La Bulgarie remporte la 70eédition de l’Eurovision, une première pour le pays
Au terme d’un show de deux heures, c’est la Bulgarie qui a remporté la finale de l’Eurovision. La chanteuse Dara a offert sa première victoire au pays avec le titreBagaranga.Israël termine deuxième et la Roumanie troisième. Ambiance quelques heures avant la finale.
Il est 10 h dans le centre-ville de Vienne. Devant le majestueux opéra, l’Eurovision s’affiche en grand. Un contraste quelque peu saisissant. Depuis plus d’un mois, la ville de Vienne vit au rythme du concours. Dans les rues, les affiches annonçant le show sont placardées partout : sur les arrêts de bus, les vitrines des magasins, le métro ou les cafés emblématiques de la capitale autrichienne. Même le tramway arbore des petits drapeaux avec l’iconique «12 points» décliné en «Vienna 12 points».
Dans ce quartier riche de la ville, nous rencontrons quelques Viennois. Pour eux, l’organisation de cet événement reste une aubaine pour le rayonnement de leur ville. Mais certains ne sont pas de grands fans. Dans un café près du Wiener Staatsoper, nous croisons deux étudiants, Caro et Simon : «Ce n’est pas forcément un show qui nous intéresse.» Un peu plus loin, Ada, 17 ans, assure que l’atmosphère de la ville a changé depuis le début des festivités de l’Eurovision. «J’apprécie l’Eurovision, mais cette année, je suis un peu déçue des prestations des candidats», explique-t-elle. Elle regrette aussi que le concours soit devenu «trop politique».
Dans la ville de Sissi et de Mozart, nous rencontrons aussi de grands fans du concours. Lisa, 29 ans, est une nouvelle passionnée de l’Eurovision. «Je l’ai regardé pour la première fois l’année dernière et j’ai vraiment beaucoup aimé», confie-t-elle. «Je trouve simplement dommage que ce soit organisé à Vienne, car je pense que la ville a assez de notoriété. Cela aurait été intéressant de l’organiser dans la ville où Mozart est né, à Salzbourg.»
«On est déçus pour le Luxembourg»
Devant la salle de spectacle qui accueille l’Eurovision, des fans du concours confient que la non-qualification du Luxembourg pour la finale les a déçus. «On aimait beaucoup la chanson. J’espère que le Luxembourg pourra revenir l’année prochaine», indique un passionné du concours. Dwayne, fan venu d’Australie, confie avoir été très heureux du grand retour du Luxembourg. «J’aimais beaucoup la chanson de Tali, Fighter. On est très déçus pour le Luxembourg, car le message de Mother Nature était super.»
Malgré la déception de jeudi soir, les fans et la famille d’Eva Marija étaient présents samedi pour continuer la fête. La chanteuse, elle aussi, a assisté au show aux côtés de ses proches.
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Tout près de l’opéra, Dwayne, l’Australien, est venu spécialement des antipodes pour assister au concert de l’Eurovision. Il est à Vienne avec son ami Luke. Ce jeune Néo-Zélandais a découvert le concours de l’Eurovision après avoir déménagé en Australie. «Ce que j’aime particulièrement dans cet événement, c’est son côté multiculturel. Mais je regrette qu’il soit devenu trop politique. Il y a beaucoup d’agents de sécurité. Lors des demi-finales, il y avait beaucoup d’agitations et de sifflements du public, c’est dommage.»
Dans une rue adjacente à l’opéra, d’autres fans de l’Eurovision s’apprêtent eux aussi à assister au show. Katia et sa fille, originaires de Croatie, drapeaux en main, regardent en famille l’Eurovision depuis plusieurs années. Assister au spectacle est une première pour elles. «La Croatie n’est pas très loin de Vienne, c’était pratique pour nous.» Même si l’Eurovision fête ses 70 ans cette année, le concours continue à plaire à la nouvelle génération, comme l’explique la fille de Katia. «Mes copines regardent toutes le concours et on suit toutes les chanteurs sur les réseaux sociaux.»
