[Athlétisme]

Querinjean : «J’y ai toujours cru!»

APRÈS LES CHAMPIONNATS D’EUROPE À BIRMINGHAMAu lendemain de son exploit,Ruben Querinjean a pris le temps, avec un peu de recul, de revenir sur une soirée historique où il s’est paré d’argent sur le 3 000 m steeple.

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Ruben Querinjean a apprécié 'une course presque parfaite'.
Ruben Querinjean a apprécié "une course presque parfaite".

Vous avez bien dormi?

Ruben Querinjean : Je n’ai pas beaucoup dormi. Direct après la compétition, je suis parti au centre-ville avec la famille et les amis. On a mangé un bout, bu un coup. Et il était très vite très tard. Les Français avaient loué un bar pour faire la fête jusqu’à 3 h du matin. Vu que c’est là qu’on a mangé, on a changé d’ambiance et on est restés jusqu’à 3 h. On a bien profité et ensuite je suis allé au lit. Mais je n’ai pas vraiment pu dormir. Je n’ai pas passé une terrible nuit. On va dire que c’est le revers de la médaille.

Vous avez décroché l’argent alors que vous arriviez à Birmingham sans avoir de certitudes, avec pas mal de pépins physiques. À quel moment avez-vous vu, ou su, que vous pouviez malgré tout faire quelque chose?

J’y ai toujours cru, sinon ça ne servait à rien de se présenter. Dans les séries, j’ai vu les choses venir, j’ai approché ça avec lucidité. J’avais de bonnes jambes, j’ai senti que les derniers entraînements avaient servi. J’ai pu aborder la finale avec plus de confiance. Heureusement, les dernières semaines se sont bien passées. Car sinon, pendant toute la saison, on a vraiment dû sauver les meubles. Faire comme on pouvait. Par exemple, après Monaco, je tombe malade (NDLR : une grosse bronchite) mais quand ça va mieux et que je dois faire une séance rapide, c’est le seul jour où il se met à dracher. Il y avait des grêlons sur la piste. On a dû écourter la séance. Et c’était comme cela tout le temps. Chaque semaine, il y avait des petits trucs, si bien qu’avec mon coach (NDLR : Thomas Vandormael), on se demandait juste quand on pourrait enfin avoir une semaine normale… Après ma bronchite, j’ai commencé à avoir des problèmes d’asthme. On était à trois ou quatre semaines des Europe et je devais m’arrêter en côte en footing. Heureusement, le retour en basse altitude a aidé. J’ai senti que je récupérais mes capacités. Deux semaines avant, on a pu faire une bonne séance. On espérait que ça puisse passer. Et dès les séries, j’ai compris qu’on avait réussi à mettre les choses en place.

En finale, on a vraiment eu l’impression que vous maitrisiez. Vous avez fait, en quelque sorte, une course de patron!

C’était plus ou moins la course parfaite. J’ai décidé de me mettre plus à l’extérieur, quitte à faire plus de chemin car je sentais que ça poussait plus à l’intérieur, on jouait au chat et à la souris : on dépasse, on se refait dépasser. Je n’avais pas envie de perdre de l’énergie à ce jeu-là. Je préférais me mettre sur le côté, quitte à faire des mètres supplémentaires. En cross, on fait beaucoup ça pour être bien placé. Donc j’ai pu sauver mon énergie comme cela et j’étais directement dans le coup. J’étais très content, très lucide. Et lors des séries et de la finale, ça m’a permis de planifier. Je savais que Ruppert (NDLR : l’Allemand, futur vainqueur) allait partir soit à 1200 m soit à 800 m de l’arrivée. Les deux fois, je me prépare à être dans le coup. Je vois qu’à 800 m, ça se prépare, ça s’étire juste derrière. Je l’ai senti arriver, je l’ai vu et j’ai agi comme je le souhaitais.

Je n’ai pas bien dormi. On va dire que c’est le revers de la médaille

Et ça vous a permis de totalement revenir dans le match. Et de dépasser l’Espagnol Arce dans le dernier tour?

