Quadripartite santé : «rien ne change» pour les patients… pour l’instant
La hausse des cotisations à l’assurance maladie-maternité se profile. Réunie ce mercredi à Dudelange, la quadripartite en a renvoyé la décision au CA de la CNS, à la mi-novembre.
Les dernières prévisions concernant l’assurance maladie-maternité tablent sur un déficit de 133,3 millions d’euros pour l’exercice 2026. Un déficit au cœur des discussions qui ont animé la quadripartite ce mercredi après-midi, à Dudelange. Autour de la table de cette réunion d’automne, la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez, le ministre des Finances, Gilles Roth, et bien sûr les représentants des salariés, du patronat et des prestataires de soins.
Les chiffres tout d’abord. Le déficit prévu pour 2027 sera d’environ 190 millions d’euros. Pour le pallier, une hausse des cotisations de 5,6 à 5,85 % avait été évoquée avant la réunion, mais finalement aucun supplément retenu sur les fiches de salaire n’a été acté. Ceci dit, la ministre a quand même précisé que la décision reviendra au conseil d’administration de la CNS prévu mi-novembre.
Une hausse des cotisations «inéluctable»
Selon Martine Deprez, les partenaires sont d’accord pour envisager cette hausse, certains à condition que les mesures d’efficience du comité stratégique soient appliquées : «Si jamais on veut remettre un budget en équilibre, c’est inéluctable», a-t-elle déclaré, ajoutant : «Si on le relève maintenant, on est bons pour au moins jusqu’à 2030.»
Les mesures retenues, élaborées au sein du comité stratégique, portent sur quatre volets et ne toucheront pas directement les patients, a assuré la ministre, non sans avoir précisé : «éventuellement indirectement». Premier volet, les médicaments. «L’arrivée de médicaments innovants à coût élevé ainsi que l’élargissement des indications thérapeutiques de certains traitements contribuent» à l’augmentation des dépenses, a constaté le ministère. Pour y remédier, un cadre légal est envisagé pour faire contribuer l’industrie pharmaceutique.
Le deuxième point d’économie passera par une meilleure maîtrise des prescriptions. Les médecins recevront des recommandations sur les prescriptions de médicaments, d’analyses de biologie et de kinésithérapie. Les courriers «de sensibilisation» sont prêts, mais ils seront envoyés progressivement, une mesure tous les un ou deux mois.
Troisième levier acté : la lutte contre la fraude. Les dispositifs de contrôle et de suivi des prestataires de soins seront révisés, a assuré la ministre. Enfin, dernière mesure, celle sur les soins hospitaliers. «Les trois principales mesures sont la maîtrise comptable des dépenses hospitalières, la réduction de la durée moyenne des hospitalisations lorsque la situation médicale du patient le permet (…) et la mutualisation des laboratoires hospitaliers», indique le ministère. Le tout devrait permettre, selon le gouvernement, d’économiser 95 millions d’euros.
Patrons et médecins prennent acte
Quant au patronat, l’UEL se dit «alignée» avec les mesures décidées. Sa directrice, Charlotte Junck, qui participait à sa première quadripartite, demande toutefois «un engagement ferme du gouvernement» : pas de nouvelle hausse «des cotisations au-delà de 2030» et une mise en œuvre effective des mesures discutées. L’organisation patronale souhaite aussi creuser d’autres pistes, comme les 20 % des investissements hospitaliers financés par l’assurance maladie, qui ne devraient «pas forcément» relever de la CNS. Face à la hausse des coûts pour les entreprises et à un emploi qui stagne, une augmentation des cotisations «doit aller de pair» avec des mesures d’efficience, a insisté Charlotte Junck. Dans un communiqué, l’UEL réclame enfin que l’absentéisme pour maladie redevienne une priorité.
Concerné au premier chef, le Dr Chris Roller, président de l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), juge la hausse des cotisations «inévitable» et accueille bien les courriers de recommandations sur les prescriptions. Un précédent sur les analyses thyroïdiennes aurait permis d’économiser environ un million d’euros en un an, explique le médecin.
Ce qui ne l’empêche pas de mettre en garde contre le fait que «la santé ne va pas devenir moins chère», avec des traitements plus complexes et plus performants, notamment en cancérologie. Sur les arrêts maladie, il réclame «une vraie discussion» entre tous les acteurs, regrettant que «la patate chaude» soit toujours renvoyée du salarié à l’employeur, puis au médecin.
À noter encore que le déplafonnement des cotisations n’a pas été discuté. Les travaux se sont concentrés sur les dépenses.
Ces annonces interviennent à quelques jours de la fin de la convention entre la CNS et l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD) dénoncée en octobre 2025 par cette dernière. Les règlements grand-ducaux qui remplaceront cette convention entreront en vigueur le 31 octobre, a précisé la ministre. Le Service central de législation du ministère d’État sera saisi dès ce jeudi.