2050, le système de santé du Grand Est sous la «vague grise»

Prévention, accès aux soins, formation des médecins, vieillissement de la population… Christelle Ratignier-Carbonneil, la directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est a égrené sa feuille de route de rentrée.

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Christelle Ratignier-Carbonneil, médecin et directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est.
Christelle Ratignier-Carbonneil, médecin et directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est.

La population du Grand Est vieillit. En 2050, selon les projections, quelque 900 000 habitants supplémentaires auront basculé dans la tranche des plus de 75 ans. Se profile ainsi un cortège de problématiques pour les systèmes de santé et médico-social sur lesquels va s’exercer une forte pression. Avec ce vieillissement naturel et inexorable, les besoins sanitaires et leurs coûts vont exploser. L’avancée dans la vie s’accompagne, mécaniquement, d’une croissance de la consommation de soins. Prévention, accès aux soins, formation des médecins… La directrice générale de l’Agence régionale de santé (ARS) Grand Est a égrené sa feuille de route de rentrée ce lundi 19 octobre. Christelle Ratignier-Carbonneil a ainsi évoqué les enjeux à venir, dont ce «Bien vieillir» qu’elle appelle de ses vœux dans une société aux finances exsangues.

«C’est un enjeu de taille qui s’inscrit dans la droite ligne des orientations portées par la ministre de la Santé, a déclaré la responsable de l’ARS. Notre réponse ne peut pas se limiter à la création de places en établissements. L’objectif est de transformer l’offre en mettant l’accent sur la prévention de la perte d’autonomie pour permettre aux seniors de rester à domicile le plus longtemps possible.» Cette prévention doit «intervenir le plus tôt possible et à tous les niveaux» : activité physique, nutrition, santé cognitive, audition… «Notre plan 2026-2030 prévoit la création d’un peu moins de 2 000 places supplémentaires de services de soins à domicile, grâce à la mobilisation de 31 millions d’euros», a indiqué Christelle Ratignier-Carbonneil.

Préparer plutôt que réparer

La prévention est l’alpha et l’oméga d’une politique de santé qui veut préparer plutôt que réparer. Préparer les plus âgés à affronter, par exemple, les pics épidémiques de l’hiver. La campagne de vaccination a commencé le 13 octobre. La vaccination antigrippale fait partie de l’arsenal préventif pour éviter les engorgements des services médicaux et préserver la santé des plus fragiles sur le long terme. Sauf qu’elle peine toujours à s’étendre. Le Grand Est est en deçà du taux cible fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «L’objectif est d’atteindre un taux de couverture de 75 % pour limiter de manière importante les formes graves», a insisté Christelle Ratignier-Carbonneil. Or, la couverture vaccinale n’est que de 55,7 % chez les plus de 65 ans et de 29 % chez les moins de 65 ans à risque. Les taux sont disparates selon les départements, allant de 47,9 % dans le Haut-Rhin (au Rhin) à 62,1 % en Meurthe-et-Moselle pour les plus de 65 ans. Les messages de prévention peinent à convaincre.

Autre sujet abordé lundi et lié au maintien à domicile, l’accès aux soins. Inégal selon les spécialités, la localisation et la mobilité des patients, il fait l’objet d’une attention particulière depuis plusieurs années. Reconnaissant que la «situation reste complexe au niveau national comme régional», Christelle Ratignier-Carbonneil a rappelé que «l’accès aux soins ne se résume pas uniquement au nombre de médecins, mais dépend fortement de leur répartition sur le territoire, de leurs conditions d’exercice et de la coordination entre professionnels.» Trois pistes pour tenter de contenir la progression des déserts médicaux, alias les «zones sous-denses.»

Attirer les jeunes médecins

Aujourd’hui, le Grand Est dénombre 258 maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP). 97 % de la région est couverte par des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). «Cette année, 955 internes débutent leur internat dans la région, soit une hausse de 30 % par rapport à 2012, a énuméré Christelle Ratignier-Carbonneil. Si l’on compare à 2025, ce sont 117 postes supplémentaires qui ont été ouverts en un an. Cette augmentation est portée par deux spécialités : la médecine générale, avec 55 postes de plus (+17 % par rapport à 2025), et la psychiatrie, qui gagne douze postes.»

Reste à savoir où vont s’installer ces nouveaux venus. «Nous avons mis en place avec les doyens des facultés une stratégie de territorialisation des internes afin qu’ils ne soient pas uniquement affectés dans les CHU , mais qu’ils diffusent dans les centres hospitaliers de périphérie, a exposé Christelle Ratignier-Carbonneil. Ainsi, plus les étudiants découvrent ces établissements tôt, plus ils se familiarisent avec ces modes d’exercice.» Autre levier pour attirer les jeunes médecins, la 4e année de professionnalisation : «En novembre, 251 docteurs juniors arriveront dans la région. L’objectif est de les orienter majoritairement vers les zones sous-denses, là où le manque de médecins est le plus important.» La majorité des terrains de stage en ambulatoire se situent dans ces zones prioritaires : ils représentent 70 % des stages en Lorraine.

Thierry Fedrigo (Le Républicain lorrain)

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