[Football]
Bières, ripaille et tatouages : aux Féroé, les supporters de Bissen ont vécu «un rêve»
[Ligue des champions] À Klaksvik, le FC Atert Bissen a pu compter sur le soutien de quelques supporters qui n’auraient jamais cru vivre un tel déplacement un jour. Et qui ont donc fêté ça comme il se doit.
Assez désastreuse pour les finances du club, la prolongation du séjour du FC Atert Bissen aux Îles Féroé, cette semaine, a au moins fait quelques heureux : les supporters bissenois, qui en ont repris pour une belle soirée de fête à Torshavn, et le patron du Mikkeller, bar de la capitale féroïenne dont ils avaient fait leur QG depuis leur arrivée, dimanche dernier, deux jours avant le tout premier match de Ligue des champions de l’équipe première contre Klaksvik.
«Quand on arrive dans un bar, personne ne connaît Bissen, mais quand on raconte notre histoire, tout le monde est impressionné», s’enthousiasme Yannick Barbosa, 22 ans et présent à tous les matches de l’équipe première, à domicile comme à l’extérieur, aux côtés de deux autres irréductibles, Yves Hansen et Dany Nahrgang. «Ils nous disent que c’est phénoménal.»
Sur les murs en bois de l’établissement est désormais placardée une écharpe du club, et ce planté de drapeau en terrain étranger était quelque chose d’absolument impensable, il y a encore un an, pour les suiveurs assidus de ce club d’une commune de 3 500 habitants, qui évoluait en Promotion d’honneur en 2024/2025, et en Division 1 (le 3e échelon du foot luxembourgeois) en 2023/2024.
De la D3 à la C1, signé Lies et Teixeira
«Mais les plus fervents supporters savent qu’on a aussi connu la D3 (la 5e et dernière division), et se souviennent du match de la remontée en D2 à Erpeldange, resitue Yves, ancien joueur de la première qui tripote encore le ballon avec les vétérans du club, à 49 ans, et parfois même avec l’équipe 3. J’ai connu le Bissen qui ne comptait que 1 800 habitants, avant la construction de la zone industrielle. Il y avait juste un terrain (A Pafend), un champ de patates!»
«Il faut d’ailleurs donner son mérite à Arnie Lies, l’ancien président, souligne celui qui coache également les bambini (U7) du club. Il a pris le club dans un moment compliqué (en D2) et il est resté 19 ans à sa tête.» Après quoi, Carlos Teixeira a pris le relais, en 2023, et le FC Atert a gravi les marches quatre à quatre.
Une telle ascension, auréolée du titre de champion du Luxembourg 2026 à l’issue de la première saison de l’histoire du club en BGL Ligue, cela se fête, et c’est précisément ce que se sont attelés à faire, durant quatre jours, les supporters bissenois, dont la présence aux Féroé aura drastiquement fait augmenter la consommation moyenne de bière sur cette archipel de 55 000 habitants (39 au kilomètre carré) planté en pleine mer du Nord, à mi-chemin entre l’Écosse et l’Islande.
Sur place, leur programme aura somme toute été assez sommaire. Dans le bus les menant au stade Við Djúpumýrar, théâtre de ce 1er tour aller de C1 finalement remporté d’un but par les Féroïens (2-1), Dany, l’actuel responsable de l’équipe vétérans (avec Yves Hansen), l’a ainsi résumé : «On a fêté, on a fait de longues promenades»… avant d’être repris de volée par l’un de ses acolytes : « Enfin, 1,5 kilomètre jusqu’à la brasserie ». On avait deviné.
J’ai joué deux matches en équipe première et j’en suis très fier
Âgé de 40 ans, Dany a commencé le football à 9 ans, à Bissen, et il a porté deux fois le maillot de l’équipe fanion : «Une fois deux minutes, et une fois 21 minutes! Ça fait rire les gens quand je leur dis ça, mais moi, j’en suis très fier.» Le quadra a le FC Atert Bissen chevillé au corps, au sens figuré comme au sens propre, désormais.
Honorant un pari pris avec Yannick, à Torshavn, il s’est fait tatouer sur le mollet trois hérissons montrant les dents et surplombant un ballon de foot, un trophée, et les inscriptions suivantes : 25/26, référence évidente à la saison historique que vient de vivre le club, et «Topert!» (idiot, imbécile, en luxembourgeois), référence à un terme qu’aiment se lancer entre eux les supporters bissenois.
Un Danois dans le car, l’ami David dans les têtes
Dans leurs pérégrinations, les aficionados bissenois, flanqués notamment du bourgmestre David Viaggi, ont naturellement fait pas mal de rencontres, et c’est ainsi qu’un passager supplémentaire a pris place à bord du car, mardi : Nico, 24 ans… et danois de son état. Ce globe-trotteur, récemment venu s’installer aux Îles Féroé pour y bosser quelques mois dans la construction, après avoir vécu en Nouvelle-Zélande, est tombé en sympathie pour ces lointains voyageurs – 2 300 kilomètres.
Un supporter de plus, ça se prend, mais le trio aurait surtout aimé vivre cela avec leur ami David Marcelino, supporter tout aussi inconditionnel qu’eux, décédé en fin d’année dernière. «Il venait à tous les matches», glisse Dany, ému, avant de sortir de sa veste une photo encadrée de leur ami : «C’était son rêve aussi, de vivre ça.» Et quel rêve, quand on y pense : «Jamais on n’aurait pensé être un jour ici.»
On a montré de quoi les fermiers sont capables!
«Personne n’a jamais cru en nous, embraye Yannick. On nous disait qu’on était le petit village, blablabla… Comme lors du dernier match de championnat contre Differdange (celui du titre, remporté 1-0 le 23 mai), on a lu sur des comptes Facebook belges qu’on était un petit village de fermiers. Eh bien, on a montré de quoi les fermiers sont capables!»
À Klaksvik aussi, les «fermiers» ont montré de quel bois ils se chauffaient : battus 2-1, les Jaune et Noir, grâce à la réduction du score d’un Bissenois pur sucre, Tiago Rodrigues, ont gardé leurs chances ouvertes avant le match retour du mercredi 15 juillet au stade de Luxembourg. Match pour lequel 2000 personnes ont déjà pris leur billet. «Il faut profiter des bons moments, conclut Yves. Mais même si c’était contre Brouch en Division 2, on serait là pour les soutenir.»
De notre envoyé spécial à Klaksvik, Simon Butel