[Football]

Toppmöller, dieu francophone du F91

[FRANCE] Dimanche, Dino Toppmöller lance sa carrière française avec Lens, par un duel contre le champion d’Europe en titre, le Paris Saint-Germain. En arrivant en terrain conquis, au pays de Molière.

Publié Modifié
Toppmöller, époque F91, avec Jerry Premlpeh à ses côtés.
Toppmöller, époque F91, avec Jerry Premlpeh à ses côtés.

Combien de fois vous a-t-on dit que le football était un langage universel? «C’est des conneries, ce n’est pas vrai», se marre Clément Couturier.

Le milieu de terrain de Mondorf sait de quoi il parle : il se rappelle parfaitement la première entrevue qu’il a eue avec Dino Toppmöller à son arrivée au F91, en 2018. «J’arrive sur la pointe des pieds, je ne connais personne, il y a 35 gars à l’entraînement et je me demande vraiment ce que je suis venu foutre là. Le gars il ne me connaît pas, je ne le connais pas, on a une séance ensemble et il vient me dire, en français que j’ai l’air d’être un bon joueur et qu’il faut que je m’accroche. Moi, je me dis qu’un coach allemand qui parle français, ce n’est pas normal : c’est cool! Et vous ne pouvez pas savoir ce que ça m’a mis en confiance! Alors oui, la langue, ça compte!»

Ce week-end, ce n’est pas Dino Toppmöller l’Allemand qui lance sa carrière française mais Dino Toppmöller le francophone. Voire Dino Toppmöller le francophile puisque selon Couturier, il n’a jamais surpris le fiston de Klaus (qui n’a jamais entraîné, lui, que des clubs allemands) à ne pas être curieux, ouvert d’esprit sur une culture qui n’était pas la sienne, mais qui était celle de près de 30% de son effectif de l’époque, de Jonathan Joubert à Landry Bonnefoi, de Jerry Prempeh à Milan Bisevac, en passant par Aniss El Hriti, Greg Adler, Nicolas Perez, Mickaël Garos, Omar Er Rafik…

Tout le monde voulait se battre pour lui. Tous les coaches n’ont pas ça

Ont-ils tous eu le même ressenti au contact de Toppmöller? Que Couturier décrit pourtant encore comme un «Allemand typique», c’est-à-dire «grand, costaud, avec du charisme». «En tout cas, assure le Français, tout le monde voulait se battre pour lui rien qu’à cause de sa façon d’être. Même ceux qui ne jouaient pas, ils étaient contents! Il créait une osmose et tous les coaches n’ont pas ça, loin de là.»

Le RC Lens n’a en effet pas recruté qu’un technicien doté de compétences techniques peaufinées à Leipzig et au Bayern sous les ordres de Julian Nagelsmann, puis seul face à lui-même à Francfort, où il adorait s’entourer de joueurs français de standing (Nkounkou, Kolo Muani, Ekitiké…) après avoir encadré durablement les monstres du club munichois (Hernandez, Pavard, Upamecano, Tolisso, Coman…) dont il était le relais privilégié. Il s’est aussi offert un communicant qui n’a pas besoin d’interprète, donc d’un tampon entre lui et ses gars.

Les a-t-il marquées, les stars du Bayern, autant qu’il a impressionné ses anciens joueurs dudelangeois? Si Ligue 1+ est venue tourner un sujet au stade Jos-Nosbaum, dimanche dernier (ne recueillant d’ailleurs que des éloges), il en est un qui n’a pas été interviewé, mais aurait fait rougir la caméra. C’est Bryan Mélisse. «Quand il arrive, j’ai 27 ans et franchement, je ne pense pas qu’un entraîneur puisse encore m’apprendre beaucoup de choses. Mais quand on me demande, Dino, c’est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu. De loin. Il a un tour d’avance sur tout le monde. Avec lui, ma façon de voir le foot a changé.»

Je n’ai pas compris : il ne parlait pas et puis il est revenu et il parlait

«Moi, je réponds exactement la même chose aux gens qui me demandent qui a été le meilleur coach de ma carrière, rigole Couturier. Pourtant, personne ne le connaît en France! Alors, j’espère vraiment que ça va changer avec Lens!»

