Luxlait déploie un dispositif pour reprendre la production de Prolek
Menacées par le désengagement de Lactalis au 31 mars prochain, 68 exploitations agricoles luxembourgeoises disposent d’une solution concrète proposée par Luxlait afin d’assurer la collecte de leurs 55 millions de litres de lait annuels.
Au pied de l’étable de la ferme Wirtz-Agri à Eschweiler s’est ouvert ce jeudi un nouveau chapitre pour la filière laitière. Moins de quatre mois après l’annonce de l’arrêt de la collecte du lait de 68 exploitants luxembourgeois par Lactalis au 31 mars prochain, un dispositif a été présenté afin de reprendre une production annuelle de près de 55 millions de litres de lait condamnée, jusque-là, à se retrouver sans acheteur. Et comme évoqué depuis plusieurs semaines, tantôt comme une piste ou comme une lueur d’espoir, la solution provient bel et bien de Luxlait.
«Il y a encore trois mois, l’issue de ce dossier était profondément incertaine et beaucoup doutaient qu’une solution globale puisse être construite dans un délai aussi court. Aujourd’hui, cette solution existe», lance fièrement Gilles Gérard. Le directeur général de la principale coopérative laitière du pays tient aussitôt à souligner que «cette solution n’était ni évidente ni acquise» face au défi technique que représente l’absorption de 55 millions de litres de lait supplémentaires. Dans nos pages en juin dernier, il se montrait d’ailleurs prudent et souhaitait «ne pas faire des promesses irréalistes» aux agriculteurs de la coopérative Prolek (Producteurs laitiers Ekabe) sous contrat avec Lactalis. «Si c’est possible, c’est parce que nous avons refusé de baisser les bras», lance-t-il aujourd’hui.
Aux membres de Prolek de décider
Concrètement, la solution proposée aux 68 exploitants repose sur un contrat afin que leur production soit collectée et valorisée par Luxlait, qui prendra le relais de la laiterie Ekabe, propriété de Lactalis, à partir du 1ᵉʳ avril 2027. «Chacun est libre de décider ce qu’il veut, il doit regarder son contrat et voir s’il lui plaît», précise Vic Wirtz, le président de Prolek, qui rapporte néanmoins que «tout le monde était favorable à ce contrat» lors de la dernière réunion de la coopérative deux jours plus tôt. À l’instar de la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen (lire ci-contre), l’agriculteur se réjouit : «Nous ne pensions pas que nous pourrions trouver une solution aussi vite.»
Signer avec Luxlait apporte, selon lui, une garantie précieuse dans une filière en difficulté face à la volatilité des prix notamment : «Nous avons vraiment analysé la situation et la possibilité de trouver d’autres débouchés et nous savons qu’il est très difficile de vendre dans de bonnes conditions.» Un contrat a, d’ores et déjà, été présenté à tous les producteurs, qui devront donner leur réponse d’ici le 25 septembre.
Une fois les contrats signés, «il s’agira d’une avancée remarquable, mais ce sera seulement une première étape», prévient Gilles Gérard. «Ce sera un travail immense pour nous. Aujourd’hui, nous collectons 180 millions de litres et nous devons en collecter 55 millions de plus, donc il faut trouver un système : les chauffeurs, c’est toute une organisation.»
«Construire une filière plus forte»
Pour Luxlait, les engagements pris se «chiffrent en millions d’euros». «Certains disent que nous sommes des sauveurs. Mais non, nous ne sommes pas des sauveurs, nous venons simplement en aide à la filière agricole luxembourgeoise», estime Gilles Gérard. Au-delà d’assurer la continuité de la collecte laissée par Lactalis, la coopérative souhaite «aller beaucoup plus loin» et espère avoir posé la première pierre d’une ambition nouvelle pour la filière.
«Des études en cours doivent permettre d’identifier de nouveaux produits, de nouveaux marchés et des investissements nécessaires afin de mieux valoriser, demain, le lait des producteurs de Prolek comme le lait des producteurs de Luxlait.» Bien que la solution sur la table soit une solution de transition, et non une intégration des 68 exploitants comme membres coopérateurs, le directeur général de Luxlait voit plus loin. Il estime que le résultat des études et des investissements sur le site de Bissen pourrait permettre de mieux valoriser le lait et d’intégrer les agriculteurs de Prolek. «Et si demain les investissements démontrent que les volumes doivent être plus importants, nous pourrions aussi intégrer d’autres agriculteurs qui souhaitent rester sur le sol luxembourgeois.»
«Mon rêve est de contribuer à construire une filière laitière luxembourgeoise plus forte et plus unie autour d’un projet coopératif ambitieux», déclare Gilles Gérard, qui ne voit pas dans l’annonce du jour un simple «débouché pour un volume mais une perspective d’avenir».