Politique agraire : «Il manque une direction»

Face au déclin du nombre d’exploitations et aux contraintes réglementaires et fiscales, le président de la Centrale paysanne, Christian Wester, fixe les attentes du secteur agricole.

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(De g. à d.) Philippe Keipes, Christian Wester et Andy Brisbois ont présenté les doléances de la Centrale paysanne face à la presse.
(De g. à d.) Philippe Keipes, Christian Wester et Andy Brisbois ont présenté les doléances de la Centrale paysanne face à la presse.

Pourquoi aviez-vous décidé d’organiser cette conférence de presse, jeudi dernier à Mersch?

Christian Wester : Cela part d’un constat : la chute du nombre d’exploitations agricoles. Ces quinze dernières années, nous en avons perdu 400, en passant de 2 200 à 1 800 exploitations. C’est très regrettable et il faut alors se demander pourquoi ces exploitations ont arrêté et qu’est-ce que l’on peut faire afin de stopper cette tendance? Pour ce faire, nous travaillons bien avec le ministère de l’Agriculture, mais nous remarquons qu’il manque une vision.

Lors de notre première table ronde (NDLR : avec le ministère, la chambre d’Agriculture et les syndicats), nous avons constaté que le gouvernement préfère une évolution qu’une révolution. Nous sommes alors vite entrés dans les détails, en commençant à travailler sur les articles et les mesures de la loi en vigueur afin de les conserver ou les améliorer. Cependant, il manque une direction pour le secteur. Nous devons faire une meilleure politique avec moins d’argent et cela ne se fait pas mesure par mesure, mais avec une vision globale. Pour l’instant, on navigue un peu à vue.

Pensez-vous qu’il faille une révolution agraire ?

Non, nous n’avons pas forcément besoin d’une révolution, mais il y a certains risques avec la loi en vigueur. C’est, par exemple, le cas de la restriction sur la grandeur du cheptel afin de réduire les émissions d’ammoniac. Cela entraîne une situation assez hétérogène en ce qui concerne les éleveurs bovins, puisque certains sont loin de la limite et d’autres sont bien au-dessus. Et il n’y a pas une ligne sur la manière de gérer cela.

Il faut également une vision sur la grandeur économique des exploitations, car il existe des restrictions afin d’agrandir les exploitations dans une certaine mesure. Cependant, c’est en produisant au-dessus de ces limites qu’il est possible de dégager des bénéfices ; donc l’investissement pour agrandir n’a économiquement pas de sens, puisque les restrictions empêchent d’atteindre le volume de production pour être rentable.

Dans ce cas, il faut décider d’une stratégie sur la taille des exploitations que nous voulons pour notre société, pour les agriculteurs et tout le secteur de la transformation. Il faut décider de l’agriculture de demain et savoir ce qu’il faut faire afin que les jeunes reprennent les exploitations.

Conserver un savoir-faire qui disparaît quand les jeunes arrêtent

Le Luxembourg est-il menacé par le manque de renouvellement générationnel?

Oui, c’est un risque pour nous, même s’il faut dire que nous sommes dans une situation plus favorable que d’autres pays européens. Cela reste un grand problème si nous souhaitons garantir une certaine autonomie et être résilients face aux multiples crises dans le monde. La sécurité alimentaire est un point crucial s’il y a une guerre ou une catastrophe climatique.

Il faut être capable de nourrir la société, donc il est évident que nous avons besoin des jeunes. Par le passé, les exploitations se sont agrandies : les uns ont absorbé les terrains des autres, mais les arbres ne peuvent pas pousser jusqu’au ciel. Nous sommes à un point où il est difficile de devenir plus grands. Il faut donc garder le plus grand nombre d’exploitations afin, aussi, de conserver un savoir-faire qui disparaît quand les jeunes arrêtent.

Vous remettez en question l’efficacité de la taxe de mobilisation. De quoi s’agit-il ?

Avec la réforme de la taxe foncière, il est prévu d’introduire une taxe de mobilisation sur les terrains non bâtis dans les zones constructibles. Quand une ferme passe d’une génération à l’autre, la division des terrains n’a pas encore été faite puisque la démarche coûte cher. Et quand ces terrains seront mobilisés, cela va coûter cher aux agriculteurs.

Même s’il y a une exemption de taxe pour les terrains exploités au deuxième degré (NDLR : parents, enfants, frères ou sœurs), il y aura des injustices pour les familles qui n’ont pas encore fait la division des terrains et dont les parcelles sont la propriété d’un oncle ou d’une tante qui sont des parents au troisième degré.

Du point de vue de l’exploitation, cela ne change rien, sauf qu’il y aura un jeune qui veut reprendre l’exploitation dont les terrains seront taxés beaucoup plus qu’auparavant et qui sera obligé de vendre son outil de travail à cause d’une taxe trop élevée.

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