On le connaît. Il a un bon finish, mais le même qu’on soit rapide ou lent. Il n’est pas le plus tranchant comme peut l’être un Bebendorf. Je savais qu’à cette allure, ça devait aller. Surtout avec les jambes que j’avais. Je le double aux 300 m, derrière Bebendorf revient mais il ne nous dépassera plus.

Qu’est-ce qui se passe dans votre tête dans la dernière ligne droite?

Ruppert avait placé une attaque plus tranchante et moi plus progressive. Je doutais de mes jambes sur le dernier 100 m. J’aurais peut-être pu prendre plus de risques, mais à quel prix? Sur la dernière haie, j’ai remarqué à l’entraînement que j’avais tendance à ralentir pour être sûr de pouvoir bien la passer et être rapide sur le plat juste après. Seulement Ruppert est encore meilleur que moi dans ce domaine, il peut la passer avec plus d’allure. J’étais fatigué. J’étais mort. Maintenant je sais que c’est ma limite actuelle. Est-ce que j’aurais dû prendre le risque de me taper le genou à 80 m de l’arrivée… J’ai vu qu’il passait de moins en moins bien les haies. J’espérais qu’il perde un peu plus de temps et que ça fasse comme au Van Damme (NDLR : l’an passé, à Bruxelles, il avait remporté sur le fil la course, avec record du Luxembourg et de Belgique à la clef), que je puisse en profiter. Mais il me remet deux mètres après et il est trop tard. On dira ce qu’on veut mais un gabarit comme le mien, 1,93 m, ça met du temps à se mettre en route.

Est-ce que la difficulté du chemin donne à cette médaille encore plus de saveur?

C’est sûr que le chemin a été un peu plus compliqué. Même si, au final, ça n’a pas trop changé le résultat. On a su gérer les situations délicates. Maintenant c’est le sport de haut niveau. En 2025, j’ai eu une saison exceptionnelle, sans aucun pépin de santé et je sais qu’il y en aura très peu. Du coup, cette saison 2026 prouve que même dans la difficulté, si on prend les problèmes comme il faut et qu’on les gère bien, il y a moyen de faire quelque chose de bon. Avec du travail et de la constance. Tant que ce ne sont pas des blessures qui durent un ou deux ans, on peut gérer. Là j’étais bloqué pendant deux mois mais j’ai quand même pu courir, même si je ne pouvais pas mettre l’intensité nécessaire. Mais on a compensé en faisant notamment de l’aquajogging. Il faut être créatif et ça a fonctionné.

La médaille tout de suite? Une vraie belle sensation!

Sur ces championnats, on a la bonne idée de vous remettre tout de suite une médaille. Vous avez apprécié?

C’est une vraie belle sensation. On vous la remet tout de suite. Je suis allé voir les amis, la famille, j’ai fait un 100 m d’honneur à défaut d’un tour d’honneur, ensuite on te reprend la médaille. Et directement après, vous répondez aux sollicitations médiatiques et ensuite c’est direction une voiturette de golf pour te conduire à l’endroit de la cérémonie pour le podium.

Est-ce que c’était votre plus belle course en carrière?

C’était celle où j’avais le plus de lucidité et les meilleures sensations. Une course avec beaucoup d’émotions, mais rien ne vaut la surprise de Dublin (NDLR : en 2021, quand il monte sur le podium des championnats d’Europe espoirs) et de Bruxelles. Même si cette course de Birmingham représente plus dans la tête, elle est différente de ces deux événements.

Ce résultat change-t-il les perspectives pour l’avenir? Et notamment pour LA?

Ça ne change pas les perspectives, mais ça confirme qu’on a eu raison d’y croire!

Rendez-vous dès dimanche

Ruben Querinjean n’en a pas encore terminé avec sa saison. Dimanche, il sera en effet à Chorzow, en Pologne, pour tenter de prendre de gros points qui lui ouvriraient les portes de la finale de la Diamond League, à Bruxelles. Il pourrait même prolonger un peu le plaisir en s’alignant sur les championnats du monde de mile sur route, mi-septembre à Copenhague. Ensuite, il pourra enfin profiter de vacances bien méritées!

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