[Football]

FLF : à 80 000 euros par joueur, la charte sera-t-elle dissuasive?

Le président Philipp a annoncé, lors de l’AG de samedi, que le CFN était enfin prêt à répondre aux désertions de certains de ses meilleurs joueurs. Désormais, ils devront signer une charte. De quelle portée?

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Un package pour finir par jouer, effectivement, pour le Luxembourg.
Un package pour finir par jouer, effectivement, pour le Luxembourg.

La fuite des cerveaux a commencé il y a bien longtemps et même si c’est par défaut, elle a déjà fait très mal aux Rout Léiwen, au XXIe siècle. Miralem Pjanic (Bosnie), Ryan Johansson (Irlande) ou plus récemment Gil Neves et Dany Freire (Portugal), Fabio Domingos (Cap-Vert) ou Brian Madjo (Angleterre) auraient pu – ou dû – jouer pour le Luxembourg. Ils en ont choisi autrement. Et chaque fois, les mêmes rengaines resurgissent. Dont la plus évidente : comment s’en protéger? Est-ce seulement possible?

À la dernière désertion en date, celle de Brian Madjo, Manou Cardoni, le directeur technique national, avait consenti qu’il faudrait peut-être, effectivement, chercher une solution concrète. Tout en renvoyant vers les «techniciens» fédéraux, capables d’envisager la problématique sous un angle législatif.

C’est plus un constat qu’une charte

L’avantage, c’est que le choix de Madjo de représenter les Three Lions a coïncidé avec un ras-le-bol dans pas mal d’autres pays, eux-mêmes pillés par des fédérations satellites. La Belgique et l’Allemagne ont commencé à s’emparer très sérieusement du sujet et, dans la foulée, la FLF s’est sentie pousser les ailes nécessaires pour bosser dans son coin, légitimée par un mouvement de fond.

Jusqu’à cette annonce de Paul Philipp, samedi : au CFN, on fera désormais signer une charte aux joueurs en formation.

Marc Diederich, le juriste de Mondercange, pointe lui qu’elle n’est pas encore tout à fait finalisée. En avocat de formation, il marche fatalement sur des œufs mais espère avoir bouclé l’affaire d’ici à la fin de l’année : «C’est extrêmement complexe au niveau juridique. Il faut minutieusement respecter le droit communautaire». Ce qui sous-entend d’ailleurs de faire signer ce papier à tout le monde, bi-nationaux ou pas, sans distinction de nationalité. Être discriminatoire ne fera pas avancer la cause.

À écouter Marc Diederich, on est quand même plus sur un «contrat» que sur une charte. Faudrait-il donc y voir un côté coercitif susceptible de dissuader certains garçons d’aller voir ailleurs une fois leur formation achevée?

On ne sait pas ce que ce document vaudra devant un tribunal

On sait que la Suisse a servi de modèle, elle qui bataille avec pas mal de binationaux albanais, kosovars, turcs… Récemment, le journal Blick rappelait pourtant que le modèle helvète «refuse la surenchère politique» et «n’impose pas d’obligation légale de renoncement pour les binationaux». On est plutôt dans «l’accompagnement bienveillant».

Et c’est justement de cela que Manou Cardoni veut se revendiquer. «On ne sait pas ce que ce document vaudra devant un tribunal et notre intérêt n’est absolument pas d’y amener qui que ce soit. Il s’agit d’une convention qui récapitule les droits et devoirs des uns et des autres. Nous y compris. On va devoir convoquer les parents pour leur expliquer.»

Cardoni : «L’argent, on s’en fout»

Notamment qu’une année de formation pour leur enfant coûte de 10 à 15 000 euros à la fédération. Et que tout un cycle, depuis l’âge de onze ans jusqu’à ce que ces footballeurs soient lâchés dans le monde senior, vaut pas loin de 80 000 euros.

Manou Cardoni le voit tous les jours : de nouvelles pépites vont éclore bientôt. Et son envie, c’est de les voir sur la pelouse à Gasperich plutôt que sur le terrain d’un autre pays aux moyens bien plus avancés et qui n’ont pas besoin que le Luxembourg fasse gratuitement le boulot à sa place. «Quand cela arrive, on se rend compte que l’argent, on s’en fout. Ce ne sont pas quelques euros qu’on pourrait récupérer qui rachèteront le temps, l’investissement, l’émotion qu’on a mis à former un garçon. Là, on parle de valeurs et on aimerait qu’ils jouent pour un pays où ils sont nés, qui les a éduqués, où leurs parents travaillent et vivent. Cela, ça n’a pas de prix.»

En attendant de savoir si, dans les bureaux de la FLF, on a quand même réussi à fixer un tarif à ce package, les grandes nations, elles, continuent de penser aux suites à donner à cette question de plus en plus épineuse des binationaux. Cette charte n’est peut-être finalement qu’un document-béquille en attendant que la FIFA prenne des décisions d’une portée autrement plus décisive. Mais au moins la béquille existe-t-elle. Reste à savoir de quel métal elle est faite.

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