[Cinéma]

Marcel Pagnol reprend vie grâce aussi au savoir-faire luxembourgeois

Mercredi sortiraMarcel et Monsieur Pagnol, une plongée dans les souvenirs du célèbre écrivain provençal. Le film, coproduit au Luxembourg, est signé du maître français de l’animation poétique, Sylvain Chomet.

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Producteur depuis vingt-cinq ans, cofondateur du défunt studio LuxAnimation puis de Bidibul Productions, Lilian Eche assure que Marcel et Monsieur Pagnol est l’un des «trois grands projets d’animation qui ont marqué (s)a filmographie».

Il y a certes eu Renaissance (Chirstian Volkmann, 2006), film pionnier de l’animation en motion capture, «une technique que personne n’utilisait» à l’époque et «qui ne se démode pas», et Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux? (Amandine Fredon et Benjamin Massoubre, 2022), qui possède «la jeunesse et la folie d’un premier film avec une mise en scène exemplaire», mais «Sylvain Chomet, c’est le summum de l’animation, sinon mondiale, au moins européenne», souligne-t-il.

Pour son troisième long métrage d’animation, après les chefs-d’œuvre Les Triplettes de Belleville (2003) et L’Illusioniste (2010), le Français Sylvain Chomet revient sur la vie et l’œuvre de l’écrivain provençal Marcel Pagnol.

Dans les années 1950, alors qu’il vit à Paris depuis 30 ans et est au sommet de sa gloire, Pagnol est contacté par le magazine Elle pour rédiger un feuilleton autobiographique; il rassemble ses souvenirs et, en écrivant, retrouve sa Provence et l’enfant qu’il a été autrefois.

«On ne voulait pas raconter qu’une période de Pagnol, mais sa vie au sens large, précise Lilian Eche. On connaît surtout Pagnol écrivain, mais il a fait plein de choses folles en théâtre, en écriture, en mise en scène, il a été académicien, il a été un inventeur de génie, il avait ses propres studios de cinéma…»

À l’origine du film, il y avait le souhait du petit-fils de Marcel de réaliser un documentaire à l’occasion du cinquantenaire de la disparition de l’écrivain, cinéaste et dramaturge mort en 1974.

Porté par Nicolas Pagnol, Sylvain Chomet et les producteurs Ashargin Poiré (petit-fils d’Alain Poiré, figure historique de Gaumont et ami personnel de Marcel Pagnol) et Valérie Puech, le projet, qui devait d’abord contenir des chapitres animés, s’est définitivement mué en film d’animation grâce à la participation d’Aton Soumache et Lilian Eche, qui coproduisent régulièrement des projets ensemble depuis 25 ans entre la France et le Luxembourg.

Souci du détail

Fidèle à son style poétique, Sylvain Chomet réalise là un grand film lumineux sur les affres de la création artistique, sur la mémoire et sur le pouvoir du récit, avec un trait reconnaissable et la nécessité de transposer en animation le langage du cinéma «live».

Cela passe notamment par des mouvements de caméra complexes (dont un plan séquence mémorable de Raimu sur scène, habillé en femme) et un incroyable souci du détail. «Quand on a un cinéaste avec un tel savoir-faire et une telle notoriété, on lui laisse carte blanche pour la mise en scène», résume Lilian Eche.

D’autant plus que Sylvain Chomet, qui est «très méticuleux, très engagé à toutes les étapes de la fabrication et ne veut pas dénaturer son trait», «met plus de temps à fabriquer un film que beaucoup de réalisateurs d’animation», poursuit le producteur.

Un autre défi pour le cinéaste a été de faire ici son premier film parlant : si Jacques Tati, à qui Chomet a rendu hommage avec L’Illusioniste, est l’une de ses références absolues, il embrasse cette fois tout le potentiel poétique et comique de la langue colorée de Pagnol.

Quand on a un cinéaste avec un tel savoir-faire, on lui laisse carte blanche

Derrière la participation de Bidibul et le soutien du Film Fund Luxembourg, Marcel et Monsieur Pagnol a été fabriqué en partie au Grand-Duché, dans les studios Doghouse (pour les décors et une partie de l’animation) et Philophon (pour le montage son, les bruitages et le mixage sonore).

«Sur ce projet, j’ai accompagné Sylvain pour trouver les bonnes techniques de fabrication pour l’image et le son au Luxembourg, mais je suis aussi allé enregistrer un jazz band à Bruxelles, je suis allé en Allemagne, en France… Je ne me considère pas comme producteur luxembourgeois : je produis un film quelles que soient les frontières», dit le producteur associé d’Un simple accident, la Palme d’or 2025 du cinéaste iranien Jafar Panahi.

Jouer l’accent

C’est Lilian Eche, aussi, qui a contacté Laurent Laffite (qui doublait déjà Sempé dans Le Petit Nicolas), interprète formidable qui disparaît derrière la voix de Marcel Pagnol.

«Il a d’abord a refusé, parce qu’il n’est pas marseillais», explique Lilian Eche. Mais Pagnol lui-même avait perdu son accent après être monté à Paris, et «le Pagnol de 30 ans n’avait pas la même façon de parler qu’à 40 ou 50 ans».

«Ce dont on avait besoin, c’était d’un comédien de qualité, capable de jouer sur des variations d’accent et une voix qu’on peut entendre vieillir», poursuit-il, précisant que l’acteur enregistrait les scènes où le personnage est plus vieux «en fin de journée, quand sa voix était plus rauque, plus fatiguée».

Marcel et Monsieur Pagnol offre une plongée jamais vue, aussi riche que tendre, dans l’univers de l’écrivain.

De sa découverte de l’écriture aux interminables parties de pétanque qui retardaient ses tournages et faisaient criser Fernandel, en passant par les rencontres imaginées entre le petit Marcel et le célèbre Pagnol, le film de Sylvain Chomet pose un regard nouveau sur le conteur le plus important de la littérature française du XXe siècle, raconté par un cinéaste au sommet de son art.

Marcel et Monsieur Pagnol, de Sylvain Chomet. Sortie mercredi.

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