[C’était mieux avant]
Pascal Schuster : «J’ai beaucoup appris lors des championnats du monde C à Helsinki»
L’ancien international, qui a évolué près de 20 ans en division nationale, avant de se lancer dans une carrière de coach, nous dévoile ses souvenirs les plus marquants.
La meilleure équipe face à laquelle vous ayez joué?
Pascal Schuster : Le THW Kiel en Coupe d’Europe et les Espagnols de Santander. À Kiel, on avait fait une bonne première mi-temps, mais on avait perdu 26-15. Malgré tout, c’était super parce que nous avons joué devant 6 000 personnes. Et à cette époque, dans l’équipe de Santander il y avait Talant Dujshebaev, qui est aujourd’hui le sélectionneur de l’équipe de France. À Kiel, il y avait aussi de nombreuses stars et un entraîneur très renommé, Zvonimir Serdarušić.
Un joueur adverse qui vous a impressionné?
Disons que Talant Dujshebaev faisait des choses que l’on n’avait pas trop l’habitude de voir avant : sa technique de tir, ses feintes et sa vision du jeu – parce que c’était un demi-centre. Tout cela était déjà un peu révolutionnaire à cette période. Il a vraiment marqué son époque.
Et un coéquipier?
Il y en a eu beaucoup, mais si je dois donner des noms de joueurs avec lesquels j’ai beaucoup appris parce qu’ils étaient expérimentés, je peux citer Iouri Gavrilov, médaillé d’or avec l’Équipe unifiée aux Jeux de Barcelone, avec qui j’ai joué à Dudelange. Ou encore Udo Rothe, un emblème de l’équipe de l’Allemagne de l’Est, qui a évolué à Magdebourg avant de rejoindre Esch. D’ailleurs, on avait été invité en 1986 par Magdebourg, actuellement entraîné par Bennet Wiegert, le fils d’Ingolf, contre qui on avait joué, pour un stage de cinq jours. À l’époque il y avait encore le Mur de Berlin et pour le jeune homme de 17 ans que j’étais, c’était humainement marquant.
Et au niveau des Luxembourgeois, je ne préfère pas dire de noms par peur d’oublier quelqu’un. Mais toutes les équipes étaient composées de bons joueurs.
Votre plus belle victoire?
Toutes les victoires sont belles! Mais comme entraîneur, je garde en tête la victoire en Youth Cup avec Dudelange. C’était la première fois que les jeunes Dudelangeois remportaient la compétition. C’était une grande fierté pour Tom Hengen, mon binôme, et moi.
Et votre match le plus fou?
Il y en a eu beaucoup, que ce soit en club ou avec l’équipe nationale. Par exemple avec Dudelange, on a joué à Belgrade dans une chaude ambiance. Et nous, on n’avait pas l’habitude. Mais après des matches comme ceux-là, nos adversaires étaient toujours respectueux et ce sont de superbes expériences à vivre. J’ai joué dans beaucoup de pays avec mes équipes, en Israël, en Pologne, en Ukraine ou encore en Hongrie.
Avec l’équipe nationale, l’un des matches dont je me souviens c’était contre la Russie à Differdange, mais aussi celui en Turquie où il y avait une sacrée ambiance. Et puis, comment ne pas évoquer les championnats du monde C à Helsinki, en Finlande. J’avais 19 ans et l’entraîneur de l’époque avait pris deux juniors. Avec Claude Schmitz, on a eu la chance de pouvoir jouer avec des anciennes vedettes et on a beaucoup appris à leur contact. Malheureusement, je suis entré en jeu lors du deuxième match face à la Bulgarie et je me suis cassé le pied.
Je peux également raconter un moment vécu à Skopje contre la Macédoine du Nord où l’on a joué avec l’équipe nationale devant 4 000 personnes. Pendant l’échauffement je me suis dirigé vers le banc. Les spectateurs se trouvaient à un mètre derrière et puis j’ai reçu quelque chose sur la tête, je me suis demandé ce que c’était.
