[Football]
Rout Léiwen : en version «espagnole» pour longtemps?
[NATIONS LEAGUE] La liste pour les quatre prochains matches ne comprend pas de surprise folle. Mais elle entérine l’absence durable de vrai n° 9 et l’arrivée encore plus massive de petits gabarits créatifs.
On se souvient de cette période où Luc Holtz avait appelé Brian Madjo pour la première fois. L’ancien sélectionneur avait alors empilé quelques noms de plus dans la colonne «grands gabarits capables de jouer comme « target player »». Des noms qu’on n’attendait pas forcément et surtout pas aussi nombreux, mais qui disaient que l’équipe nationale avait décidé de rejouer avec ce genre de profils, de penser durablement l’équipe comme ça et donc d’avoir des alternatives, fussent-elles moins crédibles qu’un Madjo.
Vendredi matin, à Mondercange, on a senti, un peu de la même façon, que Jeff Strasser se devait de faire un état des lieux en creux, sans même avoir à en parler. Gerson Rodrigues : à l’écart. Dany Mota : une arlésienne. Brian Madjo : anglais, désormais. Adulai Djabi Embalo : blessé. Arnold Qevani : toujours en développement. Edvin Muratovic : sans club. Et on vous fait grâce des fantaisies nées dans le cerveau de certains suiveurs, concernant des buteurs trop jeunes, ou trop neufs, ou trop inconstants, ou trop vieux évoluant… en BGL Ligue.
Avec Sinani fatalement en pointe?
De tous ceux qui ont pu; peuvent; pourraient; pourront prétendre être appelés, il ne reste finalement que Jayson Videira, qui joue pour l’instant peu avec la réserve de Mayence, en Regionalliga. En un mot comme en cent : il n’y a pour ainsi dire presque plus de numéro 9 au Grand-Duché, à l’heure actuelle.
Les solutions existent. Faire comme en Albanie, en juin (victoire 0-1) ou comme le Barça depuis la reprise : jouer sans véritable avant-centre. Mais en multipliant les manieurs de ballon au format poche. À Tirana, lors du dernier match de la saison 2025/2026, Jeff Strasser avait aligné d’entrée Vincent Thill, Aiman Dardari et Danel Sinani, ce dernier ayant pris l’axe.
Au moins 66 % de ces offensifs vont très vite balle au pied et 100 % sont très adroits techniquement, même pour le niveau international.
On avait aussi compris, lors de cet amical, qu’Hamza Kadamani, dans un style «je sais attaquer la profondeur d’à peu près n’importe où», aurait désormais son rond de serviette à chaque rassemblement. Mais en l’absence de n° 9, Strasser en a remis une couche dans les petits gabarits pas fâchés avec leurs pieds, conviant Timothé Rupil, plus revu depuis novembre 2023, ainsi qu’Omar Natami pour sa grande première.
Au milieu, ça ne monte pas non plus très haut dans les centimètres et si l’on part du principe que Tomas Moreira a des chances d’être aligné avec «Leo» Barreiro, on se retrouve face à l’évidence que pour contrer ce manque unique d’un avant-centre mais aussi l’absence de Christopher Martins, le sélectionneur pourrait donc jouer à fond la carte de la possession.
«Il faut des automatismes et des déplacements»
Et cela, c’est tout un concept programmatif, admet notre chroniqueur, Sébastien Grandjean : «Je pense que Jeff Strasser est obligé, il n’a pas le choix. Et maintenant, il va falloir trouver le juste équilibre. Parce que pour proposer un football de possession, très technique, il faut de l’envie mais aussi et surtout des automatismes, des déplacements… Le plus dur dans le foot, c’est de construire alors que c’est beaucoup plus simple de détruire. Auront-ils le temps de travailler suffisamment?».
Auront-ils le temps, aussi, de trouver sur qui s’appuyer pour concrétiser cette possession? Il y a bien Vincent Thill, qui fait un peu de stats du côté de Mannheim. Et aussi Leandro Barreiro, déjà buteur et passeur avec Benfica et que Jeff Strasser compte confirmer dans ce rôle «ni numéro 10, ni numéro 6, mais plutôt 8» qui plaît au joueur parce qu’il lui permet de se projeter.
Avec eux, il va falloir mettre le feu au terrain, en ayant le ballon pour contrecarrer le combat athlétique que les adversaires chercheront à imposer aux Rout Léiwen, mais aussi en mettant des ballons au fond. Le challenge s’annonce épique.