«Quand il fait 40 degrés, ce n’est plus possible, ni pour la vache, ni pour l’agriculteur»

À la tête d’une ferme laitière à Alzingen, Christian Wester a subi, comme tous les agriculteurs, la canicule et la sécheresse de plein fouet. Et s’il semble nécessaire de s’adapter, le président de la Centrale paysanne sait que les choses ne seront pas si simples.

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Selon Christian Wester, la rapidité du changement climatique pose problème aux agriculteurs pour s'adapter efficacement.
Selon Christian Wester, la rapidité du changement climatique pose problème aux agriculteurs pour s'adapter efficacement.

Un été «trop chaud» et «trop sec». C’est ainsi que Christian Wester décrit les derniers mois passés sous la canicule. «Ça a des avantages pour la moisson, reconnaît le président de la Centrale paysanne. C’est le temps idéal pour récolter les céréales».

Mais pour beaucoup d’agriculteurs, les vagues successives de chaleur ont été un calvaire. «En ce qui concerne les rendements, on était quand même beaucoup moins bons que les années précédentes parce que les céréales ont souffert de la sécheresse qui a commencé dès le printemps.»

Depuis début avril, les précipitations n’ont en effet pas été suffisantes, tant pour les cultures que pour le fourrage. Une situation qui a rapidement posé problème dans l’exploitation laitière de Christian Wester à Alzingen.

«Une fois que les animaux ont pâturé, il ne reste plus rien à cause du manque d’eau. On les a gardés à l’étable où on pouvait les alimenter, mais cela prend plus de temps.»

L’agriculteur a heureusement pu compter sur ses réserves de fourrage de l’année dernière. Mais la chaleur a également stressé les animaux.

«La température ambiante optimale pour une vache laitière, c’est entre 5 et 15 ou 20 degrés. Après, la vache commence à être stressée. Vous pouvez imaginer que quand il fait 40 degrés, ce n’est plus possible, ni pour la vache, ni pour l’agriculteur.»

Durant les premières canicules, la production de lait a donc connu une forte baisse qui, bien que limitée dans le temps, a tout de même eu de grosses conséquences sur les rendements.

Des aides insuffisantes

Du côté des prix, les conditions ne sont pas des plus favorables. Si celui des céréales a augmenté, la hausse n’a pas permis de compenser la baisse de la production.

«En ce qui concerne l’élevage, le prix du lait a diminué d’environ 25 % et dans la production bovine, on a une baisse de 10 à 15 % selon les bêtes. Mais dans le même temps, les coûts de production ont augmenté.»

Les agriculteurs ont malgré tout pu compter sur le soutien de l’État, qui a notamment assoupli les règles et les conditions d’octroi de certaines aides. «C’est un petit coup de pouce, mais ça ne résout pas le problème à la racine. On traite les symptômes mais le problème de base reste le même.»

Et si les agriculteurs ont une bonne relation avec les pouvoirs publics, ces derniers ne peuvent au final pas faire grand-chose pour eux. «L’État fait pas la météo. Et s’il peut avoir une influence sur les prix du marché, ça reste vraiment marginal.»

S’il est également possible pour les exploitants de souscrire à une assurance, subventionnée à 65 % par l’État, celle-ci ne résout pas tout. Une partie de ses critères n’est pas adaptée aux réalités du terrain et elle empêche ensuite le gouvernement de verser de nouvelles aides.

La Centrale paysanne espère pouvoir peser sur les discussions de la prochaine loi agraire afin d’ajuster au mieux la réponse aux changements climatiques et de protéger efficacement les agriculteurs.

«Des conditions de plus en plus extrêmes»

Car dans tous les cas, il va falloir s’adapter dans les années à venir. Mais avec un climat en constante évolution, la chose est plus facile à dire qu’à faire. «On sait que le phénomène El Niño va être très présent les prochains mois, mais on ne sait pas dans quel sens il va impacter la météo. Cela peut donner une année encore plus chaude et sèche ou beaucoup plus pluvieuse.»

Une instabilité qui rend compliquée la mise en œuvre de mesures. S’il est possible de travailler avec des variétés de céréales plus résistantes à la sécheresse, celles-ci ne seront pas adaptées en cas de grosses intempéries. «C’est ça le défi : comment bien gérer le risque pour naviguer dans des conditions de plus en plus extrêmes.»

Le problème est le même pour les bêtes. S’il est possible d’installer des ventilateurs ou des brumisateurs pour les soulager, la température ne sera pas idéale pour autant.

La solution pourrait se trouver du côté de la génétique en favorisant des races moins sensibles à la chaleur. Mais tout ça coûte de l’argent et prend du temps face à des changements climatiques de plus en plus rapides.

«Si le climat change lentement, vous avez le temps de vous adapter, mais quand il change vite, cela pose plus de problèmes.»

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