[Natation]
Le Luxembourg a franchi un cap
APRÈS LES CHAMPIONNATS D’EUROPE À SAINT-DENISPendant une semaine, les nageurs luxembourgeois ont démontré qu’ils étaient clairement sur la bonne voie. Et qu’il faudra compter avec eux!
UN BILAN SPORTIF EXCEPTIONNEL
En l’espace d’une semaine, les nageurs luxembourgeois ont amélioré, voire pulvérisé six records nationaux et Rémi Fabiani s’est invité à deux demi-finales. Les esprits chagrins pourraient avancer que lors des derniers championnats d’Europe, à Belgrade, il y avait eu cinq demi-finales… mais il faudra simplement leur rappeler le contexte.
Il y a deux ans, les plus grandes nations continentales avaient zappé le rendez-vous pour se concentrer sur la préparation des JO-2024 à Paris. Le résultat brut est donc, factuellement, excellent. Certes, il n’y a pas – encore – de place en finale, mais au vu de la progression de certains, ce qui aurait pu sembler relever de l’utopie il y a encore quelques années est désormais plutôt un objectif.
Ce qu’on demande d’abord et avant tout à des nageurs luxembourgeois en lice dans un grand championnat, c’est d’être à la hauteur de leur meilleure performance. Voire de l’améliorer. Et sur ce plan, on peut dire que la mission est accomplie. Les huit sportifs engagés ont tous été à peu près performants au vu de leurs capacités à l’instant t.
On reviendra plus en profondeur sur l’énorme confirmation de Rémi Fabiani et, à un degré moindre, de son pote Ralph Daleiden. Mais Florian Frippiat, pour ses premiers championnats, a répondu présent avec notamment un record national sur 100 m pap. Finn Kemp a sorti quelques meilleures performances le matin et Joao Carneiro, qui se remet d’une blessure à l’adducteur contractée en mars, a montré qu’il était sur la bonne voie.
Julien Henx, moins d’un an après son terrible accident de moto, a sorti une performance très honorable sur le 50 m pap. Que dire de la jeune Emma Barthel? Alors qu’elle disputait, il y a quelques semaines, les Euros juniors, la gamine de 16 ans s’est retrouvée propulsée chez les grands : «Elle m’a impressionné. Elle fait preuve d’une très grande maturité», explique Christophe Audot, l’entraîneur national. Elle a enchaîné deux records nationaux en deux jours. Le tout, en nageant seule puisque les autres filles étaient bien plus rapides. Et bien plus âgées. Avec, en prime, un immense sourire!
Championnats plus compliqués pour Lou Jominet, pour qui les conditions d’entraînement ne sont pas évidentes : «Je suis tout le temps toute seule. Ce n’est pas facile», souligne la jeune fille, qui a, en plus, dû écourter le stage final en Égypte pour aller passer des examens. Cette première chez les grands a été compliquée. Mais nul doute qu’elle reviendra plus forte!
FABIANI À LA TABLE DES GRANDS
Comment ne pas revenir sur cette semaine sans évoquer Rémi Fabiani? Le nageur, triple champion NCAA avec ASU, arrivait à Paris avec un nouveau statut. Malgré très peu de compétitions en grand bassin, il se montrait plutôt confiant : «Je me sens très bien. Je veux nager le samedi soir sur le 50 m nage libre, voire le dimanche.»
Ça a débuté piano avec un 50 m pap, le premier jour, où il a surnagé. Le mardi, il pique le record national du 100 m nage libre à son pote Ralph Daleiden (48″44 contre 48″60) et se hisse en demi-finale où il signe son deuxième meilleur chrono en carrière (48″66). Le jeudi, il récidive en explosant le record du 50 m dos (24″73 contre 25″29) pour une nouvelle demi-finale, où il repassera sous les 25″ (24″96). Dans la foulée, il est dans le relais qui pulvérise le record national.
Le Luxembourgeois espérait conclure en apothéose. Malheureusement, une arrivée un peu ratée et une concurrence féroce l’ont privé d’une troisième demi-finale. Il se «contente» de 22″15, déjà un très bon temps mais insuffisant pour faire partie des 16 meilleurs.
Une fin de compétition un peu en queue de poisson. Mais qui ne doit rien enlever à tout ce qu’il a fait pendant une semaine. C’est simple, Rémi Fabiani a goûté au très haut niveau. Et quelque chose nous dit que ce n’est pas la dernière fois!
UN GROUPE QUI VIT BIEN
Les performances sont d’abord le résultat des efforts des nageurs. Mais pas seulement. On a déjà évoqué le fait que le groupe a pu bénéficier du soutien et de la présence de trois coaches, puisque outre l’entraîneur national Christophe Audot, Jabrane Touili, des Sharks, et Cyril Menzin, de l’Entente Minnett, étaient également présents. Pour être performant, avoir une équipe où tout le monde s’entend bien aide forcément : «On est une vraie famille», résume Christophe Audot.
La meilleure illustration fut le relais 4×100 m nage libre. Ralph Daleiden, Rémi Fabiani, Finn Kemp et Florian Frippiat se sont donnés à fond pour offrir au technicien ce dont il rêvait : «Un relais en moins de 3’20 ».» Avant cette course, le record national était en effet de 3’20″07.
Mais après l’épreuve du jeudi, le Luxembourg est entré dans une nouvelle dimension, avec un nouveau record placé à… 3’17″32! Il fallait voir les sourires de tout le monde à l’issue de cet exploit. On vous le dit, le groupe vit bien!
DE BELLES PERSPECTIVES D’AVENIR
Pour les JO de Paris, ni Ralph Daleiden, ni Rémi Fabiani n’avaient réussi à valider leur billet directement. Il avait fallu passer par une place d’universalité, revenue, pour quelques points, à Ralph Daleiden. Quatre ans après, bref, dans deux ans, on peut raisonnablement rêver de voir au moins deux Luxembourgeois décrocher leur billet pour la prochaine échéance olympique : «Il se passe quelque chose quand ils se mettent à l’eau. Les autres coaches regardent. Avoir deux mecs en 48″, ça veut dire quelque chose», expliquait Christophe Audot au cours de la semaine.
Et au vu de leur progression, de leur talent et de leur potentiel, on ne doute pas que l’un ou l’autre, voire même les deux, qui vont d’ailleurs s’entraîner ensemble, va (vont) au moins réaliser les minimas B pour la Californie. En effet, la marque sur le 100 m nage libre est fixée à 48″34, soit un dixième de moins que le record national, alors que celle du 50 m nage libre est de 21″91, soit exactement le record national de Rémi Fabiani.
Et même celui du 200 m nage libre (1’46″89) est à moins d’une seconde de l’actuelle marque de référence de Ralph Daleiden (1’47″74). Avec encore deux ans devant eux et sans tenir compte des progressions des autres, les perspectives s’annoncent plutôt très excitantes. Et avant même l’énorme rendez-vous de 2028, il y a rapidement les Mondiaux en petit bassin de Pékin qui arrivent. Quand on connaît l’appétence de Rémi Fabiani pour le petit bain, lui qui est habitué à nager en yards, on se dit qu’il y a encore moyen d’avoir quelques très belles performances dans trois mois. C’est tout le mal qu’on leur souhaite!