[Handball]

La méthode Kanto se met en marche

Nina Kanto, la nouvelle sélectionneuse nationale a dirigé son premier camp d’entraînement.

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Nina Kanto (2e au premier plan en partant de la gauche) avec ses joueuses et son staff (Photo : dr).
Nina Kanto (2e au premier plan en partant de la gauche) avec ses joueuses et son staff (Photo : dr).

Les joueuses de Nina Kanto auront mérité un peu de vacances. Leur nouvelle coach leur avait réservé une semaine intensive d’entraînement du 15 au 21 juin. Pour sa toute première expérience avec une sélection nationale, la jeune coach de 43 ans a voulu rester sur les mêmes bases qu’elle avait posées avec l’équipe jeune de Metz Handball, qu’elle a entraînée durant quatre années. «J’ai proposé une semaine d’entraînement thématique, avec de l’intensité, identique à ce que je proposais au centre de formation de Metz, parce que ce sont des joueuses qui ont à peu près le même âge. C’est ce qui m’a intéressé dans ce projet : il y a une forme de continuité par rapport à ce que je faisais», explique Nina Kanto.

Le rythme a été soutenu pour les Lionnes rouges. Pas de répit, même l’hydratation doit se faire en vitesse pour l’ancienne internationale française. Motivées, avec la volonté d’impressionner celle qui a signé pour deux ans à la tête de la sélection, les coéquipières de Kim Wirtz l’ont étonnée de par leur capacité à encaisser un entraînement intense.

Mieux encore, selon l’ancienne Messine, les joueuses ont apprécié cette débauche d’énergie, et la structure de l’entraînement qu’essaie de mettre en place Kanto. Exigeante et ferme, la médaillée d’argent aux mondiaux de 2011 n’est pourtant pas de celles qui se forgent une carapace devant leurs joueuses. «Ce qui était un peu stressant, c’était avant le premier entraînement. Les formules de politesse que les gens mettent : m’appeler la « sélectionneuse nationale »… Je suis quelqu’un de très simple, qui a peut-être du mal avec les statuts, moi, mon comportement ne change pas. Je reste une passionnée de handball», confie-t-elle, tout en ne cachant pas sa sympathie pour ses nouvelles protégées.

Je me laisse le choix d’ouvrir ou fermer la porte

Si cette vision des choses fonctionne avec les joueuses, c’est aussi le cas avec la fédération, et le staff, qu’elle ne manque d’ailleurs pas de remercier. La priorité, selon elle, est d’augmenter le volume d’entraînement : «Elles s’entraînent une fois par jour, quand j’étais au centre de formation de Metz Handball, c’était huit à neuf fois par semaine. On ne peut pas avoir de résultats si on ne change pas certaines choses. Donc j’ai demandé à la direction comment est-ce qu’on pourrait travailler pour augmenter ce volume-là. On est tous interdépendants, et j’ai envie de m’appuyer sur eux, ils seront mes ressources prioritaires».

L’arrivante à la tête de l’équipe nationale, forte de 214 sélections avec l’équipe de France, en connaît un rayon sur l’échelon international. Mais ce qu’elle sait par-dessus tout, c’est l’importance de la reconnaissance d’être sélectionnée : «Il faut qu’elles comprennent que c’est un privilège de porter ce maillot, et qu’on peut gagner même avec une équipe moins forte sur le papier, mais avec des filles engagées pour le projet. Je pense qu’elles ont compris que j’étais très intransigeante : si t’es présente, c’est que t’as envie. Si tu ne l’es pas, il faut qu’il y ait un vrai motif. Sinon, je me laisse le choix d’ouvrir la porte, ou la fermer». Les concernées, non citées, sont prévenues.

Pour autant, même les filles blessées ont été convoquées à ce rassemblement, afin de participer à l’ambiance de groupe, mais aussi toucher la balle à l’échauffement et aider pour le travail au poste. Une attention cohérente, pour qu’elles se sentent incluses, mais qui a surpris les concernées, selon la coach.

Nina Kanto, ici aux côtés du président de la FLH, Romain Schockmel, se montre ambitieuse.
Nina Kanto, ici aux côtés du président de la FLH, Romain Schockmel, se montre ambitieuse.

J’ai envie de m’inscrire dans le temps

L’ancienne joueuse formée à Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, se tourne vers le rassemblement qu’elle prévoit le 22 août prochain. Une demi-journée où les joueuses, et le staff, poseront les bases des objectifs, la dynamique de groupe qu’elles souhaitent mettre en place, mais surtout, et elle a été claire sur un sujet : «S’il y en a qui souhaitent arrêter, je le leur ai dit : elles sont libres. Mais celles qui s’engagent, elles s’engagent vraiment».

L’ex-pivot des Bleues s’est montrée tout aussi claire sur son envie de construire dans la durée avec l’équipe nationale luxembourgeoise. «Là, reprend-elle, on est partis sur deux ans, comme ça, ça laisse une ouverture suffisante à la fédération et à moi de voir si ça marche ou pas. J’ai envie de m’inscrire dans le temps parce que, comme pour ma carrière de joueuse, je suis quelqu’un de plutôt fidèle».

Si la première expérience de Nina Kanto avec les joueuses a dû être éprouvante, tant physiquement que psychologiquement, car elle a mis les choses au clair, une certitude existe : la jeune entraîneuse n’est pas venue pour se tourner les pouces et entend faire progresser le groupe, quitte à perdre les plus démotivées.

Un joli palmarès

Si la carrière d’entraîneuse de Kanto reste jeune et pleine d’avenir, sa carrière de joueuse est remplie de réussites, surtout en club. Née à Yaoundé au Cameroun, c’est en France qu’elle est formée, à Noisy-le-Grand. Elle y signe professionnelle en 2001, avant de partir pour la Moselle, à Metz.

Celle que l’on surnomme Simba y fera toute sa carrière, comme la pivot emblématique du club, jusqu’en 2016. La Franco-Camerounaise a fait de sa bonne humeur éternelle et de son mental d’acier ses deux plus grandes forces. Cela lui a notamment permis de remporter une coupe EHF (2013), 11 championnats de France, 8 Coupes de la Ligue, et deux Coupes de France, en 15 ans au club.

Hélas, côté sélection, Kanto passe à côté de tous les grands succès français. Non sélectionnée pour le Mondial-2003, triomphal pour les Bleues, et déjà en retraite lors du doublé Coupe du Monde (2017) / Euro (2018) de son pays, la nouvelle coach des Lionnes n’a qu’une médaille d’argent au Mondial-2011 à son actif comme fait d’armes en équipe nationale. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir joué, et d’avoir marqué : 214 sélections pour 401 buts inscrits avec le maillot tricolore.

L. M.

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