Paillettes et politique
Quelques heures avant le début du show, les fans se rassemblent devant la Stadthalle. Costumes à paillettes, drapeaux, strass : on peut dire que l’Eurovision a déjà commencé. Mais la politique n’est aussi jamais loin. Quelques manifestants pro-palestiniens sont présents. «Nous ne comprenons pas la décision des organisateurs de maintenir la participation d’Israël alors qu’en 2022 la Russie a été exclue», confie Sandra. Depuis le début des festivités au début du mois de mai, l’arène de l’Eurovision est devenue un joyau à préserver. Barricadée, la salle de spectacle est surveillée de près. Chaque jour, plusieurs centaines d’agents de sécurité sont à pied d’œuvre pour tout contrôler.
Cette année, l’édition a été marquée par les tensions politiques. La participation d’Israël a été particulièrement décriée. Quelques jours avant le début du concours, l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont même décidé de ne pas diffuser le concours. Une première. Dans la salle de presse, une question posée par un journaliste avant la demi-finale à l’ORF, la chaîne autrichienne, glace l’ambiance «paillettes et divertissement» du lieu.
Le centre de la capitale autrichienne était hautement surveillé. Même si des manifestations se sont déroulées et ont mobilisé plusieurs milliers de personnes, aucun gros débordement n’a eu lieu. Hormis lors de la première demi-finale de l’Eurovision à laquelle participait Israël. Plusieurs spectateurs ont perturbé le passage du candidat israélien et ont été expulsés de la salle de spectacle. À Vienne, vendredi, à la veille de l’événement, des concerts alternatifs ont aussi été organisés.
Une Coupe d’Europe musicale
Mais derrière la politique, l’Eurovision est aussi un show haut en couleur. Un show millimétré où les prestations s’enchaînent les unes après les autres dans une ambiance digne d’une Coupe d’Europe de football. Drapeaux brandis, hurlements des spectateurs, la Stadthalle a des faux airs de stade. Mais les sportifs ont été remplacés par des chanteurs. Il faut dire que le show de la finale a été marqué par de nombreux tableaux de haut vol aux styles très éclectiques.
Le plus grand spectacle musical d’Europe a démarré très fort avec le chanteur danois Søren Torpegaard Lund et son univers de clubbing. Puis c’était au tour du Franco-Israélien Noam Bettan. Une prestation qui n’a pas échappé aux sifflements du public. La Grèce et son titre dynamique Ferto ont aussi eu les faveurs du public, tout comme celui de la Bulgarie avec Bangaranga ou de l’Italien avec la chanson Per sempre sì.
Cette année, l’extravagance n’était pas au rendez-vous. La performance vocale et le show étaient les maîtres mots. Dans la Stadthalle, certains tableaux ont détonné par leur puissance. On notera celles d’Alexandra Căpitănescu avec Choke Me ou de l’Autrichien Cosmo, dont la chorégraphie est reprise par les spectateurs viennois. Deux chanteuses ont aussi marqué la soirée, la Française Monroe avec Regarde! et son tableau pop-opéra et la voix puissante de l’Australienne Delta Goodrem, avec Eclipse.
Après les vingt-cinq prestations, le moment tant attendu des votes a démarré. C’est la Bulgarie qui a eu les faveurs du jury international, suivie de l’Australie et du Danemark. À l’issue des votes du public, c’est la chanteuse bulgare et son titre Bangaranga, un hymne à la fête et à l’émancipation, qui ont remporté la 70ᵉ édition du concours. La chanteuse offre sa première victoire au pays.
Une surprise car la Bulgarie n’était pas dans les favoris du concours. Contrairement au duo finlandais qui termine à la sixième place et à la chanteuse australienne qui se hisse en 4ᵉ position. La France, plébiscitée par le jury international, ne termine qu’à la 11ᵉ place. La Belgique est 21ᵉ et l’Allemagne, 23ᵉ.
Pour la deuxième fois consécutive, Israël termine second du concours. Lors du vote final, les sifflements très présents ont remplacé les acclamations du public. La politique aura ainsi marqué jusqu’au bout cette 70ᵉ édition de l’Eurovision.