Centre commercial Saint-Jacques : le coup de blues des commerçants
Le maire de Metz, François Grosdidier, a indiqué qu’il rencontrera prochainement Frédéric Merlin, le patron de la Société des Grands Magasins, pour évoquer la situation du centre commercial Saint-Jacques.
Les mois se suivent et se ressemblent au centre Saint-Jacques. Trois ans après son rachat par la Société des Grands Magasins, son déclin se poursuit et l’éloigne de son prestige d’antan. Cet été, Beb’Art Déco, boutique spécialisée dans l’artisanat africain, a fermé ses portes pour les rouvrir en Fournirue.
Une décision contrainte par «une baisse vertigineuse du chiffre d’affaires» imputable à «un manque d’attractivité» du site, selon sa gérante. La dernière fermeture d’une liste qui n’en finit plus : à ce jour, seules 31 % des cellules sont occupées.
En cette fin d’été, le cœur n’y est pas pour les commerçants. La majorité des interrogés ne cachent plus leur lassitude face à un mal qui ne cesse d’empirer. Et dont l’origine remonte à plus de quinze ans.
Le départ de la Fnac
Le début de la chute. Fin 2012, la Fnac quitte le centre Saint-Jacques. Un départ qui fragilise une offre déjà amputée. Ils sont peu à pouvoir s’en souvenir, mais le déclin a, en fait, commencé après le rachat du centre commercial par le groupe néerlandais Corio, en 2011.
Lequel avait assorti son acquisition à la promesse de travaux de rénovation, concourant ainsi à l’augmentation substantielle des loyers. Avec pour conséquence la fermeture des premières boutiques (Tiger Wok, Carhartt, Célio, Jim Chaussure, FC Metz…) et le début d’une spirale infernale. Début 2012, seules sept cellules sont pourtant vacantes…
En 2013, Corio investit 10 millions d’euros dans la rénovation du centre. Les commerçants indépendants propriétaires de leur boutique (25 % des cellules) et les locataires participent à l’effort. Beaucoup ne s’en remettent pas. C’est la dégringolade : en un an, vingt boutiques ferment.
En 2015, Corio fusionne avec Klépierre. Les travaux s’achèvent cette même année, mais le centre Saint-Jacques se meurt, sur fond d’évolution des modes de consommation.
«Le problème, ce n’est pas le manque de monde, c’est le manque de boutiques. On ne peut pas cacher la misère», confirme Marc Ehmann, le responsable de la bijouterie Diam 2000.
Le coup de grâce est donné en 2017, avec l’ouverture de Muse : «Il y a deux centres-villes à Metz, mais la population n’est pas extensible», poursuit le bijoutier. «Tous les indépendants veulent aller là-bas», appuie Jasmeen, gérante de Dieci, une boutique de prêt-à-porter au niveau -2.
Saint-Jacques est pour elle une épreuve mortifère : «Je paye 1 800 euros par mois pour un bail de six mois et je n’en peux plus. Les problèmes de saleté, à Noël dernier, ont fait du mal. Le chiffre d’affaires a beaucoup baissé. Beaucoup de monde pensait que c’était fermé.»
Le rachat du centre en 2023 par la Société des Grands Magasins n’y est pas étranger. «La gestion est calamiteuse», indique Arnaud Mittelberger, propriétaire de La Carterie. «Ils n’arrivent pas à commercialiser les boutiques. Ils ne font pas de travaux, pas d’entretien : l’escalator est HS depuis des mois.»
Le commerçant s’interroge sur la stratégie commerciale : «Ils m’ont approché pour racheter mon local, à un prix dérisoire, et ils voulaient en contrepartie me louer une cellule au prix du marché. Je ne sais pas à quoi ils jouent…»
L’espoir
Malgré ce sombre tableau, les commerçants veulent croire à des lendemains heureux. «Le centre ne peut pas disparaître», pense Arnaud Mittelberger. D’autres militent contre le Saint-Jacques bashing : «On en parle tout le temps en mal. Pourtant, il y a pire ailleurs. Ici, je m’y retrouve. Oui, il y a des couacs et un gestionnaire parfois absent. Mais il y a du passage et j’ai la sécurité de retrouver mon local en bon état chaque matin», indique Nadine Maire, gérante d’ADN Frip au niveau -2.
C’est dans ce contexte que François Grosdidier rencontrera prochainement Frédéric Merlin. «Je lui demanderai de prendre ses responsabilités», indique le maire de Metz.
Contactée, la direction du centre Saint-Jacques n’a pas donné suite à nos sollicitations.