[Football]

«Au Swift, on croit encore tous à l’exploit»

[BGL LIGUE] À quoi ressemble le quotidien d’un joueur (étranger) du Swift à l’heure actuelle? Noah Bochu nous a fait un topo bien moins sombre que ce qu’on aurait pu croire.

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Pour Bochu (à gauche) et Belliard, il est encore question de regarder vers l'avenir.
Pour Bochu (à gauche) et Belliard, il est encore question de regarder vers l'avenir.

Interdiction de recrutement, départs en pagaille, huit défaites consécutives en championnat, une élimination contre une Division 1 en Coupe… On se tirerait une balle pour moins que ça, quand on est joueur de foot et qu’on a l’impression d’être un peu seul sur un navire en train de couler. Mais discuter avec Noah Bochu permet de tordre le cou à ce qui devrait être une évidence. On peut ne pas se laisser aller à avoir des idées très sombres malgré ce tableau.

C’est la question la plus basique de la terre, mais vu là où en est le Swift : comment ça va?

Noah Bochu : Ça va. Oui, c’est compliqué, mais on fait avec. Y a pire dans la vie. Mais forcément, on sait qu’on a -12, on sait qu’on n’a pas pu recruter. On le sait, que c’est compliqué. Mais notre début de saison, lui, nous a mis un coup sur la tête, parce que ça, non, on ne s’y attendait pas.

On a l’impression d’être l’équipe à abattre

Comment fait-on, semaine après semaine?

Eh bien, on ne retire plus que le positif de chaque week-end et on travaille sur les points forts au lieu de s’attarder sur les points faibles, qu’on ne pourra plus faire progresser.

Qu’y avait-il de positif, ce dimanche, dans le fait de se faire éliminer en Coupe par Echternach?

C’est dommage, parce que ça aurait pu nous donner une bouffée d’oxygène et un peu de confiance. Mais bon, c’est fait, c’est comme ça!

Comment avez-vous l’impression d’être regardé par le reste de la division, vos adversaires, les supporters…?

On a un peu l’impression d’être l’équipe à abattre et tout nous tombe sur la tête.

L’équipe à abattre, en général, c’est le champion, ou le favori, non?

L’impression qu’on a, c’est que, quand une équipe nous affronte, elle est surmotivée. L’histoire récente du Swift, qui était sur le toit du football luxembourgeois il y a peu, fait que même si c’est désormais un Swift amaigri, les clubs viennent pour eux, pour travailler sur leur goal-average ou pour mettre des points entre eux et nous. Ils se disent « profitons-en ».

Cela aurait été beaucoup mieux si vous aviez pu faire des recrues?

Avec eux, on avait une belle équipe. Leur présence nous aurait bien aidés.

Vos dirigeants espèrent encore faire revenir des anciens qui n’ont pas trouvé de club. Vous aidez en passant quelques coups de fil à vos anciens coéquipiers?

Ah, celui qui veut revenir, il revient. Tous les bras sont les bienvenus, cela ne nous ferait pas de mal. Mais ce n’est pas moi qui vais courir après qui que ce soit. Si les gars n’ont pas envie de revenir à 100 %…

À nous de faire ce qu’il faut dans le jeu pour donner à des investisseurs l’envie de venir

Donc, vous ne courez pas après vos anciens coéquipiers, mais est-ce que cela a été la sinistrose, au moment où ils ont tous commencé à quitter le navire, cet été?

Non, pas trop douloureux. Les voir partir dans d’autres clubs, ça nous a surtout donné envie d’espérer que tout se passe bien pour eux. La saison galère qu’on a connue jusqu’en mai 2026 a créé des liens spécifiques parce que ça a été chargé en émotion, mais pas plus que ça non plus.

Vous êtes tenus au courant de ce qui se passe en coulisses? Ou c’est l’omerta?

La communication est assez transparente, mais nous, on ne se concentre que sur le terrain. On ne peut rien contrôler de ce qui se passe sur le terrain. À nous de faire ce qu’il faut dans le jeu pour donner à des investisseurs l’envie de venir.

On vous le dit comme ça?

On ne nous l’a pas dit. Par contre, on nous dit « il n’y a pas d’investisseur, il faut faire avec ».

Et avec tout ça, vous avez seize points de retard sur l’équipe la plus proche de vous. Comment faites-vous pour tenir, mentalement?

Il n’y a aucun fatalisme chez nous! On est très motivés à l’idée de créer l’exploit. On reste déterminés! Parce qu’on a aussi un gros manque de réussite. On donne tout! Et pour ceux qui nous regardent, ils savent qu’on tient le niveau, mais on perd sur des erreurs individuelles.

On a l’impression, à vous écouter, que le vestiaire du Swift va moins mal que ce que l’on s’imagine, vu de l’extérieur. C’est juste vous, ou vous avez l’impression que tous vos coéquipiers pensent la même chose?

Je n’aime pas parler pour quelqu’un d’autre. Mais moi, je suis posé et je réfléchis. Le football, c’est le reflet de la société et, des fois, il faut juste savoir garder la tête froide. Et là, je vous dis : on est tous très motivés et au Swift, on croit encore tous à l’exploit.

Et maintenant que le club n’a plus du tout de moyens et que les salaires de l’époque du titre sont un très lointain souvenir, comment fait-on, en tant que joueur venu de loin, pour survivre avec un tout petit salaire?

Ce n’est pas un trop gros effort. Déjà, comparé à avant, tous les salaires sont payés en temps et en heure. On sait que le club a des problèmes financiers, mais cela ne nous regarde pas. Moi, j’ai fait le choix de travailler à côté, plus pour exister socialement, tenir psychologiquement. Là, depuis une semaine, je fais du marquage au sol dans le cadre d’un intérim. On s’habitue.

Un autre investisseur belge?

Après la rumeur belge, la rumeur belge. À peine la piste menant à Luciano D’Onofrio évaporée, les bruits de couloir laissent entendre qu’un proche du Standard de Liège pourrait s’intéresser à l’idée de prendre à sa charge tout ou partie des dettes du club et d’y prendre la main. Mais les rumeurs, surtout dans ces conditions, on sait ce que ça vaut. Salem El Foukhari, qui rêve plus que tout autre de voir son club régler les problèmes qui l’empêchent de recruter, l’avoue sans peine : «Des rumeurs, on en entend, mais tant que rien n’est officiel. Regardez la première piste…»

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