En fait, des supporters m’ont lancé des cacahuètes. Ils fumaient aussi en tribunes. Je me souviens être allé à la rencontre de l’officiel à la table, un Suisse, pour lui demander s’il ne pouvait pas intervenir. C’est alors qu’il me regarde et me répond : «Vous savez Monsieur, moi je serai content de sortir sain et sauf du hall.» Mais sinon, le match s’était très bien passé.
Votre plus grand exploit?
J’en reviens à la victoire en Youth Cup avec Dudelange en 2007. Comme entraîneur, cela a été une étape importante puisque j’ai beaucoup appris. C’était le début de mon apprentissage et par la suite j’ai continué à passer mes diplômes. C’était une belle source de motivation.
Et comme joueur, vous savez j’ai fait 17 saisons sans interruption en division nationale et avec tous les matches, il y en a trop pour me souvenir d’un en particulier. À bientôt 57 ans, ça fait loin. Mais si vous m’aviez demandé il y a quelques années, j’aurai pu vous donner une réponse (il rit). Ce que je peux dire, c’est que je suis content d’avoir exercé ce sport.
Et pas seulement dans les moments de joie naturellement, mais dans la déception aussi. Il faut vivre avec les deux et surtout apprendre des déceptions. Il faut parfois tomber pour ensuite savoir se relever et progresser. Et dans ma vie sportive, je l’ai appris.
Les copains de l’équipe m’avaient offert des chaussures à scratch
Votre plus grosse fête en équipe?
Je m’en rappelle d’une lorsque l’on a fait le doublé avec la Fraternelle Esch. Avec le gardien, Mario Fratini, nous sommes restés jusqu’au lendemain matin. Et puis, on s’est retrouvés à une terrasse en fin de matinée. Mais à l’époque on n’avait pas encore de GSM et nos copines voulaient téléphoner à la police pour savoir où l’on était. Finalement, elles ont appris que l’on se trouvait au Pitcher à Esch. Alors elles nous ont rejoints et on a dit : «Bah, on a gagné la Coupe» (il rit). Ensuite, nous sommes allés manger et tout était réglé.
Votre pire blessure?
À 28 ou 29 ans, je me suis blessé à l’épaule au niveau du deltoïde. Je partais en contre-attaque et un adversaire m’a attrapé par derrière. C’est devenu handicapant, j’ai longtemps eu des problèmes, surtout que dans notre sport, l’épaule on en a besoin. Je ne pouvais presque plus lever le bras pendant deux mois. Après cela, je n’étais plus à 100 % de mes capacités. J’ai quand même continué à jouer mais je devais aller plus souvent chez le kiné et j’avais des douleurs assez régulièrement. Aujourd’hui encore, si je fais un geste brusque, je le ressens.
Vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé d’arrêter?
Je suis franc avec moi-même, j’ai commis une erreur. Ma tête voulait continuer, mais mon corps m’envoyait des signaux me disant d’arrêter. J’allais sur mes 34 ans et lors de ma dernière saison aux Red Boys, je me suis gravement blessé. On jouait au football à l’échauffement d’une séance d’entraînement et j’ai été prévenu par l’un de mes coéquipiers que j’avais les lacets défaits. Je me penche pour les faire et en me relevant, je ressens une grosse douleur dans le genou, je tombe et je hurle.
Mes équipiers pensaient que je faisais une blague, mais j’avais le ménisque sorti. Je me suis rendu à l’hôpital et le lendemain, je subissais une opération. Après ça, c’était fini. Le médecin m’a dit que j’avais eu de la chance parce que si c’était arrivé en pleine course, cela aurait été encore pire. Je n’aurais pas dû commencer la saison car je sentais que mon genou n’était plus comme avant. J’aimerais faire passer le message suivant : écoutez votre corps. Et pour finir sur une blague, les copains de l’équipe m’avaient offert des chaussures à scratch (il rit).