Et si Mélisse, lui, en est persuadé, c’est justement… à cause de la langue. «Qu’il parle français, ça change tout! Je n’ai pas compris d’ailleurs : je l’ai connu joueur du F91 et il ne parlait pas. Et puis il est revenu comme coach et il parlait. Incroyable. Moi qui ai joué en Allemagne (NDLR : à Elversberg, entre 2013 et 2014), je sais que quand tu veux poser des questions, demander des explications, c’est trop compliqué de ne pas se comprendre. Lui, Dino, tu n’avais jamais peur d’aller le voir. Il nous montrait des vidéos sur son « ordi », et on comprenait tout! Il était fan de Klopp et Guardiola et s’il avait parlé une autre langue, ç’aurait été impossible d’assimiler.»

Mélisse, qui vient de passer l’UEFA B, avait sollicité son ancien coach pour aller suivre une séance à Francfort. Toppmöller lui avait dit oui et cela n’a jamais pu se faire. L’ailier, aujourd’hui reconverti coach des jeunes de l’APM Metz, rêve désormais d’aller le voir dans le nord de la France, puisqu’il continue d’échanger régulièrement des messages avec lui dans la langue de Molière.

Et il n’est pas exclu qu’une navette décolle très prochainement du Grand-Duché, car Couturier aussi, aimerait y aller en compagnie de Jerry Prempeh : «Savoir que nous, on a été une des premières pierres de son parcours, c’est une fierté. Maintenant, j’aimerais voir comment il mène ses séances en français avec des pros!».

Il est le 8e Allemand seulement sur un banc de L1

Un Allemand en première division française, c’est une rareté. Et pas toujours une réussite. Qui se souvient que Franz Beckenbauer, le Kaizer en personne, n’a tenu que quatorze rencontres à la tête de l’Olympique de Marseille, en 1990. L’OM qui a d’ailleurs aussi été dirigé par un certain Kurt Linder entre 1972 et 1973. Pas une réussite non plus.

L’autre club à avoir tenté deux fois l’expérience est, bien évidemment, Strasbourg. Avec Jürgen Sundermann entre 1983 et 1985, mais surtout avec Paul Frantz, Allemand le plus capé sur un banc : 198 matches sur trois périodes allant de 1964 à 1976.

Mais il est un de ses compatriotes bien plus connu dans l’Hexagone puisque c’est aussi celui qui a eu le plus de succès – et s’est aussi naturalisé français alors qu’il était encore joueur, dans les années 70 – : Gernot Rohr. Avec Bordeaux, il va remporter le titre de champion de D2 en 1992 et amener la génération des Zidane, Dugarry et Lizarazu en finale de la Coupe UEFA en 1996, perdue contre… le Bayern Munich.

Reste à évoquer une sorte de local de l’étape, le pionnier Max Schirschin, qui officia à Rouen entre 1960 et 1964 mais également au FC Metz en 1967/1968. Avec, pour finir Thomas Tuchel, qui a glané quelques titres au PSG. Où se situera, dans cette hiérarchie, le huitième d’entre eux, Dino Toppmöller?

Mais avant, la Supercoupe de l’UEFA et… Madjo

Dino Toppmöller et son RC Lens passeront après. C’est que ce mercredi, le PSG de Luis Enrique a déjà un engagement à la hauteur de son gabarit : il va affronter Aston Villa et Brian Madjo en finale de la Supercoupe de l’UEFA. Un match qui sera aussi l’occasion de retrouver l’un des pestiférés du dernier Mondial, l’arbitre somalien Omar Artan, qui ne s’est pas fait refouler par la douane à son arrivée à Salzbourg, où il doit tenir le sifflet à l’invitation de Ceferin et des dirigeants de l’instance européenne.

C’est un premier grand rendez-vous sous les caméras du monde entier pour Madjo, privé de la dernière saison avec son club, devenu vainqueur de l’Europa League sans lui, le temps que soit levée son interdiction de jouer en vertu des règlements sur les adolescents et les transferts internationaux.

Madjo a impressionné l’Angleterre en préparation, inscrivant notamment quatre buts lors des amicaux des Villans, laissant envisager que les 12 millions d’euros concédés au FC Metz pour son avant-centre anglo-camerouno-luxembourgeois, n’avaient pas été investis en pure perte. C’est à lui que reviendra l’insigne honneur de tester la défense que conduira encore une fois le Brésilien Marquinhos. Toppmöller arrivera seulement après. Et pourra mesurer le niveau requis pour exister en Ligue des champions cette année.

Powered by Labrador CMS