[Football]

Maintenant Rupil a sa patte de lapin

[À L’ÉTRANGER] Timothé Rupil, disparu depuis près de deux ans de la sélection nationale, peut-il y revenir maintenant qu’il performe en D2 suédoise, où il a atterri de façon abracadabrantesque?

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Il prend du temps de jeu.
Il prend du temps de jeu.

Quand, bien avant un entraîneur étranger, c’est un supporter néerlandais qui se pique d’intérêt pour un joueur luxembourgeois, cela se termine souvent bien.

Rappelez-vous : on est en juillet 2012 et Aurélien Joachim marche sur l’Europe. Après deux doublés contre Tre Penne, il inscrit un but sublime après l’autre lors de chacune des confrontations contre le Red Bull Salzbourg, prestigieux club autrichien laissé pour mort au 2e tour qualificatif de Ligue des champions.

C’est là qu’un amoureux batave de ballon rond tombe sur les images et se demande bien pourquoi l’avant-centre de la sélection nationale luxembourgeoise, avec un tel talent, est encore coincé en BGL Ligue. Il envoie des vidéos à des clubs de chez lui et, quelques jours plus tard seulement, Willem II offre un contrat à «Auré», lançant sa carrière professionnelle.

Une fête avec le FCD03 a tout changé

Timothé Rupil, presque quinze ans plus tard, n’aura pas la même histoire dingue à raconter, mais la sienne ne sera pas si différente finalement. Car c’est le 25 juillet 2013 que le football luxembourgeois est entré dans la vie de Danny Konijn (NDLR : littéralement, son nom veut dire lapin). Supporter d’Amsterdam, 21 ans, il se déplace avec sa copine jusqu’au stade d’Utrecht pour assister à l’un des plus gros exploits du club en Coupe d’Europe (3-3 et qualification folle). Le soir même, il s’invite à l’hôtel de l’équipe et fait littéralement la fête avec Michel Leflochmoan et ses gars. Le Grand-Duché ne ressortira plus de son cœur. Il vient même y voir quelques matches à l’occasion. Et en 2025, devenu jeune agent de joueur, Danny commence à sonder le terrain pour faire un coup avec un Roude Léiw.

C’est Rupil qu’il débusque, embourbé en Regionalliga. C’est la Suède qu’il lui trouve. L’ancien Bascharageois signe le 11 février 2026. Il y a alors 453 jours qu’on ne l’a plus revu sur un terrain avec la sélection nationale. Huit mois plus tard, on ne sait pas s’il est temps pour lui de retrouver les Rout Léiwen, mais pour le sourire, au moins, c’est fait.

Son aventure à Helsingborg, en D2, commence pourtant très mal. Un tacle par derrière dans le dernier amical d’avant-saison, un os cassé, trois mois d’indisponibilité et des visites à l’hôpital qui lui apprennent trois choses : tous les médecins de Scandinavie ne parlent pas anglais ; il a moyen de s’améliorer en pratiquant le suédois sur Duolingo ; l’encadrement d’une équipe pro n’a rien à voir avec celui d’une réserve d’équipe pro, lui qui a fréquenté Mayence II et Schalke II. «On s’y occupe plus et mieux de toi.» Rassurante expérience. Valorisante aussi.

L’Anglais lui dit de ne pas montrer ses émotions

Rupil, qui vit à cinq minutes à pied de la mer, a repris les séances le 20 juin. Un mois plus tard, contre Falkenbergs, alors leader, il fête sa toute première titularisation et marque au bout d’un sublime mouvement collectif, pour un succès 2-3. Une petite révélation que son statut n’est plus le même : «Ça aussi, ça change! Je n’avais jamais marqué devant 8 000 personnes. Il y a peu de monde en Regionalliga. J’ai eu l’impression d’être un peu plus un pro qu’avant». Dans la rue, il signe quelques rares autographes, accepte quelques selfies. La vie commence à changer.

Mais c’est son coach anglais, Stevie Grieve, l’homme qui a poussé pour l’avoir quand Danny Konijn est venu proposer le profil de Rupil, qui a eu la part la plus importante dans la mue du petit gabarit, utilisé en 10 ou offensif légèrement écarté dans une attaque à trois.

«Si je suis plus mature dans mon jeu et dans mon comportement, analyse Rupil, c’est parce qu’il m’a dit de changer mon langage corporel. Avant, quand je ratais une passe ou que j’étais oublié par un coéquipier, je m’énervais. Aujourd’hui… ça m’énerve toujours (il rit), mais je me contrôle et je me replace. Le coach m’a dit que montrer ses émotions avait un impact sur l’adversaire, qu’il le voyait. Il ne faut jamais montrer sa frustration. On me l’avait déjà dit avant, mais je ne devais pas être prêt à l’entendre.»

Voilà comment il vient d’enchaîner neuf apparitions consécutives en Superettan, dont quatre titularisations. Et comment il vient d’inscrire un doublé en Coupe (3-6) lors du 2e tour de qualification.

Suffisant pour attirer l’attention de Jeff Strasser, qui va bientôt donner sa liste? Manou Cardoni a en tout cas appelé il y a peu, pour prendre des nouvelles. Donc Rupil, relancé par sa patte de lapin néerlandaise, se remet à y croire. «J’attends ça depuis longtemps. J’aimerais beaucoup, beaucoup revenir.»

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