[Football]

DN : il y a un Eldorado algérien maintenant?

[HORS STADE] La BGL Ligue s’est fait piller par les clubs algériens durant le mercato. Le début d’un axe privilégié? Mourad Boukellal, ancien du CS Pétange, voudrait creuser le sillon.

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Gourari, la porte d'entrée pour encore plus de joueurs de DN en Algérie?
Gourari, la porte d'entrée pour encore plus de joueurs de DN en Algérie?

Trois signatures en dix-sept jours. Bilal Hend au MB Rouissat le 12 août, Amine Zenadji à l’ES Sétif le 19, Yassine Gourari au Mouloudia Alger le 29. Le Progrès, Strassen et Bissen ont ainsi successivement chacun perdu un de leurs éléments clefs. Tous ont traversé la Méditerranée.

Mais d’où vient ce soudain intérêt de la D1 algérienne pour le Grand-Duché? Peu importe, la question est plutôt de savoir s’il est amené à durer.

Parce qu’il a commencé l’hiver dernier, quand Bilal Benkhedim a été exfiltré du F91 par le MC Oran (sans y jouer beaucoup, d’ailleurs, pour ses six premiers mois), si bien qu’aujourd’hui, un quart des clubs de l’élite algérienne possède son petit «ex-Luxembourgeois». Tous d’ascendance maghrébine. Pas illogique, parce que cela pourrait aller de soi si l’on doit envisager un théorique souci d’acclimatation.

Est-ce qu’une nouvelle voie d’autoroute vient de s’ouvrir entre le Luxembourg et l’Algérie? Les forces vives qui ont quitté la DN pour s’élancer dans le monde pro depuis le nord de l’Afrique sont en nombre limité sur notre sol. 23,5% des 436 joueurs répertoriés en BGL Ligue ont une origine ou une ascendance africaine. Seuls 6,65% ont des racines maghrébines. Et combien ont l’âge de tenter l’aventure?

En tout cas, des jeunes avec passeport algérien dans le tiroir du bureau, ou prêt à être imprimé, notre championnat n’en a pas tant que ça. Hadi Bentebbal, Joakim Kada et Farid Ikene au Racing. Hatim Far à Mondorf. Nabil Hassaïni à Wiltz…

«Pas le droit de parler du montant»

Mais c’est une évidence que Bissen ne s’estime pas malheureux avec ce transfert de son gardien en dernière minute et que sa bonne fortune pourrait commencer à mettre la puce à l’oreille d’autres clubs. Gourari nous l’a dit, sourire en coin, depuis un hôtel d’Alger : «Je n’ai pas le droit de parler du montant du transfert.» On en déduirait presque qu’il doit être relativement intéressant, à une époque où les clubs luxembourgeois sont occupés à trouver des parades aux départs sans compensation financière.

Et là, le filon semble prometteur. C’est que le propriétaire du Mouloudia n’est autre que la société Sonatrach, surnommée «la major africaine», une entreprise d’État qui donne dans le gaz et le pétrole. La Sonatrach pesait 60 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2022. Et paie rubis sur l’ongle.

Voilà donc Gourari, au même titre que Benkhedim, Hend ou Zenadji, dans un rôle d’émissaire de la Division nationale. S’il réussit, il peut crédibiliser tout un championnat et ouvrir la porte à d’autres joueurs.

Mais ce n’est pas gagné. L’annonce de l’arrivée du portier bissenois (courtisé auparavant par un autre club algérien avec qui le deal ne s’est pas fait), par exemple, n’a pas été du goût des supporters du plus grand club du pays, qui ont exprimé massivement leur défiance sur les réseaux, se demandant par exemple «où les dirigeants ont été le chercher?».

Ça ne surprend pas Mourad Boukellal, ancien joueur du CS Pétange qui a commencé sa carrière pro au Mouloudia en 1994. «Le public râle parce que c’est du Luxembourg qu’il vient. Pour les supporters algériens, c’est nouveau, bizarre. Il suffirait d’un bon match pour qu’il entre dans le cœur des gens et n’en sorte plus. Tous ces joueurs partis du Luxembourg, s’ils s’adaptent, ça peut être un coup énorme. Cela peut devenir le nouvel Eldorado des joueurs de BGL Ligue.»

Poudre magique et hôtels pourris

C’est conscient de cette réalité-là que l’actuel directeur sportif de l’US Esch se verrait bien explorer la piste. «J’ai pu en discuter avec les dirigeants de Bissen en aidant un petit peu pour les papiers, quand Gourari est parti. L’objectif, c’est de faire ça maintenant, de creuser le sillon.»

Et de travailler intelligemment la question. Très prochainement, un ami journaliste œuvrant sur la chaîne Le Buteur, équivalent de L’Équipe en Algérie, devrait d’ailleurs rendre visite à Mourad Boukellal en vue d’un reportage sur la Division nationale, que ce dernier aimerait faire mieux connaître.

Une entreprise de séduction qui passe de toute façon par la réussite sportive des «ex». Ce qui ne sera pas facile du tout, avoue Boukellal : «Pour Gourari, par exemple, ça va être la folie. Sa carrière commence maintenant, mais je ne crois pas qu’il soit prêt. Il va jouer la Ligue des champions africaine, un truc dingue, avec des gens qui te jettent de la poudre magique dans les yeux, avec l’obligation de changer d’hôtel quand tu arrives quelque part parce que celui qu’on a mis à ta disposition est un enfer. Là-bas, c’est le stade Vélodrome tous les week-ends. Nos « ex », ils vont découvrir un football fou et je me demande comment ils vont se comporter devant 60 000 personnes.»

Ils commencent tous là, maintenant

Alors que Gourari et le Mouloudia étaient attendus dimanche prochain au Niger pour le match aller du premier tour de Ligue des champions contre l’ASN Nigelec (s’il est qualifié bien sûr), Zenadji reprenait le championnat ce jeudi contre Ben Aknoun, 24 heures avant Hend et Rouissat sur la pelouse de la JS Kabylie.

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