Au service des grands brûlés du CHR Metz-Thionville, ces soignants qui sauvent la peau des patients
C’est un parcours long, douloureux, complexe qui conjugue réanimation, chirurgie et reconstruction psychologique. Au service des grands brûlés, situé au troisième étage de l’hôpital de Mercy, les patients brûlés à plus de 20 % doivent s’armer de patience pour envisager l’avenir.
Riyad Alaeddin vient de passer plusieurs heures dans la chambre d’un jeune patient très sévèrement brûlé. Le regard du chirurgien plasticien semble encore concentré sur son ouvrage. Depuis quatre ans, il répare les corps des grands brûlés. Un travail minutieux qui réclame un savoir exigeant.
Les chambres du service de réanimation des grands brûlés se transforment presque quotidiennement en bloc opératoire. Pour que les malades ne migrent pas vers d’autres services, les scialytiques (lumières de bloc) surplombent les lits, les flux laminaires (pour maintenir l’air en suspension pendant les interventions) sont dissimulés dans des placards.
«Ultraspécialisé»
«Tout est prévu pour suppléer à des détresses respiratoires, rénales, hémodynamiques, ou pour effectuer des pansements sous anesthésie générale. Les grands brûlés qui arrivent ne quittent jamais leur chambre», détaille Frédérique Tezza, cadre du service. Le service ne ressemble à aucun autre. «Ultraspécialisé, souligne Boris Glavnik, anesthésiste réanimateur. Le chef de service n’accueille que les grands brûlés, à savoir des personnes brûlées à plus de 20 %. Des patients qui pour la plupart du temps passent les seuils d’entrées sous anesthésie, ou sont sédatés dans les minutes qui suivent quand l’équipe pose les premiers pansements. Le protocole est inévitable, «sinon c’est trop douloureux».
«Un service qu’il faut aimer»
Le service n’est pas ouvert aux quatre vents. La tenue obligatoire de tout visiteur se compose de surchaussures, charlotte, surblouse. Il faut se laver les mains, remettre une couche de solution hydroalcoolique et déposer toutes ses affaires dans un vestiaire situé dans le vestibule d’accueil des familles. «Il faut éviter les risques de surinfection chez le patient brûlé, reprend Frédérique Tezza. La peau est une barrière, quand elle est brûlée le risque infectieux est majoré.»
Ici, les soignants veillent, surveillent. Les pansements sont réalisés toutes les 48 heures. «Nettoyage antiseptique par pommade sur les brûlures pour aider à la cicatrisation, pour que la plaie reste propre. Elle permet aussi un effet antalgique. On observe l’évolution. S’il n’y a pas de défaillance d’organe, on commence le traitement chirurgical dès la première voire la deuxième semaine». «Le plus difficile, poursuit Riyad Alaeddin, c’est de choisir la bonne indication.» Expérience acquise au fil des années.
Infirmières, aides-soignantes, kiné, psychologue, médecins-réanimateurs, chirurgien savent s’adapter, prévenir. «Ici, on fait de tout, précise Marine, infirmière. Des gestes techniques, et beaucoup de relationnel.» La durée moyenne des séjours en réanimation est de trente jours. Ensuite ils intègrent le service de soins continus, contigu, avant de rejoindre les soins de suite et de réadaptation. Le parcours peut durer de quelques semaines à plusieurs années. «C’est un service qu’il faut aimer», ajoute Sandra, aide-soignante. «On ne fait pas que des soins, on poursuit aussi le travail de la kiné.»
«Quand ce sont des jeunes, c’est dur»
Si l’habitude du métier permet à chacun de prendre du recul, elle ne protège pas des coups durs. «Quand ce sont des jeunes, c’est dur, confie Patricia. Je soigne des patients qui ont l’âge de mes enfants.» Au fil des semaines, des mois, ils les connaissent par cœur. Les liens de confiance se créent. Boris Glavnik insiste sur la singularité de ce service. «On s’adapte. On a l’habitude.» Le côté professionnel reprend le dessus.
Le service des grands brûlés répare les corps. Par les excisions, les greffes, qui relèvent d’un savoir-faire quasi artistique. «Avec une petite peau saine on peut faire plusieurs greffes. Ce sont des cellules minuscules qui régénèrent la peau. Parfois on place du derme artificiel sous la greffe pour un meilleur résultat, plus esthétique.»
Ici, les équipes sauvent la peau des patients. «L’an dernier, un jeune homme de 18 ans, brûlé à 85 %, a quitté notre service en trois mois. Il est sauvé, il marche, bouge les mains», confie Riyad Alaeddin. Il aura besoin d’une longue rééducation.»
Anne Rimlinger (Le Républicain lorrain)