Victoire de l’AfD : «Le Luxembourg n’est pas un sanctuaire», réagit Claude Wiseler

Face au succès de l’AfD en Allemagne, Claude Wiseler, président de la Chambre des députés, appelle à la vigilance et livre ses pistes afin d’éviter une montée en puissance de l’extrême droite au Grand-Duché.

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Claude Wiseler estime que le Grand-Duché n'est pas à l'abri de connaître à son tour une progression de l'extrême droite.
Claude Wiseler estime que le Grand-Duché n'est pas à l'abri de connaître à son tour une progression de l'extrême droite.

Comment avez-vous vécu la soirée de dimanche? Pressentiez-vous un tel score de l’AfD?

Claude Wiseler : Ce n’était pas vraiment une surprise, puisque de nombreux sondages prédisaient tout cela depuis des semaines. J’avais tout de même l’espoir que cela se passe différemment, donc j’attendais avec beaucoup d’anxiété les résultats. La mauvaise surprise, c’est l’ampleur du résultat d’un côté, puis, d’un autre, la faiblesse des partis traditionnels, dont la CDU. Au travers des sondages, je ne l’avais pas vu venir à ce point.

Craignez-vous un effet de contagion au Grand-Duché?

Notre situation économique et sociale est tout de même différente de celle en Allemagne. En revanche, nous savons que le Luxembourg n’est pas un sanctuaire. Même si la situation est différente aujourd’hui, ce qui s’est passé dans un pays peut se reproduire dans un autre. Il faut donc être vigilant, puis essayer d’expliquer le principe de la démocratie, de veiller à ce que nos valeurs soient compréhensibles et visibles.

Je pense que ce résultat est également la conséquence d’un problème de proximité et de représentativité de la part des politiques, alors qu’ici nous avons tout de même la possibilité, dans un petit pays, d’être beaucoup plus présents et d’écouter directement les gens. C’est une situation qui nous permet, je l’espère, de mieux gérer la situation.

Par ailleurs, à la Chambre des députés, cela fait plus d’un an que nous avons réalisé un «stress test» de la démocratie. Il s’agit d’une analyse sur les conséquences possibles d’une venue au pouvoir d’un parti qui ne souhaite plus la démocratie afin d’observer comment nos institutions résisteraient. Et si cela se produit de façon démocratique, que nous puissions garantir qu’il y aura toujours des élections dans cinq ans. Il faut d’abord tout faire pour que cela n’arrive pas, mais, si tel est le cas, il faut garantir que le système démocratique survive en ayant une justice indépendante, la possibilité d’avoir un parlement, que l’opposition puisse exister, que la presse puisse travailler et que d’autres contre-pouvoirs comme la société civile puissent jouer leur rôle.

L’AfD défend l’idée d’une sortie de l’Union européenne. Quel message envoie ce résultat aux autres pays membres?

Les discours anti-européens existent dans tous les pays depuis bien longtemps et, jusqu’à présent, nous avons réussi sans trop de problèmes à les marginaliser et je crois que c’est toujours le cas pour l’Allemagne. Il s’agit là d’un résultat local, dans un seul Land, et j’espère que nous pourrons persuader tous les électeurs que l’avenir se joue en Europe, que le nationalisme n’est une solution ni pour l’Allemagne, ni pour les autres pays européens. Cela m’incite donc à travailler davantage à la défense de nos valeurs qui sont, j’en suis persuadé, nécessaires à la vie que l’on mène aujourd’hui, qui est celle de la démocratie, de l’État de droit et des droits de l’homme.

Afin de contrer la montée de l’extrême droite, faut-il que les autres partis s’approprient davantage certains thèmes qui sont omniprésents dans les discours extrémistes, tels que la sécurité ou l’immigration?

L’immigration et la sécurité ne sont pas les propriétés des partis d’extrême droite. Ce sont des sujets importants qui concernent toute la population en Allemagne, en France et, bien évidemment, au Luxembourg. Il faut donc que tous les partis, et non seulement les partis conservateurs, prennent position sur ces sujets et proposent des solutions crédibles. Il faut prendre position et ne surtout pas les ignorer, car les autres partis auraient alors la voie libre pour s’en charger.

Malgré le score, la CDU maintient un cordon sanitaire contre l’extrême droite. Est-ce la bonne stratégie?

Je considère que les coalitions, ou le travail en commun, ne sont pas une question de nombre et de mathématiques. Dire que l’AfD a obtenu un grand nombre d’électeurs et qu’il faut donc travailler avec elle, ce n’est pas comme cela que je vois les choses. À mes yeux, c’est une question de contenu. On peut travailler avec quelqu’un en ayant des bases de travail partagées sur le contenu. En Allemagne, je vois des incompatibilités absolues. Comment voulez-vous travailler avec quelqu’un qui veut exactement le contraire de vos valeurs ? On ne parle pas d’un cordon sanitaire pour une raison mathématique, c’est à cause d’une impossibilité de travailler ensemble. Je ne peux pas abandonner mon identité, je fais de la politique non pas pour avoir un mandat mais parce que je crois en certaines choses.

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