proposent».

Vers Metz? Thionville?

Le festival va donc bien. Il a dopé même sa fréquentation d’avant le covid. Et cela avec «le plus petit budget de tous les festivals, de 201 000 euros», insiste la présidente. Le voici pourtant à la croisée des chemins. Comment intégrer de nouveaux bénévoles alors que le noyau dur, celui arrivé dans les années 2000, vieillit? Faut-il répondre à l’attente du public et se projeter toujours plus loin? «On pourrait faire des séances à Metz, on a une demande à Épinal», prévoit Blandine Besse.

Faut-il se délocaliser en partie à Thionville? «Il faudra continuer à porter l’esprit du festival, tout en étant inventif. Comment on est capable de prendre un virage sans tomber dans un fossé?», s’interroge Brigitte Vaïsse. Une certitude : «Le cœur du festival restera ici, à Fameck».

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