Du gaz en stock, mais des prix en hausse

Le gouvernement compensera le prix du gaz pour les ménages jusqu’au 31 décembre. Il devra sans doute prolonger cette mesure, car le patron d’Enovos prédit une hausse des tarifs.

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En mars dernier, le ministre Lex Delles indiquait qu’aucune difficulté d’approvisionnement européen en gaz naturel liquéfié (GNL) n’était à craindre. Le député socialiste Georges Engel demande à être rassuré en constatant que le taux moyen de remplissage des stocks de gaz de l’Union européenne est passé de 76 % début juillet à 57 % au 6 août, son niveau le plus bas depuis 2009. Une conséquence du conflit au Moyen-Orient sur l’approvisionnement en provenance du Qatar et du Golfe.

Pour éviter des pénuries, certains États membres se retrouvent contraints de se réapprovisionner en GNL russe. Au mois de juillet 2026, l’intégralité des commandes belges de GNL est réputée provenir de Moscou, indique le député. Si l’Union européenne continue d’importer du GNL russe en 2026, ces achats seront bloqués d’ici janvier 2027. Les importations avaient déjà été réduites de 45 % en 2021 à 12 % en 2025 à la suite de l’invasion de l’Ukraine. «Un retour, même partiel, à un approvisionnement russe constituerait un recul significatif de cette politique de diversification et une source de vulnérabilité stratégique», craint le député.

Le remplissage des sites de stockage européens de gaz continue de progresser vers l’objectif de 80 % depuis le début de la saison de remplissage estivale, indique le ministre Delles. Le Luxembourg fait partie des pays qui n’ont pas d’installation de stockage au niveau national et une obligation de stockage de 15 % au plus tard au 1er novembre 2026 (sur la base de la consommation des cinq dernières années) est requise. D’après ses informations, le volume de stockage atteint actuellement est de 90 % des réserves nécessaires.

Les tensions sur les marchés mondiaux ne peuvent pas être ignorés, mais les prix de gros actuels ne sont pas comparables aux fluctuations extrêmes d’il y a quatre ans, et aucune interruption physique de l’approvisionnement n’est à signaler, rassure Lex Delles. La consommation est en baisse significative au sein de l’UE (-16 %), y inclus au Luxembourg (-20 %) depuis 2021 et malgré les niveaux de stockage plus faibles, la sécurité d’approvisionnement reste garantie.

Le Luxembourg consomme-t-il du gaz russe? Bien qu’il soit difficile à retracer, une analyse approfondie de la situation, en collaboration étroite avec les fournisseurs nationaux, révèle qu’à ce jour, aucun acteur n’est lié à des contrats de fourniture de gaz naturel originaire de la Fédération de Russie ou exporté, directement ou indirectement, depuis celle-ci.

Des prix en hausse

Pour l’heure, le gouvernement soutient toujours les ménages avec une compensation financière de 15 centimes d’euros TTC par mètre cube de gaz qui court du 1er août au 31 décembre 2026 pour tous les clients disposant de compteurs d’un flux horaire maximal inférieur à 65 mètres cubes, afin de renforcer le pouvoir d’achat des ménages et de freiner sensiblement l’inflation. Une mesure faisant partie du «Resilienzpak 2026», résultant de l’accord tripartite. En cas de nouvelle flambée des prix de l’énergie, l’opportunité de prendre des mesures supplémentaires sera examinée lors d’une nouvelle réunion tripartite.

Interrogé jeudi matin par nos confrères de la radio 100,7, le patron d’Enovos, Erik von Scholz, indiquait que les prix du gaz ne devraient plus augmenter cette année. Mais cela ne devrait pas durer : «Nous partons actuellement du principe que les prix du gaz, très élevés en ce moment, se répercuteront sur les clients. Il est toutefois impossible, à l’heure actuelle, de déterminer dans quelle mesure», a-t-il informé.

Quant aux prévisions pour cet hiver, le PDG d’Enovos a prévenu que «si l’hiver s’avère très froid, la consommation de gaz sera naturellement supérieure aux prévisions. Cela se répercuterait inévitablement sur les prix, sous l’effet de la loi de l’offre et de la demande, car si le froid sévit ici, la situation est probablement similaire dans les pays voisins. Ce scénario dépasserait même le cadre du marché européen. Un hiver très rigoureux en Chine ou aux États-Unis aurait également une incidence sur les prix chez nous.»

Le gaz vendu aujourd’hui par Enovos a été acheté l’année précédente, voire bien plus tôt. C’est ce qui explique le décalage dans la tarification : l’impact des conflits internationaux ou des pénuries ne se fait sentir sur le portefeuille des consommateurs que plusieurs trimestres plus tard. La société énergétique aurait d’ores et déjà sécurisé une partie de ses approvisionnements en gaz pour 2028 et 2029.

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