[Football]
Luis Enrique, l’équilibriste du banc de touche
[LIGUE DES CHAMPIONS] Fin meneur d’hommes, l’entraîneur du PSG jongle avec habileté entre protéger ses joueurs ou les mettre sous pression.
«Les journalistes, vous êtes toujours extrêmes, et je cherche à équilibrer tout le temps ce qui se dit autour de mes joueurs, de mon équipe» qui va affronter ce mercredi Manchester City, a lancé vendredi Luis Enrique. «Entre proximité avec les joueurs et décisions fortes, c’est un métier compliqué d’être pris entre le marteau et l’enclume», explique Pier Gauthier, préparateur mental de plusieurs sportifs de haut niveau. À l’automne 2024, la mise à l’écart avant un déplacement à Arsenal d’Ousmane Dembélé pour raison disciplinaire a marqué un tournant dans la gestion du technicien espagnol, pour qui aucune tête ne doit dépasser d’un effectif où les statuts comptent peu. Car le club est «au-dessus de tout», répète-t-on régulièrement en interne.
Il n’a pas toujours recueilli l’adhésionDepuis, la gestion de Luis Enrique, arrivé il y a trois ans à Paris, est rentrée «dans la tête des joueurs. Cette non-convocation de Dembélé a semblé être un déclic pour tous tant le signal a été fort : si un joueur ne donne pas les garanties, il le mettra sur le banc. Ce déclic coïncide avec la montée en puissance du PSG les semaines qui ont suivi», assure le coach mental, qui juge l’Espagnol «exigeant mais juste».
«C’est simple, si tu ne presses pas, si tu ne défends pas, Luis Enrique va te mettre sur le banc», lâchait Dembélé en mai, indice que les joueurs ont adhéré à son fonctionnement, les titres aidant.
Un autre exemple symbolique est le cas du gardien Lucas Chevalier, arrivé il y a un an en tant que n° 1, et depuis cantonné à un rôle de remplaçant derrière Matveï Safonov. «Il ne s’embarrasse pas des n° 1, il veut le meilleur gardien. Il a dynamité ce que faisaient les autres coaches pour ce poste», estime Pier Gauthier.
«La relation dépend de chaque joueur, (…) s’il joue beaucoup de matches ou pas. Je cherche à avoir une relation qui est très proche. Je cherche à contrôler ça, à voir si le joueur désire plus ou moins de contacts», racontait en décembre l’Espagnol, accompagné en permanence de son psychologue Joaquin Valdes. «Mon obsession est d’aider au maximum les joueurs. Il y a des fois où je n’ai pas réussi», avouait-il, conscient que son style n’a pas toujours recueilli l’adhésion unanime, notamment à l’AS Rome (2011/2012) ou même avec la sélection espagnole (2018-2022).
«Les entraîneurs de son niveau ne sont pas comme la grande majorité des gens, ils ne réfléchissent pas comme les autres, ils veulent être la voix du milieu. Être dans les extrêmes dans les commentaires, ce n’est pas bon. Il doit être là où on ne l’attend pas», développe Pier Gauthier.
Selon le préparateur mental, «chaque début de saison, il explique les objectifs et les redéfinit au fur et à mesure : cela a été d’abord de remporter la Ligue des champions, puis de marquer l’histoire». Nul doute que celui d’un triplé historique en Ligue des champions est gravé dans la tête de ses joueurs.