[Musique]

Les deux «lab» de Lucilin

Pour sa rentrée, l’Ensemble Lucilin lance deux nouveaux projets en parallèle de son agenda habituel : un label d’édition musicale et un laboratoire d’accompagnement pour jeunes musiciens.

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Fin septembre, l’Ensemble Lucilin dirigé par Guy Frisch (au c.) a inauguré sa saison avec le concert «Opening+».
Fin septembre, l’Ensemble Lucilin dirigé par Guy Frisch (au c.) a inauguré sa saison avec le concert «Opening+».

Le label musical Lucilin Records et le Lucilin Lab, sorte d’académie visant à «aider et accompagner» de jeunes musiciens basés au Luxembourg, sont les deux nouvelles initiatives lancées par l’Ensemble de musique contemporaine. En plus d’être introduits cette saison – la 27e de l’Ensemble créé à l’automne 1999 –, les deux projets ont en commun de réfléchir aux notions de «transmission» et d’«héritage», que Guy Frisch et son équipe se posaient de longue date.

«Ça nous trottait dans la tête depuis longtemps, et ça a commencé à se concrétiser petit à petit ces dernières années», dit tout sourire le cofondateur, directeur stratégique et percussionniste de United Instruments of Lucilin. Dans les deux cas, les «mots d’ordre» sont les mêmes : exalter la «diversité» du répertoire de l’Ensemble, «créer de nouveaux intérêts», à la fois pour les musiciens et le public, et «partager notre passion de la découverte».

«Vivier de musiciens»

«On s’est rendu compte que le temps passe vite. À un moment ou l’autre, il faut penser à la relève», note Guy Frisch. C’est, quelque part, la mission première du Lucilin Lab, pour lequel ont été «choisis» sept jeunes musiciens luxembourgeois, dont certains fraîchement sortis du Conservatoire. «L’un des arguments essentiels pour lancer ce projet», raconte le directeur de l’Ensemble. «Si Lucilin travaille régulièrement avec des musiciens ou des compositeurs venant de l’étranger, c’est parce que la musique contemporaine demande une certaine expérience. Mais l’intérêt pour cette musique existe aussi ici : l’idée du Lab étant de créer notre vivier de musiciens, il est primordial de privilégier l’accès à nos jeunes, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas aller à Sydney, Vienne, Paris ou Hambourg, mais qui ont envie de jouer et d’évoluer auprès de musiciens qui ont un bagage professionnel et de l’expertise.»

Les sept musicien(ne)s du Lucilin Lab donneront leur premier concert le 20 décembre.
Les sept musicien(ne)s du Lucilin Lab donneront leur premier concert le 20 décembre.

En d’autres termes, Lucilin veut faire, à travers cette initiative, le programme d’encadrement que les musiciens de l’Ensemble auraient aimé avoir au Grand-Duché à leurs débuts : un espace de rencontre et d’expérimentation qui leur permette de développer une expérience concrète de la pratique musicale et de la scène, mais aussi de leur offrir «de l’autonomie» : «Notre démarche est semblable à une « académie », même si ce qu’on fait n’est pas très académique. On veut qu’ils soient libres d’amener leurs idées, de partager leurs envies, le tout en cohérence avec l’Ensemble, bien sûr», assure Guy Frisch. Choisis sur mesure par les musiciens de l’Ensemble, Cathy Heidt et Pierre Bausch (violons), Amélie Herold (alto), Désirée Bonacci (violoncelle), Mika Gieres (flûte), Alex Lallemang (clarinette) et Colin Toniello (piano) forment ainsi cette nouvelle génération de musiciens, que l’on pourra voir sur scène à quatre reprises au cours de la saison. Leur premier concert est prévu le 20 décembre au Kerger Haff à Hellange.

Besoin d’indépendance

D’ici la fin de l’année, United Instruments of Lucilin lancera également la première sortie de Lucilin Records, son label d’édition musicale – un projet qui répond, comme le Lab, à un manque, mais aussi à la nécessité pour cet Ensemble qui se consacre presque exclusivement au live d’exister de manière durable. «La question d’enregistrer nos créations s’est très souvent posée. On sait, depuis tout ce temps, que nos pièces risquent de se perdre», souligne Guy Frisch. «Dans le meilleur des cas, une partition peut être publiée. Mais en créant un label, la musique peut continuer à exister de manière beaucoup plus concrète», poursuit-il.

«Il nous a fallu du temps pour oser nous lancer», dit encore le directeur de l’Ensemble. En premier lieu car «il était nécessaire de nous affranchir» d’une industrie musicale très «contrôlante», qui peut être aujourd’hui contournée grâce au streaming. «Éditer un disque, ça coûte beaucoup plus que ça ne rapporte, analyse Guy Frisch. Quand on enregistre un disque, on paye l’enregistrement, on paye les studios, on paye les musiciens, ce qui est normal. Mais on doit aussi payer le label pour la distribution, et on lui laisse les droits d’une œuvre qu’il n’a que distribuée : là, on frise le ridicule.» Indépendance est donc synonyme de liberté : «Comme pour le Lab, le label naît de l’envie de développer de nouvelles choses sans se contraindre.»

Après son lancement, Lucilin Records vise trois sorties par an, avec la volonté de mélanger des enregistrements live et des pièces rejouées en studio. Guy Frisch explique les choix artistiques du label selon le caractère expérimental de nombre des œuvres de l’Ensemble : «Il y a des pièces qu’on a enregistrées en live il y a presque dix ans, qui traînent depuis dans nos tiroirs et qu’on a très envie de sortir. D’autres pour lesquels les compositeurs – ou nous-mêmes – ont jugé qu’elles ne devaient exister qu’en live. D’autres encore dont on sait qu’elles marcheront moins bien en audio, mais qui nous semblent importantes à sortir pour des raisons d’archivage. Et d’autres, enfin, pour lesquelles on sait que ça ne marchera tout simplement pas.» La solution, ce serait de lancer Lucilin Pictures? Amusé par l’idée, Guy Frisch glisse que la série de vidéos réalisées avec le CNA il y a quelques années pourrait se poursuivre dans un avenir proche, «avec un focus sur les compositeurs et compositrices du Luxembourg». «Il y en a beaucoup qui ont émergé ou évolué ces dernières années.»

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